Quatre garçons trop dans le vent Apprenti shoegazer, apprenti mods, apprenti indie rockeur, apprenti retraité, Blur avait tout de l'apprenti Queen.
Tandis que pour bien commencer l'été, le monde entier célébrait la mort de Michael Jackson, les branchés, eux, célébraient le retour de Blur. Des pèlerins partis pour Hyde Park ou Lyon aux révisionnistes de Pitchfork collant un 9.4 à un double-album Best Of aux airs de troisième tiers provisionnel pour tiroir-caisse, la nostalgie ambiante couronnait quatre retraités dans le vent qui se rêvaient rois de la pop il y a presque vingt ans.
Curieux revirement de l'histoire pour un groupe à l'identité variable. Né au début des années 90, Blur a d'abord surfé sur la vague shoegazing (Leisure, tendance Soup Dragon plutôt que My Bloody Valentine) avant de tenter le revival mods (Modern Life Is Rubbish) et de poser les bases de la brit-pop (Parklife, The Great Escape), sans éviter la gaudriole electro-kitsch au besoin (Girls and Boys). Vaincu par Oasis pour l'accession au trône, le combo londonnien a ensuite osé le coming-out indie rock, raté (Blur) puis réussi (13), avant de tracer une route folk matinée de world music (Think Tank). Le tout sans jamais se départir d'un penchant punk gentiment vintage, alignant les brûlots minutés d'un album à l'autre, comme unique marque de cohérence musicale (dans l'ordre chronologique Sunday, Sunday, Bank Holiday, Globe Alone, Chinese Bombs et l'abruti B.L.U.R.E.M.I. EDIT: et We've Got A File On You sur Think Tank).
Au bout du compte, on pourrait presque décerner à Blur le titre de Queen contemporain plutôt que celui de King of pop. Mais un Queen plus fréquentable, fondamentalement branché, sans la moustache donc, mais sans la tragédie non plus. Ce qui laisse votre serviteur pantois au moment où beaucoup serve la soupe à une reformation pas si événementielle que ça.
Attention toutefois, je vous vois venir. Sachez donc avant de réagir et de me brûler pour crime de lèse-majesté que moi aussi (ou moi tout court, selon que vous êtes révisionniste-pop ou non), j'ai été fan de Blur. Archi-fan même, au point de claquer mon argent de poche en imports japonais, de porter un collier de cailloux colorés et une veste à l'intérieur écossais, ou encore de faire le pélerinage jusqu'à Genève pour un très bon concert au Paladium.
Ceci dit, malgré mes 17 ans et l'intérêt soudain de mes copains skaters - attirés par l'irrésistible Song 2 - je suspectais déjà un opportunisme gênant dans Blur. Une dizaine d'années plus tard, il reste peu de ce pénible chapitre, pas même le charme fragile d'un Graham Coxon chantant You're So Great. De même, réécoutant Parklife il y a quelques mois, j'étais forcé de reconnaître que son souvenir était plus éclatant que son état.
Mais bon, restent une poignée de chansons et pas mal de nostalgie. Ce qu'ont bien compris Albarn, Coxon, James et Rowntree. Notamment en sortant un nouveau best-of, aux airs de campagne de réhabilitations. En écartant quelques tubes de jeunesse (There's No Other Way, Advert¨, To The End), quelques tubes britannico-britanniques (Charmless Man, Country House, Sunday Sunday) ou encore quelques tubes dispensables (Music Is My Radar), Midlife: A Beginner's Guide to Blur redonne une virginité au groupe londonnien. Mieux, en ressuscitant avec bonheur quelques bijoux oubliés (Sing, entendu dans Trainspotting, He Thought Of Cars, Badhead ou encore Battery In Your Legs), cette compilation donnera l'illusion à une génération qui n'a pas connu les années brit-pop (pour raison d'âge, de dogmatisme ou d'obscurantisme), que Blur était le meilleur groupe du monde à cette époque, le Queen rêvé d'une génération difficile. Bien joué. Quant à ceux qui comme moi resteraient sceptiques, dites-vous que pendant qu'il fait le fou avec Blur, Damon Albarn évite au moins de produire de nouvelles chansons pour Amadou et Mariam.
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