"Un rock-critic est un type qui ne sait pas écrire, interviewant des gens qui ne savent pas parler, pour des gens qui ne savent pas lire", disait Frank Zappa. La phrase, élue citation du jour hier à Avenches et projetée sur les écrans géants de Rock Oz'Arènes sonnait bizarrement. Le festival en veut-il aux critiques? A ses artistes? Ou encore à son public? On ne tranchera pas. Tout juste observera-t-on qu'avec une affiche regroupant pour une même soirée Calexico, Offspring, Devotchka, Tryo et Just Jack, on peut légitimement se demander s'il est plus grave de ne pas savoir lire, écrire ou parler, ou de ne pas savoir écouter.
Affiche éclectique donc pour un festival qui semble se chercher artistiquement depuis quelques années. Autant ce genre de menus pouvait fonctionner lorsqu'il mélangeait les saveurs (par exemple la soirée Franz Ferdinand - TV on the Radio - Calexico - Islands en 2006), autant il devient indigeste lorsqu'on opte pour des torchons et des serviettes ou que le gras prend le pas sur les bons morceaux.
Sans surprise, Calexico a ainsi dû faire face à une arène maigrement garnie - dans la fosse du moins - où les T-Shirts Nirvana se disputaient la vedette à ceux de Guns'n'Roses. Le tout porté par des adolescents nés après la mort de Kurt Cobain, fans d'Offspring ou de Tryo par défaut, plus intéressé à conserver leur place devant la scène ou à descendre un alcoopop géantque par la prestation de Joey Burns et de sa bande. On ne s'étonnera pas alors qu'un adolescent arborant un T-Shirt des Sex Pistols ne réagisse pas lorsque Calexico entonne le
Guns of Brixton de The Clash à la fin de
Crystal Frontier. Ni qu'une clameur hystérique traverse le public au moment de conclure et de transformer
Cuero Canelo en
Desaparecido de Manu Chao.
Entre ces deux clins d'oeil, Calexico aura livré une prestation solide et minutée - pas de rappel à la clef - troquant la magie virtuose habituelle contre une efficacité pas désagréable pour autant. Entre tubes persos (
Minas de Cobre,
Crystal Frontier,
Accross The Wire) et reprises attendues, mais bien senties (
Corona,
Alone Again Or), le groupe de Tucson parvient à accrocher un public pas forcément venu pour lui, jusqu'à lui arracher quelques cris et autres clappements de mains. Perdu en milieu hostile - et tributaire d'une salle coupe de cheveux - Joey Burns a su trouver la formule, un "Greatest Hits Show", pour convaincre sans toutefois décevoir les quelques fans qui avaient fait le déplacement. Rien pour ça, bravo.
Un bravo qu'on adressera également à DeVotchKa, capable d'attirer une bonne audience devant la scène du Casino. Certains convaincus par les recommandations de Joey Burns en fin de concert, d'autres par le souvenir de
Little Miss Sunshine, dont le groupe de Denver assurait la B.O. Evoquant une version russe de Beirut ou A Hawk And A Hawksaw, DeVotchKa offre un spectacle alternant instrumentaux festifs, coups de sang folk-rock et numéros de cabaret (mention aux danseuses en début et en fin de show). Malgré un côté un brin gentillet et une amplification un peu faible (pour ne pas faire de l'ombre à Tryo?), le groupe américain aura tenu son rang.
Fin de partie pour votre serviteur et quelques autres, début de la soirée pour les plus jeunes. Ou inversion des rôles. Tandis que l'arène se remplit pour Tryo, direction le bar. Mais l'âge fait la raison et au bout de deux bières, mieux vaut aller voir un concert. Ce sera Just Jack, peu convaincant il y a deux ans au For Noise, mais un peu mieux aujourd'hui selon certains. Mouais. Sorte de Lily Allen version garçon, le gentil rappeur anglais évoque un Eminem passé du côté Teletubbies de la force. Le flow est lisse, joli, efficace, mais on a l'impression que notre ami Jack nous chante quelques préceptes de vie, du type "Mets pas les doigts dans ton nez, lave-toi derrière les oreilles, mange trois fruits et trois légumes par jour". Un préchi-précha pénible et doucereux, qu'on abandonne sans regret à mi-parcours, juste avant que j"uste Jacques" n'entame un prometteur
Doctor, Doctor (on imagine sans peine l'ordonnance).
Clou de la soirée, la venue d'Offspring vaut pour la nostalgie. Au mieux. C'est donc sans attentes particulières que l'on prend place dans les places assises de l'arène, lorgnant sur la fosse bondée. Au deuxième titre,
Bad Habit, un léger frisson parcours l'échine de ceux qui étaient ados à la sortie de
Smash. Mais bien vite, il faut déchanter. Show rôdé, musiciens vieillissants et doublure guitare dans l'ombre, derrière la batterie, Offspring n'a pas changé, comme les gamins de 15 ans. Les autres repasseront. Pire, non contents d'avoir vendu des millions d'albums et tourné pendant presque vingt ans, les quatre Offspring (même si je ne suis pas sûr que le bassiste soit d'origine) ne savent toujours pas jouer de leurs instruments (c'est quand même leur job, non?). Malgré la doublure guitare et une six-cordes dans les mains du chanteur, impossible de comprendre d'où provient le thème principal de
Come Out And Play. Les trois guitaristes semblent en effet tous jouer les parties rythmiques. Chiqué, chiqué? Non, punk rock circus, in Rock Oz'Arènes.
On se consolera avec un vieux concert de Calexico, trouvé dans
le catalogue d'archive.org. Et comme ça, on finira en musique.
Les commentaires récents