Blur en Islande Quatre garçons dans le vent, perdu dans le brouillard. Ou dans un dictionnaire, à la lettre B.
M'énerver contre les lauriers tressés pour la reformation de Blur m'a poussé à me replonger dans la discographie du groupe. Expédition un brin nostalgique, récompensée par de bonnes surprises (13 insurpassable, Modern Life Is Rubbish toujours plein de charme), quelques mauvais tours (The Great Escape désuet, Thnk Tank inégal) et un point d'interrogation. De quoi créer une section vide-grenier, histoire de faire le point (sans l'interrogation).
Blur donc, cinquième album du groupe londonnien et "coming out" inattendu. Le groupe le plus anglais de la brit-pop vire sa cutie et plonge la tête la première dans le grand bain indie rock US. A l'époque, un critique des Inrocks avait eu une formule bien sentie, imaginant Blur perdu dans son encyclopédie du rock, à la lettre B. B comme Black Francis, Beck ou encore Butthole Surfers.Il y a un peu de ça dans cet album.
A la même époque, le guitariste Graham Coxon y était allé lui aussi de son explication, racontant son amour immodéré pour Pavement et sa surprise de découvrir un jour Stephen Malkmus dans l'appartement de Damon Albarn, peu réceptif jusqu'ici au charme des géniaux slackers californiens. Un étonnement qui sonnait comme l'aveu d'une certaine frustration. Celle d'un musicien condamné à célébrer les héros de la nation (Beatles, Kinks, Magazine), soudain dépossédé de ses idoles païennes par celui-là même qui lui avait imposé ce culte.
A l'écoute de Blur 12 ans plus tard, on comprend mieux encore ce qu'a pu ressentir Coxon. You're So Great, son exercice solo en milieu d'album, est de loin le titre qui a le mieux vieilli, ballade touchante et lo-fi de songwriter borderline façon Daniel Johnston. Même si tout n'est pas à jeter ici. Ce serait mentir que de bouder son plaisir sur Song 2, torch song minutée qui répare l'échec de Popscene dans le même temps qu'elle ouvre les portes des charts américains au groupe. De même, on appréciera Look Inside America, relique de la période brit-pop, dernière d'une longue lignée de chansons inquiètes et cyniques reluquant l'Amérique (Miss America, Magic America). Ou encore l'hypnotique Strange News From Another Star, dans laquelle certains virent un clin d'œil à Oasis (une autre star de l'époque, donc).
A côté de ces quelques réussites, que de balbutiements pourtant. Du sympathique (M.O.R., Beetlebum) à l'anecdotique (Essex Dogs, Chinese Bombs), jusqu'au ratage intégral. Même avec beaucoup d'empathie, difficile de supporter le flow pénible d'On Your Own, le folk mode d'emploi (plutôt que bricolé) de Country Sad Ballad Man ou encore l'interminable Death Of A Party. Sans parler de l'insupportable I'm Just A Killer For Your Love, que même le loghorréique Beck aurait eu le bon goût de ne pas sortir en face B (notez que ce morceau était à l'origine une face B, rapatriée à la dernière minute sur l'album).
Raillée par certains comme un revirement opportuniste à l'époque, la mue reste difficile à avaler aujourd'hui. Mais aura eu le mérite d'amener 13, version nettement plus réussie de ce Blur adulte, évadé du bateau brit-pop avant le naufrage final. On se consolera avec ça.




























"I'm just a killer for your love", je trouve que c'est justement le morceau le plus intéressant de ladite galette, ou en tout les cas celui dont je me lasse le moins. Il est frais comme du chavrou qui a passé sa fin d'après-midi au soleil et lumineux comme un néon qui clignotte. Bref, nonchalant,brut et inachevé (selon les standards de la pop) et totalement assumé comme tel.
Moi, je le trouve sympa ;)
Rédigé par : Kiri | 11/08/2009 à 11:14
Tous les goûts sont dans la nature...
Rédigé par : Christophe | 11/08/2009 à 11:21