Le pèlerinage est devenu habituel. Mais cette dix-neuvième édition du Kilbi festival avait des allures de menu de fête avec, notamment, Mogwai et Sonic Youth en têtes d'affiche. Le vénérable Bliss, gardien du Bad Bonn depuis près de 20 ans, ne pouvait rêver mieux pour lancer la saison des festivals à Düdingen (la TSR ne s'y est d'ailleurs pas trompée (et si vous aimez "Où est Charlie?", essayez de me retrouver)).
Retour subjectif et fatalement incomplet - je n'aurais vu que d'une oreille les concerts à l'intérieur du Bad Bonn - sur trois jours de Kilbi, où la tradition aura été aussi respectée que le glorieux anciens:
VENDREDI 29 MAI - "Always do the Beat Man way!"
Pour ouvrir les feux, quoi de mieux que le culte blues-trash du Reverend Beat Man. Fidèle à sa réputation, le rocker bernois offre un prêchi-prêcha électrique, dans la plus pure "Beat Man Way": voix rocailleuse, guitare acérée, batterie sèche et paroles à rendre sourd un cul-béni (pour la bonne bouche:, quelque chose comme "My father was an homosexual, as my other father, so they adopted me and that's why I'm a lesbian and my daughter is my sister..." Un peu répétitif mais souvent jouissif, la prestration pose parfaitement le cadre pour le concert suivant, celui du duo Lightning Bolt. Batteur cagoulé et bassiste adepte du gros son envoient du bois pendant près d'une heure. Breaks hystériques, cris étouffés, fuzz et taping provoquent un torrent de décibels du plus bel effet, totalement débridé, tout à fait prenant. On en redemande, même si on regrette que le groupe ait opté pour la scène plutôt que pour la fosse. La barre est placée à une drôle de hauteur pour Sophie Hunger, tête d'affiche pas forcément attendue de la soirée. Mais la jeune étoile zurichoise s'en sort haut la main, séduisant le public avec un show rôdé au mieux. Si la voix est un peu trop poussée parfois, les orfèvreries de guitares enchantent toujours, comme les moments plus intimistes au piano. Parmi les nouveaux titres joués, on retient notamment un joli City Lights, osant quelques sonorités plus électroniques. A l'image du duo de reprises dans la dernière partie du concert, l'atmosphère aura toutefois un poil trop hésité entre folk grand public (un Like A Rolling Stone toutes voiles dehors) et songwriting plus adapté aux oreilles difficiles (une étonnante version du Vent nous portera). Un vent qui fouette le festival d'ailleurs, faisant tomber la température au moment où Deerhoof s'empare de la scène. Est-ce la raison pour laquelle le groupe américain semble si dispersé? Peut-être. Mélodies débridées mais rachitiques, micro-chanteuse plus agaçante que mutine, le combo hype des blogs US peine à convaincre, malgré une seconde partie de set plus aboutie. Trop tard, j'ai craqué. Il fait trop froid et le festival ne fait que commencer.
SAMEDI 30 MAI - "C'est con, mais qu'est-ce que c'est bon!"
Temps plus clément le samedi, mêlant soleil et vent faible. Youpi. Une chaleur qui explique la dégaine du chanteur-batteur-entertainer de Monotonix: cuissette et torse-poils (et dos poilu aussi). Comme annoncé, le groupe israëlien laisse la scène au public et s'empare de la fosse. Le numéro vaut le détour. Portés par le public, ces poilus du désert rejouent le rock'n'roll circus, jusqu'à un numéro simiesque dudit entertainer, accroché à l'armature métallique de la tente, tandis que ses acolytes prennent place debout sur le bar. Dommage que le tout reste musicalement plus qu'anecdotique... Tout le contraire de Micachu and The Shapes. Pour son premier concert en Suisse, le trio londonnien reste fidèle à la formule marabout-de-ficelle entendue sur disque, combinant percussions ludiques, synthé cheapos et guitares sèches et rêches. Manque toutefois la fulgurance ou la fraîcheur de l'album. Trop appliqués, voire cérébraux, les trois bidouilleurs en oublient l'urgence qui fait leur charme. Dommage (bis). Plus coulant dans leur interprétation, leurs compatriotes Tunng sont fidèles à eux-mêmes, entre bricolages touchants et hymnes pour feux de camp. Un peu trop gentillet tout de même, leur prestation dérive rapidement vers des sonorités dignes d'un retour de Simon & Garfunkel à Central Park. A la manière de Good Arrows, dernier album sorti en 2007, le groupe anglais sucre un peu trop sa folktronica pour obtenir un mélange relevé. Dommage (bis, bis). Après ces apéritifs déceptifs, on se dit que ce samedi soir ne restera pas dans les annales du festivals, en attendant la prestation de Mogwai. C'est oublié un peu vite le pouvoir des Ecossais. Servis par un son à niveau - dans tous les sens du terme - les cinq larrons enchaînent une set-list convenue, mais jouissive. Quelques extraits de The Hawk Is Howling, quelques dérives évitables (mais que quelqu'un leur vole leur vocoder) et surtout une succession de bombes électriques. Ithica 27o9, Summer, Glasgow Mega-Snake et surtout un apocalyptique My Father My King en conclusion, pour 25 minutes de pyrotechnie sonique, multipliant les distos criardes, tournant en boucle sur un tapis de basse post-atomique. Comme me dit un camarade de concert: "C'est con, mais qu'est-ce que c'est bon!"
DIMANCHE 31 MAI - "Jeunesse sonique, tu (ne) dors (pas), ((pas même) en cage)"
Troisième soir événement avec la venue de Sonic Youth, pour l'un des ses quatre concerts européens de la saison. Autant dire que l'ensemble de ma soirée sera tournée vers ça, d'un concert attendu à une interview espérée. En ouverture sur la grande scène, The Mae Shi propose un grand écart étrange, conciliant un punk-rock bien peigné façon Blink 182 avec des bidouillages surannés qui rappellent Thee More Shallows et des cris et clappements de pieds entre Commedia del Rock et les Beastie Boys de Fight For Your Right (To Party). Sans prétention, mais généreux et juvénile, le jeune trio lance parfaitement la soirée. Plus casse-gueule, la prestation de Final Fantasy sur cette même scène montre les limites d'un exercice intimiste une fois transposé dans l'arène. A la manière d'un Andrew Bird - look emo plutôt que XIXème - le brave Owen Pallett se perd un peu dans les dédales de sa virtuosité, oubliant la simplicité que requiert parfois une bonne mélodie. Un constat plus flagrant encore lorsque le Canadien réussit son coup, comme sur le toujours très joli This Lambs Sell Condos. La tension monte ensuite d'un cran, avec l'installation sur scène du mur d'amplis de Sunn O))). Quant à votre fidèle serviteur, il savoure un Mojito en attendant l'heure de son rendez-vous avec Lee Ranaldo. Las, l'attente s'allonge. Et l'attachée de presse helvète du groupe lâche l'affaire. Aïe. Mais voilà le sieur Ranaldo. Je le stoppe, lui rappelle poliment notre interview et lui rappelle celle déjà faite à Bruxelles, il y a deux ans et demi. Toujours affable, il promet de revenir dans cinq minutes avant d'aller prendre un bain de Sunn O))), que je capte depuis les backstages. Retour ensuite et parlotte plus que sympathique (à lire ici bientôt). A la fin, difficile de me plonger véritablement dans la prestation de Sunn O))), qui entame son ultime boucle de décibels. Un regret vite oublié une heure plus tard avec le concert de Sonic Youth. Fort d'un nouvel album taillé pour la scène, le groupe new-yorkais en dévoile près d'une dizaine de titres live, dont un très bon Anti-Orgasm. Une manière de rappeler que, contrairement à ce que clamait Fly Pan Am il y a quelques années, la jeunesse sonique ne dort pas, encore moins en cage. Sonic Youth évite ainsi ses éternels classiques de concerts (Teen Age Riot, Brother James), pour leur préférer d'autres relectures tout aussi essentielles, de She's Not Alone à 'Cross The Breeze. Résolument rock, ce clou du festival tient ses promesses, notamment grâce à l'attitude toujours classe du groupe: lorsque la guitare de Thurston Moore s'éteint soudain en plein milieu d'un titre, le grand échalas et ses acolytes offrent tout de même la coda finale du morceau. En rappel, Pink Steam vient rappeler la force toujours vivace de Sonic Youth, entre orfèvreries électriques et chant adolescent.
Au final, ce Kilbi 2009 aura été à la hauteur des attentes, du moins au niveau des têtes d'affiches attendues. On pourra regretter toutefois les petites ou grosses déceptions d'artistes moins aguerris. Et d'avoir trop souvent dû choisir dans une programmation trop pléthorique même pour les plus valeureux festivaliers.


























bien sympathique ce compte rendu, tu as été servi en matière de gros son(s), d'ailleurs, sans vouloir en rajouter, dommage, me semble t-il, d'avoir entendu à distance Sunn O))), quand même un groupe majeur qui prend un peu plus d'ampleur à chaque nouvelle sortie - et leur tout nouveau place la barre haut
Rédigé par : Fabrice | 02/06/2009 à 22:33
et Gang Gang Dance, pas vu ? je les ai vu au Primavera, j'ai pris une jolie claque! (j'ai d'ailleurs dû sacrifier Sonic Youth qui jouaient en meme temps..). Lightning Bolt ont aussi joué sur scène à Barcelone, bien dommage.. au zoo de l'usine l'année passée, c'était juste incroyable !
Rédigé par : nufonia | 06/06/2009 à 22:38