Pornhorrorgraphy Flou façon The Cure, la pochette de "Primary Colours" annonce la couleur: The Horrors est toujours sous influence, mais choisit mieux sa came.
The Horrors - Sea Within A Sea
Quand on m'a conseillé de jeter une oreille au nouvel album de The Horrors, j'ai un peu fait la grimace. Dans ma tête trainait le souvenir encore vif d'un groupe grimé façon Tokyo Hotel, posant en noir et blanc sous une tête de sanglier empaillée et produisant un garage-rock teinté de glam du plus mauvais goût. Strange House, ça s'appelait et cette barraque-là n'était pas mon chez-moi.
Reste que je fais confiance. Et me voilà avec une nouvelle image du groupe sous les yeux: cinq visages floutés, comme effacés, évoquant les silhouettes délavées du Pornography de The Cure, le jaune remplaçant le rouge mais l'effet d'étouffement restant le même, à la manière d'une toile de Francis Bacon.
The Horrors a donc changé. Et musicalement aussi. Reniant son évangile Cramps, le groupe anglais se plonge dans le missel My Bloody Valentine. Un shoegazing à l'abrasivité froide, toutes guitares dehors, lignes de synthés stridentes et batterie explosive ou martiale. Exercice de style dans l'ère du temps, la mue convainc mieux que chez nombre de suivistes. Une prouesse rendue possible par un sens mélodique émergeant du magma sonique, poppy parfois (Who Can Say), musclé souvent (New Ice Age). Et un aplomb à oser les horipeaux-corbeaux et autres emprunts désuets - synthés, effets vocaux, rythmiques digitales - que les émules shoegaze branchés d'aujourd'hui prendraient avec des pincettes.
Direct, concis, précis, Primary Colours est un album qui ne lâche pas celui qui s'y laisse prendre. Et pourrait même convaincre certains allergiques à My Bloody Valentine, grâce à une voix grave plutôt qu'éthérée. Quant à l'auditeur attentif tendance nerd, il s'amusera à reconnaître d'autres références qui surgissent çà et là, tel Jesus and Mary Chains (le pont au milieu de Who Can Say) ou Grauzone (l'entrée en piste de Scarlet Fields rappelant Eisbaer).
Ou mieux encore, les boucles synthétiques de The Rip de Portishead fermant l'album sur la seconde partie de Sea Within A Sea. Un emprunt finalement normal, puisque Primary Colours profite des services de Geoff Barrow pour la production. Ce qui prouve au moins deux choses. Primo: qu'en plus d'être devenu malin dans le choix de ses influences, The Horrors sait s'entourer niveau production. Deuzio: que Third n'a pas fini d'influencer les albums à venir, à la façon du grand disque qu'il est, au moment même où le Fireweed de Patrick Watson semble faire écho aux orfèvreries de guitares ouvrant The Rip.


























Je suis absolument d'accord, cet album est un bijou, rien de moins.
Tu es un peu dur avec Strange House, qui était assez prometteur => d'où Primary Colours. Mais peut-être y reviendras-tu…
Rédigé par : Laurent | 17/06/2009 à 15:24