E comme TV Une télévision qui s'appelle La Télé, c'est un peu comme un hebdomadaire qui s'appellerait L'Hebdo: on ne se moque pas, s'il vous plaît.
Comme certains d'entre vous sans doute, j'ai été victime de la malédiction Jackson. Jugez plutôt. Dimanche soir, j'ai programmé mon disque dur pour enregistrer Prête à tout de Gus Van Sant. Mais mardi soir, en appuyant sur Play, je me suis retrouvé face à Un jour, un destin: Michael Jackson. Ironie de l'anecdote, je venais de passer deux jours à pondre une nécrologie de celui qu'on surnommait Bambi.
Vous l'avez peut-être remarqué aussi: depuis qu'il est mort, Michael Jackson est partout et surtout à la télé. Je vous ferai donc grâce de mon petit couplet sur le sujet ici (achetez L'Hebdo jeudi si voulez savoir, votre curiosité sera satisfaite et mon salaire payé). A la place, je vous parlerai de La Télé. Mais oui, vous savez, La Télé, avec des majuscules. Non? J'appuie sur Rewind.
La Télé, c'est donc le nom de la nouvelle chaîne de télévision suisse-romande. Enfin, des cantons de Vaud et de Friboug. Au début, elle s'appelait VFTV, Vaud Fribourg TV, nom de baptême provisoire. Et puis quelqu'un - un cabinet spécialisé? un rédacteur en chef mégalo? un enfant? un concurrent? - a eu une idée de génie: pourquoi pas l'appeler La Télé. Et à la surprise générale, ça a marché. L'occasion de se rendre compte que notre beau pays n'est pas le roi des noms originaux quand il s'agit de média (en vrac, La Tribune de Genève, 24 Heures, Fémina ou encore L'Hebdo). Et de s'empresser d'enregistrer le nom Le Gratuit en prévision du mariage annoncé entre Le Matin Bleu et 20 minutes (encore un nom original, tiens).
Donc, La Télé est la nouvelle chaîne de télévision de la Suisse romande vaudoise et fribourgeoise. Et logiquement, toute la Suisse romande médiatique en parle. Et c'est là que les ennuis commencent. Dès demain soir et la première émission de La Télé (fort originalement intitulée La première émission!), vous ne pourrez plus dire "J'ai regardé la télé hier soir" sans créer la confusion. "La Télé, mais franchement, tu aimes ça?" "Ben, j'ai un récepteur satellite tu sais." "Et avec ça, tu trouves rien de mieux à regarder que La Télé?!" "Euh..."
Ce problème de nom passé, La Télé affiche ses ambitions. Et se réclame déjà d'un esprit Canal, du nom de cette chaîne en vogue et à décodeur du siècle passé. Elle annonce ainsi ses Guignols de l'info, intelligemment rebaptisés Bouffons de la Confédération. Et joue de ce fameux humour Canal dès ses vidéos de présentation ("Et maintenant, le centre névralgique de La Télé... la machine à café!"). Seul hic, à en croire la grille des programmes, l'été ressemblera plus à M6 (fameuse chaîne en vogue du siècle... euh, non, pardon).
Héritière des télévisions régionales dont elle prend le relais, La Télé prendra en effet ses quartiers dans les festivals de l'été. Mais comme elle voit les choses en grand, elle a pris soin de remplacer les sympathiques animateurs locaux par une star, une vraie. Je vous le donne en mille: Séverine Ferrer. Mais oui, rappelez-vous, la présentatrice de Fan de sur M6. Une émission hautement mélomane, où l'on découvrait chaque semaine des fans éclairés de Pascal Obispo, 2be3 ou encore Ophélie Winter. De quoi donner des idées à Claude Nobs pour remettre son affiche à niveau à l'horizon 2010.
Mais je suis méchant. Si j'en crois la page Wikipédia de Séverine Ferrer, l'animatrice a fait du chemin depuis Fan de. Elle a enregistré un album ("échec commercial et critique"), fait du théâtre (présentant une énième interprétation des Monologues du vagin) et même participé à l'Eurovision pour Monaco avec la chanson Coco-Dance ("éliminée en demi-finale finissant 21e sur 23). Un beau CV donc. De ceux qui vous feraient regretter Musicomax et autre Garage. La preuve qu'il va falloir se méfier de cette "La Télé", bien décidée à régatter avec l'autre "la télé" - la TSR, donc - au moment de célébrer la musique. A moins que ce ne soit La Musique ("Oui, la musique!").
Tiens, un nom familier! Lu dans Les Inrockuptibles cette semaine, une chronique me renvoie à mon passé numérique. Un pseudo croisé au hasard d'un forum. Le même nom aujourd'hui coiffant un album qui a les honneurs de l'hebdomadaire de référence de la culture en Hexagone. Wouaw. Ou pas.
Ou pas, parce que bon, l'hebdomadaire de référence de chez les voisins, on oublie. Surtout, passé le souvenir, force est de constater qu'il n'en reste plus grand-chose. Les forums du début des années 2000 se sont lentement mais sûrement tus, quand ils n'ont pas atteint leur point Godwin. Les blogs les ont remplacé, un temps, avant d'être rattrapés par le business de la blogosphère. Le Luftbusiness, comme dirait l'autre.
Oui, on vend de l'air. Et peut-être même que ça marche. Pas un jour sans une invitation ou une proposition de partenariat. "Vous avez aimé Sonic Youth, vous aimerez à coup sûr notre concours pour aller voir U2 à Dublin!" "Pour ce mois, nous vous conseillons de chroniquer Sophie Hunger ou Patrick Watson et vous serez repris sur notre super site." Vous êtes convié à notre petit-déjeuner samedi prochain à Paris où vous pourrez rencontrer nos nouveaux artistes." "Sans nouvelle de votre part, nous revenons vers vous pour notre festival au café du coin à Bordeaux ce jeudi soir."
Je n'exagère même pas. Lire ma brève bio pour découvrir que je vis en Suisse, feuilleter mes archives pour voir ce que j'ai déjà chroniqué ou encore accepter que non, Sonic Youth et U2 n'ont rien à voir, tout cela semble impossible. L'ère des blogueurs influents? Ou l'air des blogueurs influents? Difficile à dire... Mais il semble que comme leurs prédécesseurs de papier, les blogs sont appelés à rentrer dans le rang et à s'institutionnaliser. Et que comme les forums, ils devraient s'éteindre lentement mais sûrement, sans même passer par la case Godwin. Vu qu'ils ne disent pas non, acceptent les échanges de lien, la course au classement Wikio ou encore les reprises par des plateformes sans contenu, mais riches des revenus de la publicité.
Si en 2000 et quelques on m'avait dit que quelques uns des forumeux dont j'étais se retrouveraient à côtoyer les artistes dont nous parlions avec tant de passion dans les colonnes des magazines, j'aurais crié victoire, sûr de l'avènement d'une autre génération, de notre génération. Quelques années plus tard, je n'en suis plus si sûr. N'aurions-nous pas simplement été rattrapés par ce que nous fuyions hier, ce que nous critiquions avec tant de véhémence? Jusqu'à devenir une infime composante de cette norme, plus insatisfaisante de saison en saison. Au risque d'y perdre plus qu'on imagine.
La jeunesse sonique est éternelle Trente ans au compteur et des rides en apparence uniquement. Sonic Youth reste Sonic Youth, comme le démontre "The Eternal". Quelques mots de Lee Ranaldo et un retour en vidéo sur une carrière exemplaire.
En cette fin de printemps, on vante et on célèbre Sonic Youth. Et on a raison. Dix-huitième album studio du groupe new-yorkais, The Eternal est un condensé de "jeunesse sonique", dans son son comme dans ses structures. Guitariste aux cheveux blancs mais aux doigts toujours verts, Lee Ranaldo en convient: "C'est sans doute notre album le plus direct depuis longtemps. Mais c'est également celui qui contient les passages les plus complexes et sophistiqués que nous ayons jamais enregistré."
S'il n'aime pas forcément le jeu des comparaisons rétrospectives, le musicien de 53 ans reconnaît toutefois que le groupe s'est abreuvé à sa propre histoire pour The Eternal. Plus précisément en se replongeant dans Daydream Nation à l'occasion d'une tournée initiée par le festival Dont Look Back. "Nous avons redécouvert ce que nous étions en 1988: un groupe en train de créer son style, connaissant ses premiers succès. Nous sommes fréquemment influencés par ce que nous écoutons. Et cette fois-ci, notre influence principale a été nous-mêmes, il y a 20 ans."
Un coup d'oeil dans le rétro qui ne doit pas occulter la suite à venir. Plus cohérent et assuré que jamais, Sonic Youth s'impose comme l'unique dinosaure estimable d'une histoire du rock faite de démissions, de soumissions ou de compromissions. Entre ses albums "officiels" et ses multiples projets parallèles, le groupe américain a su trouver une dynamique créatrice viable. Et son récent exil sur Matador laisse augurer de très belles choses pour l'avenir, "car aujourd'hui, s'il est devenu plus facile de sortir un disque et de le rendre disponible à ceux qui s'y intéressent, il est plus important que jamais de travailler avec des gens qui vous comprennent et s'intéressent à votre démarche."
Histoire de marquer le coup dans la longue liste des hommages rendus à un groupe loin d'avoir abdiqué, jouons ici la carte d'une sélection en son et images, toute subjective. Car la jeunesse sonique est décidément éternelle.
Making The Nature Scene - Pas forcément le titre le plus évident parmi les premiers jets - on peut lui préférer l'increvable "Brother James" ou le nouveau classique "She Is Not Alone" - mais sans doute le plus emblématique de ce que sera le groupe. Une rage froide, presque sourde, habitée par le chant cathartique et excité de Kim Gordon. Tout un programme d'entrée entre friction des guitares et fulgurance post-punk.
Express Way To Yr Skull - Un classique, un vrai, morceau majeur des concerts du groupe à travers le temps. Issu d'un album foutraque et aimable passionnément - "EVOL" - il introduit la longueur dans l'oeuvre du groupe, prolongeant l'énergie rock tout le long de structures en domino, ouvertes à l'expérimentation sans oublier l'évidence électrique.
Schizophrenia - Le mix idéal, déjà. Tout est là. Une rythmique pavlovienne, un riff de guitare accrocheur, un duo vocal insufflant deux univers au morceau. Multipliant les pistes musicales, "Schizophrenia" offre un réservoir à la richesse inépuisable pour tout groupe qui se cherche un parrainage de qualité. Et un album entier aux minimalistes qui opteraient pour la facilité.
Teen Age Riot - Poursuivant sur sa lancée, Sonic Youth fait mieux qu'affirmer son univers: il accouche de son album-monde. Ou de son album-monstre. "Daydream Nation", manifeste pour un autre rock, dans une décennie pourrie par Mtv et les bêtes de stade. Labyrinthique sans jamais oublier d'être limpide, cette électricité est revêche, ne se laisse domestiquer que pour mieux éclater, dans la distorsion comme dans les orfèvreries.
Dirty Boots - Le cirque rock'n'roll est en train de s'ouvrir. Et Sonic Youth frappe les premiers coups à sa porte. Oubliant un instant ses cathédrales soniques, le groupe ose le format dominant, couplet-refrain-pont-etc. Sans pour autant perdre son tranchant. La jeunesse sonique est en marche, son règne arrive.
Sugar Kane - Le dernier verrou à sauter. "Nevermind" et Nirvana imposent la scène indé sur l'autel de l'industrie. Sonic Youth rejoint les rangs de l'armée montée par David Geffen, yuppie s'emparant du paysage rock. Débordant de tubes patentés - "100%". "Youth Against Fascism", "Chapel Hill" - "Dirty" est l'autre grand brûlot rock d'une époque. Mais Sonic Youth n'oublie pas ses marottes pour autant, à l'image de ce "Sugar Kane" où les guitares dialoguent en toute liberté.
Bull In The Heather - Comme à bout de souffle, Sonic Youth se cherche, hésitant entre un retour aux sources, de nouvelles architectures ou la culture de son nouveau pré carré. Les albums s'en ressentent, ne survivant que par quelques traits de génie - des méandres de "The Diamond Sea" au souffle pop de "Bull In The Heather" - quand ils ne sombrent par totalement, à l'image de "NYC Ghost & Flowers".
Paper Cup Exit - Requinqué par son label (SYR) et l'arrivée du sorcier Jim O'Rourke (révélateur, entre autres, d'un Wilco nouveau), Sonic Youth reprend du poil de la bête. Et captive à nouveau avec "Sonic Nurse". Fort des meilleurs atouts du groupe, l'album comprend peut-être la plus belle chanson de Lee Ranaldo, bâtisseur discret d'un rock tortueux et mélodique à la fois. "Paper Cup Exit" et son refrain à tiroirs sonne comme l'aboutissement d'une obsession personnelle.
Pink Steam - Plus pop que jamais, "Rather Ripped" présente un Sonic Youth réconcilié avec son histoire et ses influences. D'une pop-song minute ("Incinerate") à un relent de Velvet ("Do You Believe In Rapture?"), le groupe trouve une fraîcheur nouvelle. Et touche au génie lorsqu'il revisite ses propres constructions, sur un "Pink Steam" aux airs de titre-étalon, l'introduction en toile d'arraignée, la voix éternellement adolescente de Thurston Moore ensuite.
Anti-Orgasm - Fer de lance du petit dernier "The Eternal", cette anti-orgasme est un classique pour fan dès la première écoute. Normal, il réunit tous les ingrédients qui font le charme de Sonic Youth: deux voix, des tressages de guitares, une distorsion lourde, une rythmique débridée, un pont en suspension. Si "The Eternal" est un bon disque, "Anti-Orgasm" est une grande chanson. Tout simplement.
The Silver Grateful Stone Family Entre psychédélisme brut et rythmes afro-beat, le folk du combo américain varie les saveurs pour le pire et le meilleur.
Akron/Family - River
Comme la semaine dernière pour The Horrors, on commencera par la pochette. Un drapeau américain dont les étoiles ont disparu. A la place, une spirale évoquant les T-Shirts que de nos parents nostalgiques hippies nous forçaient à fabriquer enfants, entre torsions et peintures. Une bannière étoilée aux airs de Peace & Love. On pense irrémédiablement à la pochette de There's A Riot Goin' On de Sly & The Family Stone disque légendaire de 1971 présentant un funk moins mélodique, plus abrasif, et originellement intitulé Africa Talks To You.
Et ça tombe bien, car l'Afrique parle la première sur Set'em Wild, Set'em Free, nouvel album d'Akron/Family. Démarrant en trombe, Everyone Is Guilty mélange rythmiques afro-beat et folk crié, façon Silver Mt Zion et tout le tra-la-la. Le chant de guerre fait mouche grâce à ses multiples changements de rythmes et de tons, ni prêcheur, ni suiveur.
La suite varie. Comme ses bonheurs. Mais l'ensemble est plutôt convaincant. Comme quand Akron/Family joue la carte d'un folk moins clinquant, presque dépouillé (The Alps & Their Orange Evergrenn ou ce très beau River évoquant ce que pourrait faire Herman Düne aujourd'hui s'il était moins feignasse). Ou encore lorsque le groupe ose accepter son temps, bidouillant comme ses contemporains, jusqu'à y trouver matière à une pop tordue et poignante à la fois (Creatures et son pont vocal qui évoquerait presque Thom Yorke quand il n'en fait pas trop).
De jolies choses, donc. Et là c'est le drame. Le drapeau hippie cache une offrande poussive au Grateful Dead et autres chevelus du genre. Sur la seconde partie de l'album, Akron/Family rebranche l'électricité et oublie l'Afrique pour rejouer Woodstock. Une flûte innocente annonce la couleur puis c'est le déluge. Tel un gros boeuf du père Dylan un mauvais soir, voici l'auditeur embarqué dans quelques pesants solis de six-cordes nourries à la fée électricité. Acceptable au début (le final longuet de Gravelly Mountains Of The Moon), l'exercice devient rapidement pénible à force de se répéter, d'un inutile MBF à un They Will Appear trop brouillon pour être honnête.
Heureusement, l'ensemble finit mieux, rappelant les qualités d'écriture d'Akron/Family et terminant de faire de Set'em Wild, Set'em Free un album tout à fait honorable pour la saison, vers lequel on reviendra, muni toutefois d'une petite zapette.
Akron/Family Set'em Wild, Set'em Free Dead Oceans/Crammed/Musikvertrieb
Un disque dont je ne me lasse pas. J'en profite donc pour vous le mettre en écoute intégrale avec ce player piqué chez l'ami Kennel The District qui propose d'ailleurs une très bonne chronique de ce Primary Colours (même si son Fade to Grey sonne moins bien que mon Pornhorrorgraphy, héhé).
Pornhorrorgraphy Flou façon The Cure, la pochette de "Primary Colours" annonce la couleur: The Horrors est toujours sous influence, mais choisit mieux sa came.
The Horrors - Sea Within A Sea
Quand on m'a conseillé de jeter une oreille au nouvel album de The Horrors, j'ai un peu fait la grimace. Dans ma tête trainait le souvenir encore vif d'un groupe grimé façon Tokyo Hotel, posant en noir et blanc sous une tête de sanglier empaillée et produisant un garage-rock teinté de glam du plus mauvais goût. Strange House, ça s'appelait et cette barraque-là n'était pas mon chez-moi.
Reste que je fais confiance. Et me voilà avec une nouvelle image du groupe sous les yeux: cinq visages floutés, comme effacés, évoquant les silhouettes délavées du Pornography de The Cure, le jaune remplaçant le rouge mais l'effet d'étouffement restant le même, à la manière d'une toile de Francis Bacon.
The Horrors a donc changé. Et musicalement aussi. Reniant son évangile Cramps, le groupe anglais se plonge dans le missel My Bloody Valentine. Un shoegazing à l'abrasivité froide, toutes guitares dehors, lignes de synthés stridentes et batterie explosive ou martiale. Exercice de style dans l'ère du temps, la mue convainc mieux que chez nombre de suivistes. Une prouesse rendue possible par un sens mélodique émergeant du magma sonique, poppy parfois (Who Can Say), musclé souvent (New Ice Age). Et un aplomb à oser les horipeaux-corbeaux et autres emprunts désuets - synthés, effets vocaux, rythmiques digitales - que les émules shoegaze branchés d'aujourd'hui prendraient avec des pincettes.
Direct, concis, précis, Primary Colours est un album qui ne lâche pas celui qui s'y laisse prendre. Et pourrait même convaincre certains allergiques à My Bloody Valentine, grâce à une voix grave plutôt qu'éthérée. Quant à l'auditeur attentif tendance nerd, il s'amusera à reconnaître d'autres références qui surgissent çà et là, tel Jesus and Mary Chains (le pont au milieu de Who Can Say) ou Grauzone (l'entrée en piste de Scarlet Fields rappelant Eisbaer).
Ou mieux encore, les boucles synthétiques de The Rip de Portishead fermant l'album sur la seconde partie de Sea Within A Sea. Un emprunt finalement normal, puisque Primary Colours profite des services de Geoff Barrow pour la production. Ce qui prouve au moins deux choses. Primo: qu'en plus d'être devenu malin dans le choix de ses influences, The Horrors sait s'entourer niveau production. Deuzio: que Third n'a pas fini d'influencer les albums à venir, à la façon du grand disque qu'il est, au moment même où le Fireweed de Patrick Watson semble faire écho aux orfèvreries de guitares ouvrant The Rip.
Le pèlerinage est devenu habituel. Mais cette dix-neuvième édition du Kilbi festival avait des allures de menu de fête avec, notamment, Mogwai et Sonic Youth en têtes d'affiche. Le vénérable Bliss, gardien du Bad Bonn depuis près de 20 ans, ne pouvait rêver mieux pour lancer la saison des festivals à Düdingen (la TSR ne s'y est d'ailleurs pas trompée (et si vous aimez "Où est Charlie?", essayez de me retrouver)).
Retour subjectif et fatalement incomplet - je n'aurais vu que d'une oreille les concerts à l'intérieur du Bad Bonn - sur trois jours de Kilbi, où la tradition aura été aussi respectée que le glorieux anciens:
VENDREDI 29 MAI - "Always do the Beat Man way!"
Pour ouvrir les feux, quoi de mieux que le culte blues-trash du Reverend Beat Man. Fidèle à sa réputation, le rocker bernois offre un prêchi-prêcha électrique, dans la plus pure "Beat Man Way": voix rocailleuse, guitare acérée, batterie sèche et paroles à rendre sourd un cul-béni (pour la bonne bouche:, quelque chose comme "My father was an homosexual, as my other father, so they adopted me and that's why I'm a lesbian and my daughter is my sister..." Un peu répétitif mais souvent jouissif, la prestration pose parfaitement le cadre pour le concert suivant, celui du duo Lightning Bolt. Batteur cagoulé et bassiste adepte du gros son envoient du bois pendant près d'une heure. Breaks hystériques, cris étouffés, fuzz et taping provoquent un torrent de décibels du plus bel effet, totalement débridé, tout à fait prenant. On en redemande, même si on regrette que le groupe ait opté pour la scène plutôt que pour la fosse. La barre est placée à une drôle de hauteur pour Sophie Hunger, tête d'affiche pas forcément attendue de la soirée. Mais la jeune étoile zurichoise s'en sort haut la main, séduisant le public avec un show rôdé au mieux. Si la voix est un peu trop poussée parfois, les orfèvreries de guitares enchantent toujours, comme les moments plus intimistes au piano. Parmi les nouveaux titres joués, on retient notamment un joli City Lights, osant quelques sonorités plus électroniques. A l'image du duo de reprises dans la dernière partie du concert, l'atmosphère aura toutefois un poil trop hésité entre folk grand public (un Like A Rolling Stone toutes voiles dehors) et songwriting plus adapté aux oreilles difficiles (une étonnante version du Vent nous portera). Un vent qui fouette le festival d'ailleurs, faisant tomber la température au moment où Deerhoof s'empare de la scène. Est-ce la raison pour laquelle le groupe américain semble si dispersé? Peut-être. Mélodies débridées mais rachitiques, micro-chanteuse plus agaçante que mutine, le combo hype des blogs US peine à convaincre, malgré une seconde partie de set plus aboutie. Trop tard, j'ai craqué. Il fait trop froid et le festival ne fait que commencer.
SAMEDI 30 MAI - "C'est con, mais qu'est-ce que c'est bon!"
Temps plus clément le samedi, mêlant soleil et vent faible. Youpi. Une chaleur qui explique la dégaine du chanteur-batteur-entertainer de Monotonix: cuissette et torse-poils (et dos poilu aussi). Comme annoncé, le groupe israëlien laisse la scène au public et s'empare de la fosse. Le numéro vaut le détour. Portés par le public, ces poilus du désert rejouent le rock'n'roll circus, jusqu'à un numéro simiesque dudit entertainer, accroché à l'armature métallique de la tente, tandis que ses acolytes prennent place debout sur le bar. Dommage que le tout reste musicalement plus qu'anecdotique... Tout le contraire de Micachu and The Shapes. Pour son premier concert en Suisse, le trio londonnien reste fidèle à la formule marabout-de-ficelle entendue sur disque, combinant percussions ludiques, synthé cheapos et guitares sèches et rêches. Manque toutefois la fulgurance ou la fraîcheur de l'album. Trop appliqués, voire cérébraux, les trois bidouilleurs en oublient l'urgence qui fait leur charme. Dommage (bis). Plus coulant dans leur interprétation, leurs compatriotes Tunng sont fidèles à eux-mêmes, entre bricolages touchants et hymnes pour feux de camp. Un peu trop gentillet tout de même, leur prestation dérive rapidement vers des sonorités dignes d'un retour de Simon & Garfunkel à Central Park. A la manière de Good Arrows, dernier album sorti en 2007, le groupe anglais sucre un peu trop sa folktronica pour obtenir un mélange relevé. Dommage (bis, bis). Après ces apéritifs déceptifs, on se dit que ce samedi soir ne restera pas dans les annales du festivals, en attendant la prestation de Mogwai. C'est oublié un peu vite le pouvoir des Ecossais. Servis par un son à niveau - dans tous les sens du terme - les cinq larrons enchaînent une set-list convenue, mais jouissive. Quelques extraits de The Hawk Is Howling, quelques dérives évitables (mais que quelqu'un leur vole leur vocoder) et surtout une succession de bombes électriques. Ithica 27o9, Summer, Glasgow Mega-Snake et surtout un apocalyptique My Father My King en conclusion, pour 25 minutes de pyrotechnie sonique, multipliant les distos criardes, tournant en boucle sur un tapis de basse post-atomique. Comme me dit un camarade de concert: "C'est con, mais qu'est-ce que c'est bon!"
DIMANCHE 31 MAI - "Jeunesse sonique, tu (ne) dors (pas), ((pas même) en cage)"
Troisième soir événement avec la venue de Sonic Youth, pour l'un des ses quatre concerts européens de la saison. Autant dire que l'ensemble de ma soirée sera tournée vers ça, d'un concert attendu à une interview espérée. En ouverture sur la grande scène, The Mae Shi propose un grand écart étrange, conciliant un punk-rock bien peigné façon Blink 182 avec des bidouillages surannés qui rappellent Thee More Shallows et des cris et clappements de pieds entre Commedia del Rock et les Beastie Boys de Fight For Your Right (To Party). Sans prétention, mais généreux et juvénile, le jeune trio lance parfaitement la soirée. Plus casse-gueule, la prestation de Final Fantasy sur cette même scène montre les limites d'un exercice intimiste une fois transposé dans l'arène. A la manière d'un Andrew Bird - look emo plutôt que XIXème - le brave Owen Pallett se perd un peu dans les dédales de sa virtuosité, oubliant la simplicité que requiert parfois une bonne mélodie. Un constat plus flagrant encore lorsque le Canadien réussit son coup, comme sur le toujours très joli This Lambs Sell Condos. La tension monte ensuite d'un cran, avec l'installation sur scène du mur d'amplis de Sunn O))). Quant à votre fidèle serviteur, il savoure un Mojito en attendant l'heure de son rendez-vous avec Lee Ranaldo. Las, l'attente s'allonge. Et l'attachée de presse helvète du groupe lâche l'affaire. Aïe. Mais voilà le sieur Ranaldo. Je le stoppe, lui rappelle poliment notre interview et lui rappelle celle déjà faite à Bruxelles, il y a deux ans et demi. Toujours affable, il promet de revenir dans cinq minutes avant d'aller prendre un bain de Sunn O))), que je capte depuis les backstages. Retour ensuite et parlotte plus que sympathique (à lire ici bientôt). A la fin, difficile de me plonger véritablement dans la prestation de Sunn O))), qui entame son ultime boucle de décibels. Un regret vite oublié une heure plus tard avec le concert de Sonic Youth. Fort d'un nouvel album taillé pour la scène, le groupe new-yorkais en dévoile près d'une dizaine de titres live, dont un très bon Anti-Orgasm. Une manière de rappeler que, contrairement à ce que clamait Fly Pan Am il y a quelques années, la jeunesse sonique ne dort pas, encore moins en cage. Sonic Youth évite ainsi ses éternels classiques de concerts (Teen Age Riot, Brother James), pour leur préférer d'autres relectures tout aussi essentielles, de She's Not Alone à 'Cross The Breeze. Résolument rock, ce clou du festival tient ses promesses, notamment grâce à l'attitude toujours classe du groupe: lorsque la guitare de Thurston Moore s'éteint soudain en plein milieu d'un titre, le grand échalas et ses acolytes offrent tout de même la coda finale du morceau. En rappel, Pink Steam vient rappeler la force toujours vivace de Sonic Youth, entre orfèvreries électriques et chant adolescent.
Au final, ce Kilbi 2009 aura été à la hauteur des attentes, du moins au niveau des têtes d'affiches attendues. On pourra regretter toutefois les petites ou grosses déceptions d'artistes moins aguerris. Et d'avoir trop souvent dû choisir dans une programmation trop pléthorique même pour les plus valeureux festivaliers.
En attendant peut-être d'en écrire un peu plus, petite playlist choisie dans la cuvée 2009 du Kilbi Festival. Ou de la Kilbi Festival. Qu'importe. Trois jours qui auront été l'occasion de se rappeler que Mogwai c'est con, mais c'est bon, surtout avec un bon son, que Lightning Bolt est un des meilleurs combos live actuels et que Sonic Youth a certaines des meilleures chansons rock du monde en stock. Qui dit mieux?
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