Samedi, je flânais dans une grande surface lorsque mon oreille s'est laissée prendre par la musique alentours. Une batterie martiale, une basse obsédante, une voix grave et froide. Comme un nouvel avatar de Joy Division, un brin plus lo-fi que les clinquants Editors. Je me pointe vers la caisse et jette un oeil à la pochette, avant de retourner dans les rayons pour cueillir l'objet ainsi dévoilé.
En six titres et vingt-et-une minutes, le combo nyonnais Josef of the Fountain fait mieux qu'être un fidèle de plus au tombeau de Ian Curtis. Si Fight The Blind évoque Joy Division, ce premier mini-album chasse beaucoup plus large. D'Interpol aux Strokes, en passant par The Libertines ou Foals, Josef of the Fountain revendique ses influences, mais parvient à les imbriquer avec fougue et urgence.
L'imparable 1101 Lighthouse se défait ainsi d'un canevas post-rock scolaire pour se lancer dans une course effrénée, où la noirceur post-punk double une efficacité mélodique empruntée aux Strokes. Sur un même mode le brouillon This Is The Police comme le pavlovien Olympico parviennent à concilier riffs évidents et atmosphères plus abrasives. Le tout servi par des instrumentations à l'urgence palpable et une voix plus crédible que cent autres entendues ici. Malgré quelques passages un peu plus mal dégrossis qu'on mettra sur le compte de sa jeunesse, Josef of the Fountain se révèle comme un groupe à suivre, bien parti pour digérer ses influences et ses envies multiples.
On en dira pas forcément autant du second effort en duo de PJ Harvey et John Parish. Exercice récréatif plutôt que véritable album, A Woman A Man Walked By a beau être plus convaincant que Dance Hall At Louse Point, il en conserve le principal défaut: s'égarer dans des relâchements coupables, pauvres en écriture. Ainsi, si l'on est séduit par la nudité de The Soldier ou la nervosité de Sixteen, Fifteen, Fourteen (lointain cousin de Taut), on reste plus circonspect devant la rage creuse de Pig Will Not ou les vocalises éthérées de Leaving California, aux airs de démos anecdotiques.
Restent quelques beaux moments, à la manière d'un très beau April - évoquant le désespéré Is That All There Is. Ou encore sur quelques titres qui n'auraient pas dépareillé sur les précédents albums de PJ Harvey, tels l'impeccable Black Hearted Love (Stories From The City, Stories From The Sea) ou l'erratique The Chair (Is This Desire?). Des réussites bienvenues, mais qui renforcent l'impression d'avoir à faire à un hybride recueil de faces B et autres démos retrouvées.
Pas de risque d'une telle déception sur le troisième album de Lhasa. A la cadence d'un disque tous les 6 ans, la chanteuse montréalaise a le temps de peaufiner son univers. Sans surprise, cet album éponyme jouit d'une production léchée, idéale pour les dégradés légers qui traversent ce folk lent aux sonorités dépouillées.
Reste que malgré ce parfait écrin, l'ensemble laisse un sentiment mitigé. Trop monotone pour tenir sur la longueur, cette collection de douze chansons envoûte et lasse à la fois, incapable de retrouver les reliefs variés qui faisaient la richesse de The Living Road. Ainsi, même lorsque l'instrumentation grince un peu plus - sur Lonely Spider, par exemple - jamais Lhasa ne parvient à créer ces vallons cabossés qui font la force des grands songwriters. Un regret renforcé encore à l'écoute du blues rugueux de 1001 Nights, qui évoquerait presque les premières mesures du To Bring You My Love de PJ Harvey. Et c'est peut-être là le grand défaut de ce Lhasa nouveau: oublier qu'après ce début en suspension, Miss Harvey osait un râle animal, haussant le ton et débridant l'électricité.
POUR LES YEUX:
PJ Harvey & John Parish - Black Hearted Love (Vidéo)
Lhasa - Rising (Vidéo)
POUR LE PORTE-MONNAIE:
Josef of the Fountain - 1101 Lighthouse (auto-production)
PJ Harvey & John Parish - A Woman A Man Walked By (Island/Universal)
Lhasa - Lhasa (Tôt ou Tard/Warner)




























"dance hall at loose point" est de mon point de vue le meilleur disque de PJ après "Dry"... mais je suis de ces vieux fans qui détestent "White Chalk", alors chacun sa PJ...
Rédigé par : fauve | 04/05/2009 à 14:40