C'est aujourd'hui que le printemps commence. Oui. Parce que c'est aujourd'hui que sort La musique, le huitième album de Dominique A. A force de me lire, vous connaissez mon attachement pour le Nantais, interviewé en long et en large sur ce blog (ici ou là). C'est dire mon impatience...
La musique, donc. Passé ce titre idiot - entre Michèle Torr et le truisme le plus plat - Dominique A livre un album étrange par son hétérogénéité. Le binôme d'ouverture annonce ainsi clairement la couleur. Avec ses boîtes à rythmes et ses synthés Bontempi, Le sens renvoie irrémédiablement à La fossette, malgré une production plus "hi-fi" et l'expérience des quinze ans passés, notamment dans l'utilisation de voix superposées. Droit derrière, Immortels s'avère l'un des morceaux les plus produits - voire enrobés - jamais enregistrés par le chanteur: cordes, rythmiques tourbillonnantes et cloches tintant dans le lointain dessinent un drôle de single, qu'on peut aimer et détester à la fois.
En deux chansons Alpha et Omega d'une oeuvre, les bases sont posées: sur La musique, Dominique A revisite son alphabet et le réinvente même parfois. L'Horizon enfante les voyages (Nanortylyk, Hasta), les arrangements plus osés de Tout sera comme avant (La musique) ont à nouveau droit au chapitre, les méandres claustrophobiques de Remué reparaissent par instants (Hotel Congress, Qui es-tu?) comme l'économie désuète des débuts (Le bruit blanc de l'été). Le tout avec une assurance nouvelle, la voix riche, pleine d'un vibrato maîtrisé, les instrumentations plus abouties. Seul bémol, quelques textes faibles (La musique, Les étendues), mais contre-balancés par une écriture qui touche toujours juste ailleurs.
"J'ai tout essayé, j'ai pas trouvé le sens" chante Dominique A en ouverture. Mais il continue d'essayer, accouchant d'un disque inventaire, faussement routinier. Jusqu'à oser le rythme de bal sur un ultime La fin d'un monde, petite merveille de chanson surannée et magnétique à la fois, annonciatrice d'une fin à venir, mais bien décidée à ne pas baisser les bras: "En attendant plus tard, profite bien des prochaines secondes." C'est noté.
Attendu également, le second album d'Elvis Perkins désarçonne. Plus proche des prestations live du bonhomme (racontées ici, par exemple), In Dearland ne retrouve pas la minutie d'exécution et l'émotion magnifiée d'Ash Wednesday. Exit le songwriting parfait de While You Are Sleeping ou le folk délicat de All The Night Without Love. Priss sur le vif, ces nouveaux morceaux sonnent brut, sans forcément dégager l'énergie attendue. Certes, des ballades enlevées comme Doomsday ou Hey sautillent d'une transe communicative, tandis que l'inaugural Shampoo esquisse une country bancale du plus bel effet. Mais l'ensemble manque de tenue, évoquant un Tom Waits chichiteux, des Basement Tapes sur la retenue. Hésitant entre bastringue et compositions plus fines, Perkins s'égare un peu, mais trace peut-être des pistes pour la suite.
Pour un grand écart plus équilibré, on se tournera vers le revenant Rodriguez et son album Cold Fact. Ignoré dans les années 70, le musicien ne devrait pas connaître le même sort aujourd'hui. Réédité chez Light in the Attic (redécouvreur de Karen Dalton également), voilà un disque étonnant tant il télescope les diverses sonorités d'une époque: songwriting, psychédélisme, soul électrique et flower power composent une bande-son dont la portée nostalgique ne sombre jamais dans le passéisme. Captivant de bout en bout, Cold Fact s'écoute ainsi sans qu'on aie jamais l'impression de se promener dans un musée seventies, plein d'un charme et d'une énergie qui font les grands disques. Le second album de Rodriguez est également annoncé dans les rééditions à venir, dans le courant de l'année. On se réjouit, voire plus. J'en profite pour remercier ici le confrère qui me l'a conseillé, au hasard d'une rencontre dans un magasin de disques (et oui, certains journalistes y passent encore).
POUR LES YEUX:
Dominique A - Immortels (Vidéo)
Rodriguez - Sugar Man (Vidéo)
POUR LES OREILLES:
Elvis Perkins - Shampoo (MP3)
POUR LE PORTE-MONNAIE:
Dominique A - La musique (Cinq 7/Disques Office)
Elvis Perkins - In Dearland (XL/Musikvertrieb)
Rodriguez - Cold Fact (Light in the Attic/Namskeïo)





























C'est fou hein, comme on a du mal à admettre que nos héros nous déçoivent... A lire les premiers articles sur le Dominique A, personne n'en dit tout à fait du mal, mais personne ne s'emballe non plus.. les synonymes d'"ambivalent" ou d'"hybride" apparaissent systématiquement, comme pour masquer l'ambiguité des sentiments du chroniqueur. Perso, j'avais ressenti cette piqûre de déception avec l'"Horizon", mais je me disais que c'était moi, que je devais simplement me lasser, c'est humain. Mais là, non, à l'écoute de "La Musique", je me dis pour la première fois: "Et si il essayait autre chose, mais vraiment?" Retour aux bricolages du début ou pas, c'est vrai que tout cela sonne comme du déjà entendu, et les textes, tu as raison de le relever, ne sont pas vraiment à la hauteur... "Le bruit blanc de l'été", on dirait une parodie de Dom A.. cette façon de faire allusion à un truc, très bien, mais à force d'être allusif, il ne reste plus beaucoup de substance, non? Et ces schémas mélodiques et poétiques qui vont toujours au même endroit, à force de ne plus surprendre, ça finit par ne plus faire "sens", justement.. Très beau premier titre, quand même, avec ces choeurs de garçon de plage. Et bien sûr, il y a toujours des bonnes idées... tu dis "faussement routinier", c'est tout à fait ça, faussement ou pas... ah damned...
Reste alors les vieux trucs... Rodriguez, grandiose, en effet.. Dans un genre soul plus british, je recommande chaudement la réédition d'un disque de Terry Reid (qui a failli être Robert Plant à la place de Robert Plant dans Led Zep), "Superlungs", même si c'est pas très neuf non plus...
Rédigé par : Fauve | 06/04/2009 à 10:08
ah rodriguez ! je l'ai découvert y a quelques semaines sur le net via jenesaisquelsite, très agréable !
Rédigé par : nufo | 06/04/2009 à 23:51
Moi je l'aime bien cet Elvis Perkins In Dearland. Plus un album de musicien que de songwriter. Et puis vraiment magnifique au chant. Moi ce type y m'embarque
Rédigé par : leMik | 09/04/2009 à 19:49
@ Fauve:
Pas complètement d'accord avec ton analyse. Aller vers autre chose, oui. Mais encore faut-il savoir où et bien choisir. Plutôt qu'un nouveau ratage façon "Tout sera comme avant", je préfère largement le tour du propriétaire offert par "La musique". Même si, c'est vrai, ce n'est pas l'album qui me transporte le plus ce printemps.
Idéalement, ce dont je rêverai, c'est qu'il mette en pratique ce qu'il me racontait lors d'une interview: un album folk. Un bijou comme "Rue des marais" laisse entrevoir les sommets qu'il pourrait atteindre ainsi. Mais bon, à en croire la dernière interview que j'ai lu de lui, on peut oublier pour le moment. Surtout avec le revival folk ambiant. Dommage.
@ Nufo:
Si jamais, le second Rodriguez sort un peu plus tôt que prévu. Il est peut-être même déjà dispo en magasin.
@ leMik:
D'accord avec cette idée d'un album de musicien. Mais par rapport aux versions livrées sur scène, je trouve vraiment que ce second disque manque d'énergie pour m'embarquer vraiment...
Rédigé par : Christophe | 13/04/2009 à 15:17
Ratage, "Tout sera comme avant"? C'est lui qui le dit aujourd'hui, mais franchement, ce disque est sublime... Ou décidémment je ne comprends plus rien, moi... C'est pas le problème de faire toujours la même chose, c'est surtout d'avoir de nouvelles idées au sein de ce format-là... Pour le coup je trouve le 2e cd beaucoup plus convaincant, comme d'hab... (cf: Radiohead et autres...) Bon, rien d'indigne non plus, hein, c'est un bon album, mais c'est pas le disque fabuleux que nous vendent les canards (boiteux) de France et de Navarre...
Rédigé par : Fauve | 14/04/2009 à 09:47
@ Fauve:
Oui, ratage, pour moi. Dès sa sortie et aujourd'hui encore. Même si je n'arrive pas vraiment à dire où ça cloche.
Disons que je trouve que l'alliage entre son écriture et cette production fonctionne sur quelques rares titres seulement, genre "Revenir au monde" ou "Dobranoc".
Après, nombre de chansons ratées sur le disque me paraissent éclatantes dans les versions scéniques - notamment le live aux Bouffes du Nord - tels "Bowling" ou, surtout, "Elle parle à des gens qui ne sont pas là", longuette sur disque, captivante sur scène.
Mais bon, sur ce coup, c'est peut-être moi qui ne comprends plus rien...
Rédigé par : Christophe | 14/04/2009 à 12:33