Coeur de pirate Cousine québécoise et francophone de Chris Garneau, elle réconcilie avec le pays de Céline Dion et Linda Lemay.
Pendant des années, j'y ai vu comme un décalage. Certains de mes groupes préférés venaient du Québec - Montréal, donc - et tandis que les festivals et autres soirées spéciales dévolues à la Belle province se multipliaient, aucun d'entre eux n'y avait droit aux honneurs. En gros, j'aimais Godspeed You Black Emperor! et on me servait Marcel Béliveau (ou Linda Lemay, je crois). Tout ça pour un problème de langue (même si dans le cas de GYBE!, la langue est coupée).
2009 sera-t-elle l'année de la réconciliation? Why not... Alors que Lhasa revient avec un album tout en anglais, me voilà séduit par deux albums québecois, en français dans le texte. Annoncés ici comme les Noir Désir québécois, là comme les Radiohead québécois, les Montréalais Karkwa tiennent tout de même plus des seconds que des premiers. Du moins sur leur troisième album, Le volume du vent, qui bénéficie notamment de la participation de Patrick Watson, nouvel homme fort de la Belle province (confirmation cette année avec un nouvel album et un passage sur celui de Lhasa).
Karkwa, donc, groupe de rock en français qui tresse des ambiances atmosphériques et composites, à l'électricité plus vibrantes qu'explosives, la production travaillée sans sombrer dans la grandiloquence ou la démonstration. Surtout, le groupe parvient à faire sonner la langue de Michel Sardou à la manière de celle de Thom Yorke. Le tout en jouant moins sur les mots et leur agencement que sur la diction. Mangées, murmurées, susurrées, les phrases de Louis-Jean Cormier se font musique plutôt que mots, titillant l'oreille par leur ambivalence phonique.
Dans une genre différent, Coeur de pirate insuffle une gymnastique voisine au français sur son premier album éponyme. A tel point que la jeune Montréalaise évoque par instants une cousine canadienne du petit Chris Garneau. Cette manière de mâcher son lyrisme à la manière d'un enfant mutin, jusqu'à le saupoudrer d'un sucre qui effraiera les amateurs de songwriting diabétiques, mais ravira les autres. Le tout en jouant le plus souvent possible du binôme piano/voix, comme sur le léger et magnifique Francis.
Musicalement, la jeune femme - de son vrai nom Béatrice Martin - oscille entre cabaret de carton et miniatures façon Yann Tiersen (un voisinage particulièrement perceptible sur l'instrumental Intermission). Et réussit la prouesse de sortir indemne d'un duo plus orchestré aux côtés de Julien Doré, trouvaille mercantile de Barclay pour tenter d'imposer Coeur de pirate en France. Ce qui sera bien inutile. Car quand on est capable de jouer du même canevas que Vincent Delerm et d'en faire quelque chose de léger mais jamais chiant, le bon sens devrait suffire au succès...
Ce cri d'amour inattendu à la chanson française passé - et à la Belle province si chère au coeur de Céline Dion - remettons le blog au milieu de village pour finir, avec une compilation (presque) sans parole. Né d'une idée originale du tout frais label franco-suisse Three Four Records, Err on the Good Side est le premier volume d'une série de compilations concotées par des professionnels de la musique, pas forcément habitués à créer des disques (comme votre serviteur, tiens). Le tout disponible en vinyl ou en téléchargement.
Pour essuyer les plâtres, ce sont les programmateurs du festival parisien ali_fib qui s'y collent, pour une sélection naviguant entre folk instrumental (superbes titres de Steve Gunn et de Sir Richard Bishop) et exercices plus expérimentaux (les éprouvantes nappes en stéréo de Duane Pitre ou les fréquences distorudes et suffocantes de Liberez). Bien agencé, le voyage fonctionne, jouant de paysages en dents de scie, escarpés, mais riches en plaines également.
POUR LES YEUX:
Coeur de pirate - Comme des enfants (Vidéo)
Karkwa - La façade (Vidéo)
POUR LE PORTE-MONNAIE:
Karkwa - Le volume du vent (Audiogram/Disques Office)
Coeur de pirate - Coeur de pirate (Grosse Boîte (import) / sortie début mai via Barclay/Universal)
Err on the Good Side (Three Four Records)




























Je prends note et je vais m'y intéresser.Ca me fait penser que le dernier Julie Doiron est très sympa.
Rédigé par : leMik | 19/04/2009 à 18:00