Micachu & The Shapes Clic clac! On sourit, messieurs. En cette rentrée printanière, les filles sont aux premiers plans.
On jurerait une chanson de Marie Laforêt: "Mica, Natasha, Anja Franziska... et moi." Sauf qu'ici, on ne cueille pas la mirabelle sous le nez des tourterelles et on ne va pas au bal à pied. On fait de la musique, Messieurs. Et si on sait depuis plusieurs années que les femmes s'en mêlent, on n'était pas forcément préparé à une triplette aussi éclatante.
Attendue au tournant après un joli premier album en 2007, Bat For Lashes (aka Natasha Khan) fait mieux que tenir son rang sur Two Suns. Sans renier les petites sorcelleries pop qui faisaient le charme de Fur And Gold, l'Anglaise gagne en ampleur et en magnétisme, à l'image du vertigineux Glasses en ouverture, mêlant rythmiques tribales, nappes brumeuses et voix de pythie.
Si on pense encore à l'ombre de Kate Bush, Bat For Lashes élargit sa palette, jouant de paysages plus complexes et escarpés, optant pour des instrumentations aux riches reliefs. Des ballades comme Moon And Moon ou Siren Song renvoient à la Tori Amos des débuts, tandis que les basses sismiques de Sleep Alone évoquent certains climats du Merriweather Post Pavilion d'Animal Collective. Le single Daniel parvient quant à lui à réconcilier la mélancolie dansante des années new-wave avec les ténèbres glaçants de Joy Division, alors que Peace Of Mind ose un blues abrasif, souligné de choeurs gospel hantés. Sommet d'étrangeté, le duo avec Scott Walker The Big Sleep termine d'imposer Bat For Lashes au rang des musiciens iconoclastes de l'époque.
Venue d'Autriche Soap & Skin (aka Anja Franziska Plaschg) évoquerait presque une réponse de nos voisins à notre Sophie Hunger nationale. Du moins si l'on se fie à des titres comme Sleep, Thanatos ou Spiracle, ballades économes au piano lourd et au lyrisme étrange. Mais les apparences sont trompeuses. Quelques fissures se font sentir dans ce romantisme grisâtre, débordent dans les recoins de Lovetune For Vaccum.
Bruissements électroniques et pleurs d'enfants redessinent le décor crescendo, façonnant un univers gothique et cinétique, qui ne tombe jamais pourtant dans la grandiloquence des monstres de cabaret. Malsaines et fascinantes, les miniatures de Soap & Skin jouent des ténèbres avec agilité, passant d'un malaise sourd à des tensions plus assumées, faites de sonorités désuètes (flûtes, boîtes à musique) et de frictions aiguisées. L'onirisme règne, mais le cauchemar guette, dans et univers roi des faux-semblants.
Mais la claque la plus franche est assénée par une inconnue venue d'Angleterre. Issue de la scène UK Garage, Micachu (aka Mica Levy) est également compositrice pour le London Philarmonic Orchestra. On cherchera pourtant en vain une référence à l'un comme à l'autre sur Jewellery. Suintant l'urgence et la bricole, ce premier album réussit un grand écart moins surprenant, tout en multipliant les sauts de puce.
En solo ou soutenue par ses acolytes de The Shapes (un synthé, une batterie), Micachu fait se télescoper la no-wave de Sonic Youth et la toy-pop brisée de Deerhoof (la triplette d'ouverture), les bluettes synthétiques de Hot Chip (Golden Telephone) et les frénésies shamaniques d'Animal Collective (Just In Case). Le tout dans une atmosphère lo-fi touchante et tranchante, preuve d'une habilité et d'une fraîcheur rares.
POUR LES YEUX:
Bat For Lashes - Daniel (Vidéo)
Micachu - Lips (Vidéo)
POUR LE PORTE-MONNAIE:
Bat For Lashes - Two Suns (Astralwerks en import ou Parlophone/EMI)
Soap & Skin - Lovetune For Vacuum (PIAS/Musikvertrieb)
Micachu - Jewellery (Rough Trade/Musikvertrieb)




























Soap & Skin, Soap & Skin, Soap & Skin... Mais qu'est-ce que vous avez tous avec Soap & Skin?
Bon je vais aller écouter ça alors. ;-)
Rédigé par : Erwan | 27/04/2009 à 18:18
je l'ai vue au Kilbi l'année passée c'était sublime ! ca prend aux tripes... j'aurai bien aimé la revoir au Fri-son mais je serai pas là...
Rédigé par : nufo | 28/04/2009 à 18:12
ça c'est de la musique ! Merci !
Vincent, masique.com
Rédigé par : Vincent | 10/05/2009 à 00:38