Bye Bye Bangs Lester et consorts peuvent se retourner dans leur tombe: du journalisme gonzo, seuls restent les gonzos.
"Une chose est sûre: Caprices... c'est pas fini" Pioché au bas d'une chronique consacrée aux Caprices Festival de Crans-Montana, ce calembour n'est pas signé Bruno Masure, mais d'un avocat valaisan, ancien vice-président d'un des principaux partis politiques du pays. Léonard Bender, puisque c'est de lui qu'il s'agit, conclue avec un brin d'esprit une chronique consternante pour qui lit parfois la presse musicale.
Comme je suis sympa et que j'aime partager, je vous mets ici la construction sous forme de poème schématique, tout en vous renvoyant au texte complet sur le site du journal dans lequel il est paru:
Je n'y étais pas, mais je regarderai son concert sur Canal 9
J'y serai par contre ce soir, pour Paolo Nutini
Quoi qu'il en soit, le festival est devenu incontournable
C'est grâce à son ambiance et à son cadre magnifiques
Et chaque édition propose une innovation pour améliorer l'ordinaire
Comme des DJs sur les pistes de ski à 2200 m d'altitude
Ou un funiculaire gratuit pour aller de Sierre à la célèbre station (ndlr: Montana)
Ce qui est sûr, c'est que Caprices... c'est pas fini
La totale
Loin d'être isolé, ce genre de pseudo-chroniques tend à se multiplier, notamment (en Suisse romande) grâce au travail de Tard pour bar. L'un des moments phares de l'émission est en effet celui où un invité plus ou moins célèbre vient faire la critique d'un objet culturel choisi au hasard dans l'actualité (je vous fais grâce de la méthode de sélection, de plus en plus cheap). L'occasion d'entendre, par exemple, Valérie Garbani expliquer qu'elle n'a pas aimé l'album de Femi Kuti parce qu'elle préfère le black metal.
Vaste entreprise pour saborder la critique culturelle, cet afflux de "people" estampillés critiques a sans doute été orchestré par les majors du disque et les géants hollywoodiens, fatigués de voir le succès de leurs poulains fragilisé par de mauvaises critiques argumentées. Perdre les fans de black metal est moins grave que d'égarer ceux d'afro-beat, quand on produit Femi Kuti. Enerver les gauchos trop critiques n'est finalement qu'une péripétie pour un festival de station huppée.
Je pourrais virer ici dans le protectionnisme le plus bas, le corporatisme de saison, histoire de défendre la branche dans laquelle je me complais. Mais à quoi bon, quand d'autres la scient sans vergogne, à l'image de mon "homologue" genevois PiMi, la semaine dernière dans GHI:
Deux disques ou un seul, c'est le choix que vous offre le tendre Dominique A. Deux disques très différents mais qui forment un tout. Comme deux yeux font un regard et deux dents un sourire déjà. Comme toujours, il trouve des mélodies dans les recoins de son inconscient qui doivent être parfois aussi embouteillés que les avenues de notre belle vie. Bravo!
Entre PiMi, Bender et Garbani, mon coeur balance soudain. Finalement, ne ferais-je pas mieux de me lancer en politique, histoire de rendre la pareille à ces politiques qui veulent faire mon travail? Allez, demain je crée le Parti des critiques rock et à nous le pouvoir!




























C'est pathétique, cette tendance, en effet, ce refus presque maladif du travail des spécialistes. C'est un peu la star-ac du journalisme culturel: tu fais des oh-ah-oh suraigus à la Céline Dion, tu es une star. Et peu importe que tu ne composes rien, que tu n'innoves en rien. Transposé dans le journalisme culturel, tu dis que t'as trouvé super, ou nul, mais tu ouvres ta gueule, et c'est bon! Tu es critique culturel! Mais si on pense au cas de Garbani-Femi Kuti, à qui ça rend service? Elle passe pour une conne (ce n'est pas un scoop), l'artiste est lynché de manière totalement cavalière, et le télespectateur n'en saura jamais plus puisqu'on lui passe à tout casser 2 secondes et demi de musique. J'espère que le public n'est pas dupe, mais ça fait peur de voir que la profession elle-même scie sa (faible) branche...
Rédigé par : Fauve | 21/04/2009 à 10:48
Lu sur la page wiki consacrée à Val Garbani (que je ne connaissais pas jusqu'à aujourd'hui ; sans vouloir jouer le poujado de base, on a assez à faire avec nos guignols pol-itique français pour aller s'intéresser à ceux de nos voisins): "Le 15 mars 2009, elle annonce sa démission du conseil communal(...), suite à son interpellation par la police la veille après un esclandre dans une boîte de nuit de Neuchâte". Sa passion pour le black-metal se comprend mieux ... ;-)
Rédigé par : lunA.Lee | 21/04/2009 à 16:36
Je ne peux que t'applaudir pour cette critique acerbe de la critique de supermarché qui se démocratise, en France aussi, de façon exponentielle, notamment à cause d'Internet et de la facilité de créer des blogs, mais aussi par une mainstreamisation dégoûtante des "goûts politiquement ou économiquement corrects". Je t'applaudis des deux mains qui forment un tout, un tout aussi embouteillé que l'avenue de ma belle vie.
Rédigé par : Joe G. | 21/04/2009 à 19:56
Ces foutriquets oligophrènes eurent au moins pu avoir le bon goût de mentionner Joy Division.
Rédigé par : Julien | 22/04/2009 à 05:14