Et moi qui pensais être original! Au moment où j'apprenais la mort de l'écrivain JG Ballard hier, résonnait dans ma tête l'ouverture tribale et industrielle d'Atrocity Exhibition de Joy Division. Une chanson qui m'amena tout naturellement, au sortir de l'adolescence, à me pencher sur l'auteur anglais, débutant par ce work-in-progress labyrinthique, avant de passer à Crash. Des souvenirs qui m'ont amené à imaginer une playlist consacrée à (ou inspirée par) Ballard... et de découvrir que de nombreux confrères anglo-saxons avaient eu la même idée que moi.
Est-ce à dire que Ballard était un écrivain rock? Peut-être. Mais pas plus que Burroughs, Bukowski ou, plus près de nous, Bret Easton Elis (ascendance Huey Lewis & The News, certes) ou Nick Hornby (version nerd). Disons plutôt que Ballard était un écrivain pop, digérant dans ses écrits les symboles même de la pop culture, de la voiture (Crash) au supermarché (Que notre règne arrive), l'une devenant instrument sexuel, l'autre foyer d'un ordre nouveau, fascisant et meurtrier. Ajoutez-y une vision anticipatrice s'emparant des déviances les plus fascinantes du temps (asiles, terrorisme, nouveaux régimes totalitaires, technologies déglinguées) et vous obtenez un terreau idéal pour l'imaginaire pop-rock.
Même si Crash reste l'oeuvre la plus "citée" du romancier britannique (comme dans Airbag de Radiohead ou Always Crashing In The Same Car de David Bowie), sa pensée et les méandres de sa bibliographie hantent - et hanteront durablement - la musique. Du Video Killed The Radio Star des Buggles (inspiré par la nouvelle The Sound Sweep) au Myths of the Near Future des Klaxons (titre d'un recueil de textes de Ballard), l'oeuvre de Ballard traverse le rock des trois dernières décennies, entre noms de groupes (les récents Empire of the Sun), images obsédantes (l'avion crashé du Sci-fi Lullabies de Suede) ou citations multiples (notamment sur le site de Radiohead peu avant la sortie d'In Rainbows, Thom Yorke citant des passages de Que notre règne arrive).
Trois chansons parmi des dizaines d'autres, pour rendre un hommage rock à l'un des écrivains marquants de la seconde partie du XXème siècle, par son parcours (de la science-fiction à l'anticipation plus ancrée dans le réel) comme par la perspicacité de son analyse.
Ce post est le 777ème de ce blog. Peut-être que JG Ballard aurait apprécié.


























Très très bien vu le "Bret Easton Elis (ascendance Huey Lewis & The News, certes)" !
Rédigé par : François | 21/04/2009 à 22:07