Depuis une année, il portait la mort avec lui. Dans les mots des autres, prompts à repérer les sourcils absents, les cheveux tombés, comme dans les honneurs du crépuscule, lors de Victoires de la musique aux airs de couronne mortuaire. Tous étaient avides de prononcer leur oraison personnelle pour Bashung. Mais aucun n'avait son talent.
Sur scène ces derniers mois, Alain Bashung a porté la mort. Et tant d'autres émotions avec. Le magnétisme noir qui s'échappait de ses concerts sentait le crépuscule. Mais la manière était là, l'en éloignait, comme seul l'artiste en est capable. Malgré le mal, malgré les regards, il offrait à son public un récital d'exception et non une tournée d'adieu.
Sur un écran plat dans les coulisses du Paléo festival, je contemplais sa prestation un soir de juillet dernier. Ceux qui m'entouraient partageaient cette impression d'un temps suspendu, riche et lourd à la fois. La mort rôdait, mais Bashung la transcendait. A tel point que nous avions fini par nous en retourner, plus tôt que prévu. Si nous ne pouvions accéder au Chapiteau bondé, mieux valait ne rien voir d'autre, tant l'écran peinait à rendre le relief de l'émotion, condamnait à la frustration éternelle.
Aujourd'hui, il s'est éteint. Et ça n'est pas une suprise, non. Mais ça ne change rien au moment d'apprendre la nouvelle. Il laissera le souvenir d'une trajectoire rare, carrière née dans sous les projecteurs des sixties, magnifiée par les néons grésillants des décennies suivantes, lumière tordue avec une audace que peu ont su conserver si longtemps, avant de s'apaiser sans prévenir.
Bleu pétrole restera l'ultime chapitre d'une discographie d'exception. Une dernière histoire, moins osée que d'autres, moins tranchante aussi. Un disque de chansons, faussement apaisé, faussement lumineux. A le réécouter ce soir, il dégage une grisaille nouvelle. La voix fissure l'oreille, avec retenue. Les instrumentations semblent plus nues, plus rêches. Le "Je t'ai manqué" initial n'aura plus jamais le même sens. Comme la reprise de "Il voyage en solitaire" en fin de course.




























Tu as trouvé les mots.
Ce n'était pas évident.
Et là, il faut écouter de nouveaux.
Bashung s'est présenté à moi avec "Fantaisie militaire". Ebloué par les grands espaces, je vais attendre avant d'écouter encore une fois "Bleu Pétrole".
Comme quelquechose qu'on n'a pas envie de gâcher.
Rédigé par : Arturo Zulawski | 16/03/2009 à 17:20
errata corrige: ébloui
Rédigé par : Arturo Zulawski | 16/03/2009 à 17:21
Il est parti et ça fait mal, comme tu l'as dit, ce n'est pas une surprise mais c'est dure d'apprendre la nouvelle. Je pense à lui tous les jours depuis dimanche et je n'écoute que lui ou presque. Ca passera, mais ces disques resteront....
Rédigé par : Le Mik | 18/03/2009 à 19:21