Ainsi, la Suède serait l'autre pays de la pop. Du moins à en croire médias traditionnels et blogosphère, qui jettent ce printemps leur dévolu sur deux garçons venus du froid: Peter von Poehl et Loney Dear. Second plus gros pays exportateur de musique en Europe (après l'Angleterre), la Suède aurait donc une nouvelle fois viré sa cutie, après avoir été, dans le désordre, autre pays du folk (la vaguelette molle "Cowboy in Sweden"), autre pays des crooners (de Jay Jay Johanson à Jens Lekman) et autre pays du mainstream bulldozer (d'ABBA à Ace of Base, en passant par Roxette).
Premier sur la platine, Peter von Poehl m'avait laissé un bon souvenir avec Going Where The Tea Trees Are, premier album de bricolages low-cost, à l'orfèvrerie touchante. Sur May Day, le plus french-lettreux des Suédois (guitariste pour Houellebecq, producteur pour Delerm-fils, complice de Modiano-fille) ne change pas grand-chose à cette formule. Les moyens ont augmenté, mais von Poehl reste fidèle à son savoir-faire minutieux et délicat. Le hic, c'est qu'en renonçant à se renouveler, ce second album débarque sans la fraîcheur qui faisait le charme de son prédécesseur. Et comme il est orphelin de petits sommets comme Broken Skeleton Key ou The Bell Tolls Five, il paraît soudain bien anecdotique, même s'il s'écoute sans déplaisir, jouant de ses atmosphères surannées, feutrées et vintage à la fois.
Second venu, Loney Dear m'avait quant à lui plutôt ennuyé lors de son passage sur la scène du Romandie, avec ses airs de Belle and Sebastian venu du froid (même si bon, l'Ecosse c'est pas les tropiques non plus). Cinquième album déjà, Dear John était l'occasion d'une réconciliation. Mais celle-ci ne se fera finalement qu'à moitié. Je l'admets, l'ami Emil - son vrai nom - a plus d'un tour dans son sac, bricolant avec goût des pop-songs colorées et efficaces. Mais si pas mal de gens veulent y voir un nouveau Sufjan Stevens (la mode du moment), j'y entends plutôt un Jason Lytle en moins génial. La voix, les synthés dès la seconde moitié du disque ou encore la fragilité apparente de l'entreprise renvoient ainsi au Grandaddy de Sumday ou The Sophtware Slump, la magie en moins. Un joli ouvrage, mais plus IKEA que roi de la bricole quand même...
Cette parenthèse scandinave refermée - je vous parlerai de Fever Ray une autre fois - arrêtons un instant sur le Bonnie 'Prince' Billy de saison. Dans la lignée de Lie Down In The Light, un vent countrysant qu'on qualifiera de printannier souffle sur Beware. Vieux jambon y met les petits plats dans les grands et réalise un album orchestré jusqu'aux limites du genre, plein de choeurs féminins, de cordes, de bois et de cuivres. Pour peu, on craindrait un égarement façon Greatest Palace Music. Mais non. D'abord parce qu'il n'est pas question ici de rhabiller en cow-boy les haillons des premières années.
Ensuite, parce que Oldham y maîtrise mieux son sujet. Sous un verni classique se cachent de petites finesses bienvenues, tel l'usage de guitares hispanisantes évoquant le Leonard Cohen des premiers albums. Comme le Canadien errant d'ailleurs, Bonnie 'Prince' Billy se ballade à Nashville pour y frotter son songwriting. Et ce depuis ses débuts. Ainsi, I See A Darkness sonnait comme l'aboutissement d'une formule électrique et rachitique, avant de chercher l'apaisement dans l'acoustique, les arrangements et les voix féminines, d'Ease Down The Road à The Letting Go, de Master and Everyone à Beware. Sur ce dernier chapitre, seule la pochette rappellera le premier sommet de Bonnie 'Prince' Billy - les ombres lui dévorant le faciès lui donnant l'air d'un crâne à son tour. Les mois à venir et la prochaine cuvée diront si ce Beware est un bon cru ou non, mais le cap est maintenu, l'aventure continue, Will Oldham goes country!
Enfin, difficile de conclure cet inventaire hebdomadaire sans citer Alain Bashung. Comme à chaque disparition, me voilà replongé dans quelques chansons, l'un ou l'autre album. Sauf qu'ici, les disques où barboter sont légions, jusqu'à s'y perdre indéfiniment. D'Osez Joséphine à Bleu pétrole, en passant par Chatterton, Bashung aura aligné les grands albums durant ces quinze dernières années, travailleur discret et patient, entouré à chaque fois d'un casting idéal pour l'aventure envisagée. Fantaisie militaire et L'imprudence resteront sans doute les deux meilleurs chapitres, aventureux et ambitieux. Le "Osez, osez", c'était pour lui.
POUR LES OREILLES:
Loney Dear - Airport Surrondings (MP3)
POUR LES YEUX:
Peter von Poehl - Parliament (Vidéo)
Bonnie 'Prince' Billy - I Am Goodbye (Vidéo)
Alain Bashung - Faites monter (Vidéo)
POUR LE PORTE-MONNAIE:
Peter von Poehl - May Day (Tôt ou tard/Disques Office)
Loney Dear - Dear John (Polyvinyl/EMI)
Bonnie 'Prince' Billy - Beware (Domino/Musikvertrieb)
Alain Basung - Fantaisie militaire & L'imprudence (Barclay/Universal)





























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