Pour bien faire, faisons pareil. Et prenons chaque affaire de manière isolée.
Sécuritas, donc. Une histoire révélée par l'émission Temps présent, ou comment le groupe Nestlé a mandaté Sécuritas pour surveiller l'association Attac en Suisse. Sortie sur la place publique, l'affaire réveille le spectre des fiches, ou comment la Confédération a surveillé en son temps pas mal de ses sujets. Passés ce premier émoi et ses quelques suites (comment Nestlé a aussi espionné des syndicalistes étrangers et comment Sécuritas à également espionné le groupement Anti Répression romand), le soufflé est retombé. Et un verdict vient aujourd'hui ponctuer l'aventure: non, Sécuritas n'a pas enfreint la loi. Tout juste peut-on lui reprocher un certain manque de professionnalisme et quelques errances éthiques.
Du côté d'UBS, le séisme fut plus brutal encore dans l'opinion. Imaginez le fleuron de la place bancaire helvétique soudain plombé comme n'importe quelle banque islandaise. Aïe. Le pays a mal à son coffre-fort. Et met donc la main au porte-monnaie. UBS peut donc se retourner avec plusieurs dizaines de milliards, jusqu'à en trouver un peu pour verser des bonus à ses meilleurs employés pour tout le travail accompli en 2008, année de la crise financière et, donc, des chiffres rouges pour l'établissement aux trois lettres.
Vous me direz, ces deux affaires n'ont rien à faire sur un blog consacré à la musique. Et vous avez sans doute raison. C'est pourquoi je vais les laisser de côté et vous parler du révérend Beat-Man. N'ayez pas peur, rien de religieux ici. Ou alors rien de plus religieux que le rock lui-même. Reverend Beat-Man, donc, figure de proue de la scène garage-rock suisse et mondiale - ses disques font le bonheur des boutiques anglaises, japonaises ou encore américaines - dont le label Voodoo Rhythm peut se targuer d'un catalogue où se côtoient les Genevois The Dead Brothers, les Lausannois The Giant Robots ou encore l'Américain Bob Log III.
Pas de chance pour le révérend, il n'est pas très à cheval sur la loi. Pas de chance bis, la Suisa s'en est aperçue l'automne passé. Et lui demande aujourd'hui de passer à la caisse. Pour la faire courte, Beat-Man est coupable de ne pas avoir déclaré certaines de ses productions, évitant ainsi de payer les droits mécaniques (en gros, une somme forfétaire pour chaque disque pressé, reversée ensuite en quasi-intégralité (85 à 90%) aux musiciens dudit disque). A la place, Beat-Man préférait offrir un certain nombre d'exemplaires aux artistes (10% de la production) qu'ils étaient libres ensuite de revendre au prix de leur choix, l'intégralité des bénéfices leur revenant. Une option soumise à chaque fois aux groupes concernés, libres de préférer le système officiel au système Suisa.
Un certain manque de professionnalisme, non? Mais pas de problème éthique. C'est peut-être pour ça qu'aux yeux de la loi, Reverend Beat-Man est un peu plus coupable que Sécuritas. Qu'à cela ne tienne, le voici aujourd'hui obligé de verser ses droits mécaniques en retard, soit environ 40'000 francs. Devrait-il se tourner vers la Confédération pour lui demander de l'aide? Et un peu plus même, histoire de pouvoir s'octroyer un bonus bien mérité après sa mauvaise gestion des droits mécaniques...
Bien sûr, vous arguerez à raison que tout cela n'a pas grand-chose à voir. Certes. Mais quand même. En mettant ces trois affaires en parallèle, il convient d'observer qu'on ne prête qu'aux riches et, surtout, qu'à vouloir jouer avec les limites de la loi, mieux vaut le faire sans vergogne et avec assurance que maladroitement. Reverend Beat-Man peut en prendre de la graine. Et, en attendant, poursuivre sa nouvelle tournée hivernale pour récolter des fonds et sauver Voodoo Rhythm. Plus d'informations sur les concerts à venir sur www.voodoorhythm.com




























J'aime bien les papiers qui sautent du coq à l'âne (on dira pas qui est l'âne en question)! C'est pourquoi je propose encore un sujet d'énervement qui n'a pas grand chose à voir (quoique, dans le registre "on ne prête qu'aux riches")... Tu trouves pas hallucinant toute cette promo unanime autour de Charlie Winston, le Ben Harper de la Prude Albion? Difficile d'y échapper, on voit bien que le plan promo fonctionne à 300%... Reste que sur disque, bof bof, non? La comparaison avec Tom Waits, perso je vois pas (à part le chapeau), et tout ça me semble épouvantablement lisse et calibré FM. C'est ça les nouvelles révélations, des trucs pré-mâchés qui ne demandent aucun effort? Ben zut alors...
Rédigé par : Fauve | 17/02/2009 à 09:57
@ Fauve:
Moui... ce Charlie Winston m'intrigue également, même si je peux comprendre ce qui plaît tant dans sa musique, à la fois calibrée FM et remplie de références bien soulignées pour les petits snobs qui aiment se la jouer encyclopédie en société.
Ceci dit, je suis plus intrigué encore par Lady Gaga cette année. Franchement, s'il suffit de porter un slip en guise de pantalon pour devenir une star people...
Rédigé par : Christophe | 17/02/2009 à 10:23
Ben tu sais, Beyoncé, elle commence à se faire vieille (27 ans!), faut bien trouver de nouvelles bombasses...
Bon, le problème, c'est qu'elle a tout piqué à Bon Iver... au niveau de l'AutoTune en tous cas, huhuhu...
Rédigé par : Fauve | 17/02/2009 à 11:22
@ tous les deux
Vous vous rendez compte que vous êtes en train de nous faire un remake des deux vieux du Muppet Show?
Vous êtes fantastiques...
Ah si seulement l'actu musique pouvait ressembler un peu plus souvent aux Muppets...
Rédigé par : Bruno | 17/02/2009 à 12:55
Haha, je te signale que tu est notre doyen, Bruno!
Rédigé par : Fauve | 17/02/2009 à 14:34
Pfffhhhh....
Facile!
Rédigé par : Bruno | 18/02/2009 à 09:53
@Fauve:
C'est assez suisse et assez protestant, cette idée qu'il faut fournir un effort pour apprécier réellement la musique. Au fond, c'est en plein dans le sujet.
Rédigé par : Julien | 18/02/2009 à 14:04
Désolé, suis plutôt catholique, tendance athée. Mais franchement, si on veut parler sérieusement 2 minutes, j'ai pas l'impression que ce soit une exigence strictement helvétique.. Ce que je voulais dire, c'est que quand on nous présente un "nouvel" artiste, une révélation, ce serait chouette qu'il ait rééellement qqch de neuf à proposer, qui nous désarçonne, qui dérange, même, à la première écoute, c'est souvent le gage d'un intérêt durable, non?... J'aimerais bien penser qu'il y a plus d'idées musicales chez Charlie Winston que chez Britney Spears, mais c'est tout le contraire...
Rédigé par : Fauve | 18/02/2009 à 14:55
Désolé, j'ai sans doute été trop lapidaire. Même si je comprends très bien ce que tu veux dire, l'utilisation du mot "effort" pour qualifier ce qui est avant tout un plaisir, le tout juxtaposé avec le ton de l'article, ça m'a fait rire.
Rédigé par : Julien | 18/02/2009 à 15:43
Oui, tu as raison, effort, c'est pas terrible... Même s'il peut y avoir du plaisir dans l'effort... ouh lala, bientôt un forum de philo, ce blog.. Vas-y, Christophe, reprends les commandes et flanque-moi ces piliers de bars à la porte, on ferme!
Rédigé par : Fauve | 18/02/2009 à 20:24