Dr. Beirut Mr. Realpeople Revenu à des bricolages miniatures, Zach Condon la joue schizophrène à l'image d'un double EP anecdotique qui oscille entre le touchant et l'irritant.
En voilà un qu'on avait peut-être mal jugé. Fort d'un premier album frais et poignant, l'Américain Beirut avait toutes les apparences du petit songwriter prodige. Mieux, fort d'une reconnaissance grandissante, il pouvait quitter sa chambre solitaire et s'entourer d'un groupe pour s'offrir de nouvelles aventures. Las, l'histoire ne fut pas aussi belle. Dévoré par la dépression, fasciné par la France et finalement pas forcément prêt à abandonner sa solitude, Zach Condon a fini par s'essouffler, entre ritournelles attendues et posages de lapin (attendus eux-aussi, finalement).
Pas sûr que la publication de ce double-EP suffise à regonfler le petit Beirut. Projet schizophrène et bricolé, March Of The Zapotec / Realpeople: Holland laisse sur sa faim et souffre de tics et de répétitions malgré le choix de la jouer à deux facettes.
Premier venu, March Of The Zapotec reprend les choses presque là où The Gulag Orkestar les avait laissées. Oubliés les arrangements classieux d'Owen Pallett et autres "tiersenries" de The Flying Club Cup. Condon renoue ici avec les ballades brutes et bancales de ses débuts, à grands renforts de cuivres déglingués piqués lors d'un voyage initiatique dans l'Est de l'Europe. Au menu, donc, trois courts interludes et trois chansons. C'est joli, mais c'est peu. Surtout que si la corde sensible est fragile, Beirut tire un peu beaucoup dessus aussi. Restent un peu de soleil mexicain (El Zocola), une valse branlante (My Wife) et une marotte au charme suranné (The Akara). Pour le reste, Condon s'époumone et joue de son réservoir folklorique sans trop de parcimonie, mais avec pas mal de tics.
Second sur l'affiche, Realpeople: Holland est un projet en soi, où Beirut change de nom (Realpeople, donc) et échange ses cuivres rutilants et ses guitares miniatures contre une panoplie de synthés et autres pianos d'enfant. Entre démos dépoussiérées et animations kitsch pour mariages branchés, on se demande ce que cherche Zach Condon. Bien sûr, il y a quelques petits bouts de mélodies pas trop mal, quelques idées sympa (les sonorités gentiment psychés Venice) ou encore de jolis morceaux (enfin, un surtout, The Concubine), mais au final on découvre un musicien emprunté, qui ne parvient pas à renouveler sa formule malgré ses nouveaux outils. Ou se perd dans une scie électronique creuse et interminable (No Dice).
On l'aura donc compris, March Of The Zapotec / Realpeople: Holland déçoit, voire pire encore. Jusqu'à se demander ce qu'est notre Beirut devenu. Ou encore où on avait la tête en cette fin d'année 2006, lorsque The Gulag Orkestar nous fit les yeux doux. On ne regrettera rien cependant. Juste espérer que Zach Condon trouve de nouvelles marottes et peaufine, enfin, son écriture.
Beirut
March Of The Zapotec / Realpeople: Holland
Pompeii Records/Irascible




























J'avoue ne jamais avoir été très tendre avec Zach Condon, dont la musique m'a paru d'emblée assez surfaite et ses disques, forcément, sur-estimés (surtout le second)... ce que tu dis de ces EPs ne me surprend donc pas outre mesure et ne risque pas de me réconcilier avec ce songwriter. Dommage...
Rédigé par : Fabrice Fuentes | 09/02/2009 à 14:17
Ben c'est le problème de disparaître pour revenir avec des petits side-projects... S'il avait publié ça sur le Net, ou dans deux EP confidentiels, ça aurait été plus approprié. C'est vrai que là, tout le monde va penser qu'il s'agit du "nouvel album" de Beirut, et à ce titre, c'est vrai qu'il n'y pas de quoi s'emballer. Mais par contre (@ Fabrice), je trouve le 2e album meilleur que le premier, perso, le sommet étant pour moi le EP "Lon Ghisland"...
Rédigé par : Fauve | 10/02/2009 à 11:51
Et pourquoi pas chroniquer du hip-hop, une fois?
Je serais curieux de te lire dans cet exercice...
Ou, en fait, juste curieux de connaître tes goûts en la matière...
Rédigé par : Thibaut | 12/02/2009 à 00:30
Et sinon, moi j'aime bien cet ep, je le trouve foutraquement parfait.
Mal foutu avec harmonie, quoi.
Rédigé par : Thibaut | 12/02/2009 à 00:31