Il y a des artistes qui ressemblent à des rendez-vous ratés. Prenez Peter Von Poehl. A l'époque de son premier album, j'avais la tête ailleurs. On m'en parlait - dans les couloirs du bureau même! - j'opinais du chef et j'oubliais. Quand enfin un premier CD promo arriva, je le donnai sans regret à un collègue, toujours occupé à autre chose. Le second, annonciateur d'interview pour la presse, je le gardai. Mais renonçai à la rencontre comme au concert lausannois qui suivait, débarrassé de cette autre chose qui m'avait pris tant de temps, mais condamné à raser certains murs durant quelques semaines.
Quelques mois plus tard, l'occasion m'était donnée de réparer ce malentendu. Quelques chansons me trottaient dans l'oreille et Peter Von Poehl foulait la scène du Montreux Jazz Festival. Traînant en coulisses (ne me demandez pas ce que je faisais là-bas), je tombe nez à nez avec lui, presque à sa sortie de scène. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis allé lui parler, alors que je déteste faire ça d'habitude. Il a répondu à mon salut, je me suis présenté, nous avons échangé quelques mots. Et moi, aviné et couillon, je n'ai rien trouvé de mieux que de lui demander soudain pourquoi il n'avait pas joué The Bell Tolls Five, mon morceau préféré. Il a bredouillé, a semblé s'excuser et là, j'ai réalisé combien j'étais idiot. Je me suis excusé ensuite, lui ai raconté pour les couloirs du bureau qui eux aussi aimaient son disque, puis j'ai déguerpi, après une ultime révérence.
Plus tard encore, j'ai profité d'un reportage en terres jurassiennes pour écouter à hautes doses l'album du blond Suédois (ça fait cliché, mais c'est vrai). Et toujours plus tard, j'ai compris pourquoi j'aimais tant The Bell Tolls Five. Cette année, je me promets de ne pas manquer mon rendez-vous avec lui, à l'occasion de la sortie de son second album.
Des animaux dans les plantes Le Canada a le chic pour les grandes familles, baroques et bancales à la fois, reines de la post-modernité pop.
Nul n'est parfait, moi non plus. Ainsi, j'ai manqué un concert de Plants and Animals à deux minutes à pied de chez moi. C'était en juin dernier au Romandie à Lausanne et je suis forcé d'avouer que je ne connaissais pas le groupe et qu'une (étrange) réputation d'Animal Collective alike n'a pas suffi à me convaincre d'y pointer mes oreilles.
Grosse erreur! C'est avec six mois de retard que je découvre le premier album du groupe canadien, pas distribué en Suisse et acheté au hasard dans les bacs du Rough Trade Shop à Londres la semaine dernière. Loin de la cohorte d'ersatz suivant Animal Collective, Plants and Animals évoque plutôt la scène canadienne actuelle, bancale, baroque et inventive à souhaits. Signé sur même label que son compatriote Patrick Watson (Secret City Records), le groupe rappelle ainsi parfois les passages les plus débridés et ciselés de Close To Paradise. Par son côté "tribu", Plants and Animals renvoie également aux plus belles heures de Broken Social Scene, un canevas folk remplaçant toutefois l'orientation sonique. Enfin, on ne peut s'empêcher de songer à Woodpigeon sur les ballades les plus apaisées et oniriques de l'album.
A sa façon, Plants and Animals s'intègre dans le formidable chaudron post-moderne qui semble présider aux ténors de la scène canadienne. Mieux que de slalomer entre les genres d'un titre à l'autre, on préfère faire le yo-yo constamment. Sur Parc Avenue on oscille ainsi dans une même chanson entre pastorale folk et refrain rugueux (Sea Shanti), coups de sang rock et pop gentiment psychédélique (Keep It Real, qui s'offre même le luxe de finir sur un air de jazz). Ou encore, à l'image de l'excellent Mercy, une promenade de l'afro-beat à une suspension électrique évoquant Sonic Youth, le tout en passant par la case chorus poppy. Sûr que le Canada n'a pas encore fini de nous surprendre!
Quatre Ecossais dans le vent Pas de quoi fouetter un chat pour autant.
Puisque je suis dans ma semaine "cassons de l'Ecossais", parlons un
brin de Glasvegas. Un groupe fort en jeux de mots d'abord, contractant
Glasgow et Las Vegas sans qu'on comprenne bien pourquoi, mais c'est
joli. Un groupe fort en nappes de guitares ensuite (et qui doit donc
être fort en chaussures aussi, histoire de ne pas trop s'emmerder durant ses
séances de shoegazing). Un groupe fort en héroïsme enfin,
construisant des mélodies ascenssionnelles que n'aurait pas renié le
Bono d'avant le Prix de la Paix (le Bono jeune à cheveux longs, donc).
On
imagine assez aisément la sainte trinité qui a présidé à la naissance
de cette nouvelle sensation écossaise: U2, Jesus & Mary Chain et
Bruno Masure. Et ce même si Glasvegas cite Phil Spector comme influence
unique (le producteur américain? est-on tenté de leur demander; mais
oui, il y a des grelots en arrière-fond!). Ajoutez-y ce vieux radoteur
d'Alan McGee en parrain penché sur le berceau et les vilains chevelus
de Metallica en ennemis à pourfendre (la bande à Lars Ulrich a tremblé
jusqu'au bout pour sa première place au hit-parade briton l'automne
dernier). Au final, vous obtenez un conte de fée dont la
Grande-Bretagne a le secret, conte chevaleresque où le prompt cavalier
brit-popeux règle son compte au mécréant rock-crasseux.
Le hic,
c'est que le conte reste un conte. Comme Blur n'a pas fait vaciller
Nirvana et la scène grunge, on imagine mal Glasvegas faire trembler la
scène indie-rock actuelle outre-Atlantique. Pire, prisonnier d'une
grammaire anglo-anglaise trop scolaire, le groupe écossais pourrait
même peiner à s'imposer sur le Vieux continent, condamné à parader dans son enclave insulaire.
Tout cela ne
serait pas très gave si à cette fatalité ne s'ajoutait un brio
franchement discutable. Adulé par les médias de son pays, Glasvegas n'a
ni le charme désuet de Belle And Sebastian, ni la puissance massive de
Mogwai. Pas même les mélodies catchy de franz Ferdinand ou le spleen
vénéneux d'Arab Strap. A dire vrai, on s'ennuie sec à l'écoute de ce premier album poussivement scolaire, participant d'un revival shoegazing/new-wave entendu maintes fois - et en mieux - chez les Américains, justement.
Reste que l'avènement de Glasvegas traduit à sa manière le retour d'une sale habitude de la presse musicale britannique: annoncer la huitième merveille du monde avec la régularité d'un métronome. Revenue d'années 90 difficiles et d'un début de siècle timide malgré quelques fulgurances, la perfide Albion semble avoir retrouvé sa pleine puissance de vendeuse à la criée. Mais à force de crier au loup, on risque bien de faire à nouveau la sourde oreille très bientôt, d'hausser les épaules et de lâcher un sec "cause toujours", même en Ecosse.
Circulez, y a rien à voir! Scène de crime, sang sur le dancefloor et visages gênés: Franz Ferdinand part dans le décor en tentant de se renouveler.
Je l'avoue sans honte, j'ai toujours eu un petit faible pour Franz Ferdinand. Vintage et ramassées, les chansons du groupe de Glasgow faisaient mouche sans prétendre réinventer la roue. Rien de bien original, mais une efficacité suffisante pour séduire, malgré un petit air roublard plus frappant encore sur un deuxième album longuet, qui évitait toutefois la redite grâce à quelques menues variations bien dosées (un peu de pop sur Eleanor Put Your Boots On, un brin d'héroisme sur Outsiders, quelques synthés sur Do You Want To).
Dans cette logique, le troisième album n'aurait dû être qu'une formalité. Mais voilà, entre volonté de faire monter la sauce (les écoutes at home de l'album en exclusivité) et bricolages musicaux annoncés (le groupe racontant fièrement avoir utilisé des os humains pour certaines percussions, wouaw...), Franz Ferdinand débarque dans la peau d'un géant pop, prêt à conquérir charts et Hall Of Fame. Et ce costume-là est un peu trop grand pour les quatre Ecossais. Ou du moins leur fait-il un sale look.
Dès sa triplette d'ouverture, Tonight: Franz Ferdinand laisse en effet sceptique. Exit les guitares tranchantes, Franz Ferdinand préfère cette fois-ci des synthés et autres ronronnements électroniques. Le problème c'est que les limites mélodiques du groupe s'avère plus criantes que jamais une fois rhabillées de ce canevas synthétique tiédasse et mi-tempo. Pire, des titres potentiellements intéressants - à l'image de Send Him Away et ses diverses mélodies répétées - tombent rapidement à plat, victimes d'une production cheap, entre synthés de poche et percussions plates.
La suite de l'album ne parvient jamais à redresser le cap, même si quelques titres tirent leur épingle du jeu (le plutôt réussi Bite Hard, renouant avec l'efficacité passée). Franz Ferdinand patauge entre réminiscences d'une new-wave FM et égarements dignes de l'euro-dance du début des années 90, le tout sans trouver la malice nécessaire pour retourner la situation à son avantage. L'inspiration s'est tarie. A tel point que l'album se termine en roue libre complète, de l'insupportable Can't Stop Feeling (digne du Europop de The Divine Comedy) à la ballade Katherine Kiss Me (variation acoustique autour du No You Girls qui ouvrait l'album, c'est dire la panne d'idées). Sans parler de la pénible seconde partie de Lucid Dream, pseudo-bidouillage électronique de près de quatre minutes, inutile et sans le moindre intérêt.
Album pour tiroir-caisse - que d'aucuns annoncent déjà comme primordial pour la comptabilité 2009 de Domino - Tonight: Franz Ferdinand rappelle que souvent, lorsqu'un groupe prend du poids, c'est surtout du gras. En tournant le dos au sacro-saint guitare/basse/batterie, Franz Ferdinand se perd dans un maelström pop de mauvais goût, calibré pour conquérir les charts et se lover entre Coldplay et Muse sur le trône des top-leaders actuels de la pop-music. On l'y abandonnera volontiers.
Franz Ferdinand Tonight: Franz Ferdinand Domino/Musikvertrieb
Finalement, la crise a du bon. Du moins pour la pop. Un petit passage à Londres hier - pour une interview à découvrir en mars - m'a permis de m'en rendre compte. Si Iggy Pop doit faire de la publicité pour une assurance histoire de boucler son mois (je ne déconne pas, les affiches format géant fleurissent sur les murs du métro), c'est parce que les disques ne valent plus grand-chose. Imaginez-vous qu'on peut s'offrir l'album de Fleet Foxes pour 4,99£. Soit, au cours actuel de la livre, pour un peu moins de 8 CHF (ou 5 euros, amis français). Plutôt cool, non.
Pour ma part, j'en ai profité pour m'offrir, notamment, la très belle réédition de l'album des LA's (à 10,99£, je n'ai pas hésité). Un objet intéressant, puisqu'il propose un second mix de l'album, antérieur à celui que nous connaissions jusque là. Un enregistrement datant de 1989, éliminé à la dernière minute par l'étrange chanteur Lee Mavers, persuadé que la terre avait bougé durant la session, déplaçant les champs magnétiques et changeant donc la dynamique sonore du mix. Mouais...
De cette petite anecdote, on retiendra plutôt que l'Angleterre a vu il y a vingt ans apparaître deux groupes bien armés pour s'imposer comme les meilleurs groupe pop du cru. The LA's, donc, et The Stone Roses. Et qu'étrangement, tous deux ont éclaté en vol, contraignant ma génération a grandir avec le conflit Blur-Oasis. Mouais (bis). Reste qu'il devait y avoir quelque chose de pas très sein dans l'air anglais à la fin des années 80. Peut-être les restes du fameux nuages de Tchernobyl...
Bruce Springsteen vs. Kiss Le Boss a-t-il plagié "I Was Made For Lovin You" sur son "Outlaw Pete" ou est-ce une simple coïncidence? On ne tranchera pas. Mais la ressemblance est frappante, non?.
Si vous aussi vous aimez vous plonger dans les pages culturelles de la presse romande - j'y crois, oui - vous n'avez pas pu manquer le coup de poker victorieux du début d'année: la sortie du film Un autre homme de Lionel Baier. Ni bluffeur, ni flambeur, le réalisateur vaudois a préféré un coup plus kamikaze encore: un film qui parle de la critique. Et donc des critiques. Le tout avec quelques critiques. Mais le critique ne s'en offusque pas plus que tant, trop heureux de se voir au premier-plan.
Ainsi, depuis trois semaines, ça n'arrête pas. Plaidoyers pour la critique, débats sur la critique, bons mots de critiques, critiques à l'interview et même un peu - parce que oui, le critique est sérieux - un peu, donc, de critique. Le sommet étant atteint lors d'un mémorable Tard pour bar corporatiste, mettant aux prises critiques et réalisateurs, dans un dialogue se transformant rapidement en une complainte du réalisateur mal aimé (Nasser Bakkti brandissant les prix reçus par son film comme argument contre une critique de mon collègue Antoine Duplan) et un laïus sur la critique justicière (Anne-Sylvie Sprenger expliquant que le rôle du critique est de détruire les fausses pistes que sont Marc Levy ou James Bond... les pauvres, ils tremblent).
A ce petit jeu, Lionel Baier réussit un second coup de poker gagnant, en osant un discours plus mou, mais foncièrement plus proche de la réalité: la critique peut mettre en lumière des oeuvres méconnues, mais ne suffit pas à détourner des mauvaises pistes. Ceci dit, la confiance n'est pas totale. Ainsi, le site consacré à Un autre homme se contente-t-il d'égrener ses critiques positives, taisant les critiques plus... critiques (remarquez, la revue des critiques semble s'arrêter aux critiques entendues à Festival de Locarno, célèbre rassemblement de critiques en goguette s'il en est).
A tout ceci, je devrais apporter ma modeste contribution. Mais comme je n'ai pas vu cet Autre homme, difficile d'être critique, en bien comme en mal. Reste que je suis un critique aussi et que je devrais être intrigué par cette mise en scène de ma profession. Mais non. A la place, je vais m'amuser à faire la critique de mes amis critiques. Et vous parlez de Kiss et Bruce Springsteen.
A moins que vous ne viviez sur Mars, vous savez que Barack Obama va devenir aujourd'hui le nouveau président des Etats-Unis. De même, à moins de vivre sous une dictature qui interdit le rock'n'roll, vous savez également que Bruce Springsteen chantera pour l'occasion. Enfin, à moins que vous ne viviez dans un monde orphelin de magasins, de magazines (ça n'est pas encore tout à fait la même chose) et de publicité, vous savez que ce même Bruce Springsteen va sortir tout soudain son nouvel album, Working On A Dream.
Ce petit état des lieux passé, à moins d'être un bon téléchargeur pirate ou un happy-few, vous n'avez sans doute pas encore entendu ce "boulot sur un rêve". Heureusement que les critiques l'ont fait pour vous, histoire que vous sachiez que ce disque - comme Barack Obama - fait l'Histoire, qu'il incarne le rêve américain et qu'en plus il est bien. Mais, me direz-vous, que vient faire Kiss là-dedans? Et bien figurez-vous que le Boss aime bien Kiss. Du moins assez pour en mettre un peu dans sa musique. Ainsi, la mélodie d'Outlaw Pete évoque clairement I Was Made For Lovin You, la vieille scie des papys hard-rock rois du maquillage (on n'accusera pas pour autant Springsteen de plagiat, mais on peut s'étonner que personne dans son entourage ne lui ait fait remarquer la similitude mélodique jusqu'ici...).
Etrangement, cette rencontre au sommet entre le Boss et Kiss se fait jusqu'ici sans la critique. Les articles se succèdent, mais personne ne semble avoir remarqué la parenté. Seul 24 Heures aura offert un faux espoir dans une critique intitulée "Le baiser de Bruce à Barack". Las, passé ce titre aux airs d'American Kiss, François Barras se contente de relever la longueur étonnante d'Outlaw Pete (8 minutes au compteur), sans s'arrêter sur sa mélodie familière.
Ainsi, à une époque où la critique n'aime rien tant qu'à parler d'elle-même (rôle de la critique, force de la critique, mort de la critique, etc.), elle en oublierait presque sa mission première: faire de la critique avec objectivité et subjectivité, mais, surtout, avec un poil de références. Un constat plus patant encore dans le cas de ce Springsteen nouveau, puisque la mélodie incriminée ouvre littéralement l'album. Dans ce qui pourrait devenir "l'affaire Kiss vs. Boss" (dans la lignée du récent "Joe Satriani vs. Coldplay"), seul le net tire pour l'instant son épingle du jeu. Et fait d'une certaine manière le boulot de la critique. N'y voyez cependant là aucune critique de ma part...
Colosse d'argile Quatre ans après "I Am A Bird Now", Antony and the Johnsons offre enfin un troisième chapitre, plus épuré et délicat que jamais.
D'Antony Hegarty, les nouvelles furent nombreuses ces dernières années. Mais point de Johnsons à ses côtés. Le colosse d'argile préférait se promener d'un projet à l'autre, de featurings en collaborations, pour le meilleur (Hercules and Love Affair, Björk) et l'anecdotique (Marianne Faithfull).
Les premières nouvelles d'Antony and the Johnsons n'arrivèrent qu'à l'automne dernier, sous la forme d'un EP annonciateur d'un troisième album pour l'an neuf. Cinq chansons, simples en apparences - à l'exception notable du débridé Shake The Devil - révélant leur richesse à mesure des écoutes. La voix toujours lyrique, la mélancolie poignante, Antony semblait dire adieu à certaines envolées entendues par le passé, trouvant son quota de kisch et de dérive chez les autres.
Sans surprise, The Crying Light poursuit dans cette direction cet hiver, poussant l'épure plus loin encore. Oubliées les montées fragiles façon Hope There's Someone (malgré une tentative étouffée sur l'étiré Daylight In The Sun) ou les orchestrations baroques de son premier album éponyme. A l'image de l'avant-coureur Another World, Antony and the Johnsons privilégie le format classique, sur la première partie de l'album du moins. Démarrant sur un râle aérien (Her Eyes Are Underneath The Ground), The Crying Light tourne autour d'un piano et d'une voix - mais quelle voix! - rhabillés d'arrangements discrets et délicats, cordes et bois en tête.
Modèles de songwriting, ces ballades jouent de variations légères, de tempi accélérés en harmonies remaniées. La beauté est là, prenant les apparences d'une fausse simplicité. Mais le meilleur se révèle en fin d'album, lorsque l'épure ose la complétude. Porté par une guitare électrique escarpée, le poignant Aeon s'impose comme un sommet de soul à fleur de peau (et évoque la seconde partie de Mother Dear de Tindersticks, entendu l'année dernière). Presque aussi nus, Dust And Water et Everglade ponctuent ce nouveau chapitre avec une concision confondante.
Une fin à l'image d'un album sans gras ni esbroufe. Riches, ces dix nouvelles chansons le sont. Mais évitent à merveille les fioritures inutiles ou la démonstration de style. Sans se renier ni s'égarer, Antony and the Johnsons parvient à affiner son univers sur The Crying Light et façonne une suite tout aussi captivante que I Am A Bird Now.
Antony & the Johnsons The Crying Light Rough Trade/Musikvertrieb
Songs to listen to When you're dead. Une idée réccurente, ressuscitée par Get Physical.
Pour bien commencer l'année, le label Get Physical dépoussière une question que je ne m'étais plus posée depuis l'adolescence: quelle chanson pour son enterrement? Interrogeant une brochette d'électroniciens d'hier comme d'aujourd'hui (certains sont plus proches de la mort que d'autres), Final Song #01 propose 13 chansons en guise de point final. DJ Hell partirait ainsi sur Golden Brown de The Stanglers, David Holmes tirerait sa révérence sur l'ironique 'til I Die des Beach Boys, tandis que Laurent Garnier collerait aux rituels de la messe d'adieu avec le Sit Down Stand Up de Radiohead.
A sa manière, cette compilation pose la question de savoir s'il faut choisir un titre sérieux, surlignant en quelque sorte la tristesse de la situation, ou plutôt opter pour le contre-pied (tel Kevin Saunderson qui rêve de Supernature de Cerrone). En une formule, vaut-il mieux partir sur Ceremony de New Order ou Le petit bonhomme en mousse de Patrick Sébastien? Ou jouer l'entre-deux avec un bon vieux Death Is Not The End du Père Dylan. Ou encore, ne faudrait-il pas en profiter pour imposer un morceau monstre à l'auditoire, à défaut d'un Metal Machine Music en intégralité? A moins qu'on ne préfère le silence ou, pourquoi pas, le 4'33'' de John Cage, histoire de mettre à l'épreuve le respect de l'assemblée...
Il y a une dizaine d'année, j'avais mes réponses à cette question. Jism de Tindersticks, Waltz#2 d'Elliott Smith ou encore Famous Blue Raincoat de Leonard Cohen, pour partir sur l'une de mes chansons préférées. Aujourd'hui, la question me passionne nettement moins. Je ne pense finalement pas beaucoup à la mort.
C'est marrant, c'était l'autre soir, vendredi, je crois. J'ai passé quelques heures à boire du vin en ressortant de vieux disques de pop anglaise. Peut-être un effet vingt ans de The Stone Roses. Comme dans un cadavre exquis, la fin d'un morceau me faisait penser au disque suivant. Sans pour autant respecter la chronologie de l'histoire. Genre from The Last Shadow Puppets to The Coral.
Durant cette promenade, je suis plusieurs fois passé par la case Blur. Un effet qui n'a rien à voir avec l'annonce de la reformation du groupe. En 2008, Damon Albarn a produit la scie Sabali pour Amadou & Mariam. Le bon goût aurait voulu qu'il se fasse oublier en 2009. Mais passons. Un BritPopOpoly donc, où la case Blur n'est ni parking, ni prison. Plutôt une sorte d'éponge, absorbant un peu de tout. Pour le meilleur, mais aussi le pire. Je retente mon Best Of The Jam, je fais un saut dans Parklife. Je retourne au Stone Roses, je me casse la gueule dans Leisure. Et puis voilà que je me ballade dans The Specials et que je fais un crochet par Modern Life Is Rubbish. Et retrouve For Tomorrow, l'un de mes premiers tubes adolescents. Celui qui fit que j'allais aimer ce groupe à la folie (oui, j'avais 15 ans ou un truc comme ça). Une chanson qui n'a finalement pas si mal vieilli. Moins que beaucoup d'autres du groupe en tout cas.
Money, Sex & Power Les fondamentaux d'un empire qui mit de la pop dans la soul
Lundi, c'était le cinquantième anniversaire de Tamla Records, label rapidement devenu Tamla Motown, aux côtés de près de quarante autres noms pour autant de sous-labels. Ou plutôt le cinquantième anniversaire de sa naissance, tant l'historique maison de disques subsitent plus aujourd'hui pour sa légende que pour son actualité.
Reste un catalogue et des années de gloire marquants, qui ont contribué à faire tomber les clivages entre "musique black" et "musique blanche", mais aussi à façonner les contours de la pop moderne (les incessants aller-retours entre Motown et Beatles sont là pour en témoigner). Le tout en y ajoutant une bonne dose d'argent, de sexe et de pouvoir, dans la plus pure tradition des grands empires portés par l'American Dream.
"Keep it simple, stupid", disait le slogan inventé par l'entrepreneur en chef Berry Gordy (le KISS principle). Parfois, ça fait du bien, un peu de simplicité et de stupidité.
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