Colosse d'argile Quatre ans après "I Am A Bird Now", Antony and the Johnsons offre enfin un troisième chapitre, plus épuré et délicat que jamais.
D'Antony Hegarty, les nouvelles furent nombreuses ces dernières années. Mais point de Johnsons à ses côtés. Le colosse d'argile préférait se promener d'un projet à l'autre, de featurings en collaborations, pour le meilleur (Hercules and Love Affair, Björk) et l'anecdotique (Marianne Faithfull).
Les premières nouvelles d'Antony and the Johnsons n'arrivèrent qu'à l'automne dernier, sous la forme d'un EP annonciateur d'un troisième album pour l'an neuf. Cinq chansons, simples en apparences - à l'exception notable du débridé Shake The Devil - révélant leur richesse à mesure des écoutes. La voix toujours lyrique, la mélancolie poignante, Antony semblait dire adieu à certaines envolées entendues par le passé, trouvant son quota de kisch et de dérive chez les autres.
Sans surprise, The Crying Light poursuit dans cette direction cet hiver, poussant l'épure plus loin encore. Oubliées les montées fragiles façon Hope There's Someone (malgré une tentative étouffée sur l'étiré Daylight In The Sun) ou les orchestrations baroques de son premier album éponyme. A l'image de l'avant-coureur Another World, Antony and the Johnsons privilégie le format classique, sur la première partie de l'album du moins. Démarrant sur un râle aérien (Her Eyes Are Underneath The Ground), The Crying Light tourne autour d'un piano et d'une voix - mais quelle voix! - rhabillés d'arrangements discrets et délicats, cordes et bois en tête.
Modèles de songwriting, ces ballades jouent de variations légères, de tempi accélérés en harmonies remaniées. La beauté est là, prenant les apparences d'une fausse simplicité. Mais le meilleur se révèle en fin d'album, lorsque l'épure ose la complétude. Porté par une guitare électrique escarpée, le poignant Aeon s'impose comme un sommet de soul à fleur de peau (et évoque la seconde partie de Mother Dear de Tindersticks, entendu l'année dernière). Presque aussi nus, Dust And Water et Everglade ponctuent ce nouveau chapitre avec une concision confondante.
Une fin à l'image d'un album sans gras ni esbroufe. Riches, ces dix nouvelles chansons le sont. Mais évitent à merveille les fioritures inutiles ou la démonstration de style. Sans se renier ni s'égarer, Antony and the Johnsons parvient à affiner son univers sur The Crying Light et façonne une suite tout aussi captivante que I Am A Bird Now.
Antony & the Johnsons
The Crying Light
Rough Trade/Musikvertrieb
www.antonyandthejohnsons.com
www.myspace.com/antonyandthejohnsons




























Commentaires