Bon Iver - For Emma, Forever Ago
Par Bruno Fleutelot
C'était il y a longtemps, dans une chronique de Christophe Conte (ou était-ce Richard Robert?), dans Les Inrocks, à propos du premier album de Sophia, Fixed Water. Il y avait cette phrase magique qui disait à peu près "le disque ultime que l'on cherche désespérément en achetant autant de disques indie, en fouinant puces et autres bacs à soldes, c'est peut-être tout simplement celui-là".
L'histoire semble se répéter avec cet album.
Un disque qui transcenderait et bousculerait nos critères qualitatifs habituels, ceux-là même qui nous permettent d'élaborer nos si brillantes positions critiques.
Quelque chose d'irrationnel en fait.
Un "disque-copain", qu'on écoute toujours avec plaisir, qui nous surprend à chaque fois, qui nous émeut souvent aussi, un copain que l'on peut délaisser de temps à autre puis retrouver en toute simplicité, comme si on s'était quitté la veille, un copain fidèle, sur qui on peut compter, avec qui on sait que l'on va pouvoir vieillir.
Pourtant, ça n'était pas forcément gagné au départ!
La énième même histoire du mec qui vient de se faire larguer, qui est triste, qui prend sa guitare, son harmo, une caisse claire, quelques micros, de quoi s'enregistrer, et qui part s'isoler tout un hiver dans une cabane au fond des bois, quelque part dans le Wisconsin, avec de la neige et des caribous partout, pour entre autres, y enregistrer son désarroi.
Au secours!
On en a déjà plein les bottes de ces folkeux (forcément) minimalistes qui ânonnent leurs textes chétifs et de ces Sean Penn qui nous balancent leurs films mous du genou sur le grand mythe du retour aux origines… (merci Kerouac, London et Thoreau, c'était bien la peine!)
Et non.
On est aux antipodes de cela.
Et il ne s'agit pas non plus de l'avènement d'un nouveau fils spirituel, digne héritier d'Elliott Smith (ouf, car là aussi on a déjà suffisamment de prétendants).
C'est simplement un type, Justin Vernon, qui fait un disque magnifique et généreux, à l'image de sa voix.
C'est aussi un type capable de concerts ahurissants, d'une densité époustouflante, des concerts où il se passe enfin quelque chose d'intense, où l'on a l'impression (la certitude?) d'assister à quelque chose de rare et où l'on se sent chanceux parmi les chanceux d'être là.
Des moments saturés d'énergie, de plaisir, d'émotions et de mélancolie.
La vraie vie!














Pour moi, aucune comparaison possible entre l'aimable disque de Bon Iver et l'incroyable puissance émotionnelle de 'Fixed Water'.
Rédigé par: lyle | 29/12/2008 at 11:11
C'est vrai que Sofia c'était du tout grand. Mais je vais y jeter une oreille attentive à ce Bon Iver. Sinon mon disque copain à moi c'est The Problem With Me de Seam, j'y reviens toujours.
Rédigé par: la castagne | 29/12/2008 at 15:42
J'aurais pas fait mieux! Jolie chronique.
Rédigé par: Erwan | 30/12/2008 at 18:12
@ Erwan
Merci!
@ Lyle
C'est pas grave, je ne t'en veux pas...
Rédigé par: Bruno | 31/12/2008 at 12:59