Attention, méfiance Un Domino peut cacher d'autres choses. Une clef USB comme un shériff...
Il y a presque une année, je bouclais la cuvée 2007 avec un petit texte consacré à Domino Records, label indépendant qui se préparait à fêter ses quinze ans en ayant tout d'un grand déjà. Je ne pensais pas si bien dire. Il va désormais me falloir revoir la limite d'âge à partir de laquelle on peut parler de "vieux con".
Domino donc, qui, à quelques semaines de la fin de l'année 2008, pourrait bien prétendre au titre de cinquième major du disque. Le hic, c'est que c'est désormais moins son catalogue que son attitude qui est ici en jeu. Je pourrais ainsi vous parler des difficultés que rencontre un pauvre journaliste suisse au moment d'obtenir une interview de Franz Ferdinand, par exemple. On envoie une attachée de presse faire le tour du pays un disque promo en main - jusqu'à mon salon - mais au moment de dégager trente minutes dans le planning du groupe, on n'a plus de réponse. Et ce même si on paie son billet, son hôtel et son café/verre d'eau durant l'entretien. Quand on a été le seul scribouillard à passeport rouge à croix blanche à prendre sa valise et son micro pour rencontrer Robert Wyatt ou Animal Collective, on tire un peu la gueule.
Mais bon, je ne vais pas crier au scandale non plus (personnellement, je me fiche de rencontrer Franz Ferdinand comme de ma dernière chemise). Ce qui me reste en travers de la gorge ici, c'est plutôt le bordel que Domino est en train de créer avec le nouvel album d'Animal Collective. Je me moquais déjà il y a peu du pre-buzz lancé ici et là, en envoyant quelques disques promotionnels à certains journalistes. Mais l'épisode de cette semaine fait monter l'audience, dans la série buzz à la con de fin d'année.
Membres du cercle restreint des privilégiés qui ont pu écouter ce désormais fameux album (oui, il y a de l'ironie ici), Les Inrockuptibles ont jugé bon d'en inclure un titre dans leur podcast hebdomadaire. Le cent-quatrième du nom. JD le DJ (chouette anagrame de l'ami Beauvallet (oui, il y a aussi un brin d'ironie ici)) y présente chaque semaine quatre ou cinq chansons, entrecoupées de bruitages, de samples de dialogues et d'une voix enjouée, entre le bon vieux DJ radio et l'animateur de bals d'après-mariage. Le tout écoutable sur le site ou téléchargeable en un bloc MP3. Le bug de cet épisode numéroté 104, c'est que JD Beauvallet et Les Inrockuptibles ont eu l'outre-cuidance d'y intégrer un morceau extrait du prochain Animal Collective, annoncé pour janvier 2009 mais déjà vanté comme un chef-d'oeuvre par le magazine français, il y a quelques semaines. Aïe!
Je ne sais ensuite qui du groupe, du label ou du mystérieux Web Sheriff a donné l'alerte, mais le résultat consiste en la disparition du Podcast 104 et en la publication du communiqué suivant sur le site des Inrocks (je ne mets ici que la version française, pour voir le tout, cliquez ici):
"Suite à la demande de Domino Records et Web Sheriff, nous vous informons que LesInrocks.com ont dû mettre hors ligne le podcast #104, qui contenait un morceau encore non commercialisé d’Animal Collective, signé chez Domino. Les Inrockuptibles présentent leurs excuses à Animal Collective, Domino Records et Web Sheriff pour avoir perturbé la sortie du disque et son plan marketing avec cet incident non prémédité."
Voilà, voilà. Pour un groupe qui doit vendre 100'000 albums par année à tout casser (pas d'ironie ici, mais de l'optimisme plutôt) et dont le succès est en grande partie dû aux sites web (Pitchfork, les webzines, les blogs dont celui-ci), la réaction semble un brin disproportionnée, voire contre-productive. Mais bon, la dernière ligne du communiqué éclaire tout cela, avec son pauvre "plan marketing" "perturbé"...
L'incident peut paraître anecdotique. Ou même moralisateur, celui qui joue avec le buzz risquant de s'y brûler les doigts. J'y vois pourtant une preuve de plus de l'incapacité pour l'industrie musicale à cerner le web et à comprendre où sont ses amis et où sont ses ennemis. Ce podcast comme de nombreux blogs sur les doigts desquels les "web sherfiffs" de tous poils aiment à taper ne servent qu'à partager une passion ou une coup de coeur, à le communiquer et ainsi offrir une visibilité aux artistes - ou de la publicité, pour parler en des termes compréhensibles pour les tenants de "plans marketing". Les punir pour ça, c'est à moyen terme les décourager de poursuivre ce travail et creuser un peu plus la tombe du disque, du MP3 et de la musique payante en général. Un peu con tout ça...
PS: Cet article pouvant sembler un brin moralisateur, je donne ici un tuyau à mes confrères des Inrockuptibles et aux autres happy-few qui posséderaient une copie du dernier Animal Collective: même si le CD que vous avez reçu est marqué ("watermarked", dit-on), vous pouvez l'encoder en MP3 sans laisser de trace. C'est un peu fastidieux, mais il vous suffit en effet de passer par le bon vieux mode analogique (un cable et un freeware suffisent)...




























Euh... sans être un expert, loin de là, il me semble qu'un watermarking robuste doit résister au passage en analogique.
Rédigé par : teabag | 21/11/2008 à 08:47
@ teebag:
En fait, je n'ai jamais essayé, mais je me fie à ma logique. Si je branche mon lecteur CD via un cable audio (jack et non USB) dans la sortie micro de mon PC, le son entrant n'est plus que son audio et donc vierge de toute entrave numérique et donc sans le moindre tag ou mark. (Je ne sais pas si je suis clair...)
Rédigé par : Christophe | 21/11/2008 à 09:15
J'ai bien l'impression que le marquage se fait directement dans le signal sonore.
Pour plus de détails:
http://www-rocq.inria.fr/secret/Watermarking/
Rédigé par : teabag | 21/11/2008 à 09:44
allez, un lien vers un morceau (live) du prochain album pour voir...
http://stereogum.com/mp3/Animal%20Collective%20-%20Brother%20Sport%20(NPR%20Live).mp3
Rédigé par : père frédouille | 21/11/2008 à 10:28
Domino semble avoir ratissé large puisque le site Gorilla vs Bear (pourtant fidèle des fidèles à Animal Collective) a reçu le même genre de surprise pour juste avoir balancé le lien vers le site des Inrocks.
Drôle de façon de créer un buzz, surtout comme tu dis pour un groupe comme Animal Collective.
Rédigé par : François | 21/11/2008 à 10:37
@ teabag & Christophe
pour ce qui reste du signal sonore une fois compressé en mp3 96 Kbps... faut vraiment qu'il soit costaud le marquage!
à mon avis, ils s'en tapent royalement la coquillette les gens de chez Domino.
Ce qui les intéresse plus, et ce qu'ils sont d'ailleurs en train de parfaitement réussir, c'est que le micro-milieu du micro-public acheteur de ce micro-groupe à la mode qu'est micro-animal collective ne parle que de ça depuis quelques jours.
De plus, la micro-communauté des râleur critiques que nous sommes en parle aussi.
Moi, je serais boss de chez Chrysler ou General Motors, les gars de chez Domino, je les embauche tout de suite pour m'aider à vendre mes bagnoles!
Rédigé par : bruno | 21/11/2008 à 11:31
Ben moi ce que ça m'inspire, c'est plutôt l'idée que non, l'album n'est pas un chef d'œuvre, parce que déjà le groupe me semblait sur le précédent largement en perte de vitesse, et ensuite surtout parce que, quand on déploie ce genre de stratégies restrictives, c'est qu'on a quelque chose à cacher. Ce qui peut perturber le plan marketing, c'est peut-être bien le fait que tout le monde écrive avant sa sortie: "bof, tout ça pour ça", non?
Rédigé par : Fauve | 21/11/2008 à 13:49
Ca fait 2 ou 3 ans maintenant que Domino est passé du côté obscur de la force...
Quand à 100 000 albums pour AC, ca tient du rêve non ( ou plutôt du cauchemar ! )
Rédigé par : lyle | 21/11/2008 à 16:31