So eighties, The Smith Sur la photo du moins. Mais ce n'est pas une raison pour que les enregistrements disponibles fassent aussi old-school que leurs trombines.
Saint Morrissey, priez pour moi! De ma vie, je n'ai jamais versé un franc à vos Smiths (ni à vous d'ailleurs). Mais j'ai de bonnes excuses. D'abord, vous ne faisiez plus de concerts quand j'ai été en âge d'y assister (ou alors entouré de brutes rock'n'roll et là, j'étais déjà journaliste et je pouvais profiter d'un ticket à l'oeil). Ensuite, c'est sur des K7 que j'ai découvert vos heures de gloire - The Smiths, donc - à l'adolescence. Puis vint le CD-r et j'en ai profité pour graver mon Queen Is Dead, mon Strangeways Here We Come, mon Hatful Of Hollow ou encore mon éponyme (je n'ai jamais beaucoup aimé Meat Is Murder par contre, mais bon, personne n'est parfait).
Pourquoi n'ai-je pas acheté les CD originaux, me demandez-vous. Et bien je n'étais pas riche à cette époque-là. Et après, je n'étais pas con. Malgré les stickers immondes (point d'exclamation blanc sur fond jaune, reproduction d'un panneau STOP de circulation ou encore affreux mid-price bleu), je trouvais trop cher de payer même un franc pour des albums jamais remasterisés, aux sonorités plates et sans reliefs, même pas utilisables pour faire danser les gens dans une soirée brit-pop.
Mais hier, je me suis racheté. Oui, j'ai acheté un disque de The Smiths. Un double même. Et sur la pochette, l'auto-collant noir et ses lettres dorées me prévenaient que non, ce n'était pas un fond de tiroir. Je me suis donc offert The Sound Of The Smiths, compilation récente, attiré par le remastering promis et un second CD plein à craquer de titres rares. Un achat compulsif, plein d'une envie incontrôlable d'acquérir des titres que je possède déjà dans ma discothèque. A tel point que j'ai à peine parcouru des yeux la tracklist sur le back du disque. Fatale erreur.
De retour chez moi, j'envoie le premier disque et je jubile: Still Ill et Bigmouth Strikes Again n'ont jamais aussi bien sonné; There Is A Light That Never Goes Out me transporte comme rarement; même amputé de son intro Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me m'étreint de son emphase massive. Je suis heureux... jusqu'à l'insertion du second disque. Je vais directement à mes 7" préférés (Half A Person, Please, Please, Please, Let Me Get What I Want), retardant la désillusion. Car voilà, une fois passées les chansons attendues, la kyrielle d'inédits annoncée rétrécit comme peau de chagrin.
Jugez plutôt: 3 titres entendus sur Hatful Of Hollow, 3 sur The World Won't Listen, 4 sur Louder Than Bombs, 1 sur Strangeways Here We Come, 1 sur Rank et 3 sur The Queen Is Dead (!). Je refais le compte: 15 chansons sur 22 sont des choses facilement trouvables jusque là. Ajoutez-y un live d'un titre connu (Handsome Devil) et une version alternative d'un autre (This Charming Man) et seuls restent 5 malheureux titres réellement inédits sur CD (si j'ai bien fait le compte). Une fois encore, le remastering est excellent, mais j'ai quand même l'impression de m'être fait abusé.
Vous me direz, qu'attendais-tu? Des trésors nombreux jamais ressortis des tiroirs en plusieurs années de crise du disque? Vous avez raison, je me faisais des illusions. Cependant, j'ai une excuse. Je viens de terminer un article réfléchissant à la crise du disque et aux mutations que prend le support physique aujourd'hui pour tenter de reconquérir ses fidèles égarés. En vrac, on fait des coffrets collectors pleins de gadgets, des vinyles 180 grammes, des compilations à prix cassés mais au contenu cohérent, des séries limitées de toute beauté.
En une formule, entre crever et muter, l'industrie du disque a choisi la seconde option (même si elle ne pourra sans doute que retarder sa mort "physique"). Une manière de faire oublier les premiers CD (pâles vinyles transférés en numérique), le prix soi-disant impossible à baisser durant les années 90 (trente francs le CD, c'était la règle) ou encore les CD bonus alors qu'on a acheté l'album simple il y a six mois déjà (ah non, on me signale que Coldplay procède encore ainsi aujourd'hui). Et là, voici qu'en un double album de The Smiths, on renoue avec tous ces défauts à la fois. Ou presque. Parce que malgré la déception d'un objet survendu (merci Les Inrockuptibles entre autres), les deux disques ont tourné sans interruption sur ma chaîne depuis hier, trop heureux que j'étais de redécouvrir ces chansons avec un son qui les honore enfin.
Saint Morrissey, si je peux me permettre, ce que j'aimerais pour 2009, ce sont tous les albums de The Smiths, remasterisés enfin. Faites-en des simples ou des doubles auxquels vous ajouteriez les titres parus en maxis et ailleurs. Ou même une intégrale. Faites ça et je les achèterai. Avec mes propres sous, promis. Amen.




























mouarf... j'ai justement passé les Smiths l'autre soir dans cette soirée brit-pop...
me rappelle pas si ça a fait danser les gens, tiens, mais c'est sûr que je n'ai pas pris le risque de le passer à une heure d'effervescente exubérance sur la piste...
voilà merci
Rédigé par : chvx | 25/11/2008 à 07:56
Morrissey n'y est pour rien, c'est Rhino qui s'y colle, même en vinyle!
http://www.rhino.co.uk/rhino-store/products,the-smiths-singles-box_2557.htm
Mais pour ce qui est des inédits, de toute façon, les Smiths ayant publié et republié leurs faces b à l'envi, je vois mal ce qu'on pourrait dénicher de neuf, et c'est un ancien collectionneur des Smiths qui vous parle. A part les démos du premier album et des lives à foison, tout ce qu'ils ont écrit et enregistré est paru. Warner a surexploité le filon, et Morrissey a fait de même avec sa carrière solo, où chaque face b a au moins dû être publiée à 4 ou 5 endroits différents.. Alors maintenant qu'est-ce qui reste? Ah oui, le son, peut-être. Mais les batteries qui font sshhping, même après mastering, on peut pas y faire grand chose...
Rédigé par : Fauve | 25/11/2008 à 11:28
@ Fauve:
Etrangement, même les titres issus du premier album éponyme (en particulier "Still Ill") sonnent bien avec ce remastering. Je me suis à comparer le son de "Bigmouth Strikes Again" hier soir (version "The Queen Is Dead", version "Best... I" et version "The Sound Of The Smiths") et le résultat est plus que probant Et je ne parle même pas de la version remasterisée de la chanson "The Queen Is Dead", particulièrement bluffante...
Rédigé par : christophe_s | 25/11/2008 à 11:58
Cet article me parle tout particulèrement car en ce qui concerne The Smiths ou Led Zeppelin je les adule sincèrement mais je n'ai jamais acheté leurs cd's car le mastering n'est pas à la hauteur des espérances et comme je me doute qu'un jour viendra ou leurs auteurs les ressortiront mieux masterisés et bien je me lancerai à l'eau et les acheterai d'une traite.
Rédigé par : saab | 26/11/2008 à 08:28
Personnellement, ces histoires de remastering m'ont toujours parues suspectes...
Je n'en ai tout simplement jamais saisi ni le sens ni l'utilité.
j'aime bien réécouter Nat King Cole dans son jus, Charlie Christian, même si ça gratouille de partout (en mono de surcroît) est très bien comme ça aussi.
Et plein d'autres également!
Le problème, c'est que quand on a ce genre d'opinion, on passe rapidement pour passéiste, rayon "c'était mieux avant".
Quant à Led Zep, indépendamment de tout point de vue musical, leurs premiers albums bénéficient d'un tel travail sur le son qu'il me paraît vraiment étonnant de penser aujourd'hui pouvoir l'améliorer, simplement parce qu'on l'aura numérisé aux normes actuelles avec les petits plug-in qui vont bien?
et pourquoi pas les Beatles en 5.1 pendant qu'on y est?
Ah...
ça existe déjà?
Mince, j'ai rien dit.
Et quand est-ce qu'ils vont enfin coloriser les Lubitsch, Epstein et autres Mankiewicz pour qu'ils soient enfin regardables, ces pauvres films pourris en N&B?
Rédigé par : Bruno | 26/11/2008 à 09:42
Tout à fait d'accord avec toi, Bruno. Je n'ai pas entendu les versions remasterisées des Smiths, mais je suis toujours surpris qu'on puisse émettre un avis là dessus... ça sonne mieux, peut-être, mais par rapport à quoi? Si on compare à la première édition en vinyle, dans une écoute comparative, est-ce que le CD remasterisé ne devrait pas sonner exactement comme ça pour ne pas sacrifier le mix de l'époque? Mais alors il faudrait rajouter les craquements du vinyle, pour pouvoir découvrir ces disques dans les mêmes conditions que ceux qui les ont acheté en premier, non? Question complexe...
Rédigé par : Fauve | 26/11/2008 à 10:55
pour les histoires de remastering, ce petit article de jason ward et bob weston de chicago mastering service offre un éclairage interessant. ou comment un remastering c'est souvent n'importe quoi du point de vue du son. ça se passe ici :
http://www.chicagomasteringservice.com/loudness.html
Rédigé par : Gaetan | 26/11/2008 à 16:19
J'ai un très bon ami, ingénieur du son, qui me dit depuis des années "si j'étais moins con, je ne me ferais pas chier à enregistrer toutes ces merdes, je ferais du mastering et gagnerais un fric de folie. Au fond, personne ne sait ce que c'est et tout le monde est prêt à y mettre le prix pour que ça sonne..."
C'est vrai que dans 99% des cas, un bon compresseur multibande, même paramétré à la louche et tout le monde est content.
Là où c'est finalement assez marrant, c'est que le plus souvent, ces fameux disques qui sonnent tellement mieux une fois (re)mastérés sont écoutés soit sur des minuscules haut-parleurs de lap-top, soit sur ces fantastiques casques i-pod, le tout évidemment soigneusement encodé en mp3...
Ca me fait penser à un type qui mettrait des lunettes de soleil avant d'aller voir une expo de Rothko et qui se lancerait ensuite dans de grandes diatribes sur l'incroyable sens du contraste chez ce peintre...
Rédigé par : Bruno | 26/11/2008 à 18:43