Konstantin Gropper L'homme qui se cache derrière le masque Get Well Soon. Multi-instrumentiste prodige à ranger parmi les révélations de l'année 2008.
C'est une jolie manière de boucler la boucle: l'interview d'un musicien dont l'album est sorti en janvier, mais est resté fidèle à la platine durant les mois suivants. En janvier donc, on n'en savait pas beaucoup sur Get Well Soon, nouvelle signature teutonne du label City Slang. Un nom derrière lequel se cachait un jeune musicien de 26 ans, Konstantin Gropper, inconnu jusqu'ici, mélangeant le lyrisme de Scot Walker aux rêves balkaniques de Beirut, les bricolages barrés du Beck de la première heure aux bastringues bancales de Tom Waits.
Dix mois plus tard, le musicien allemand est l'un des noms les plus entendus dans la course aux pronostics pour l'album de l'année. J'exagère un peu, oui, mais à peine. Son album ressort, mieux distribué qu'en début d'année et agrémenté d'un joli EP (Songs Against The Glaciation). Surtout, on a sans doute pas fini d'entendre parler de lui. Si Rest Now Weary Head! You Will Get Well Soon imposait un univers composite et maîtrisé, la tournée qui a suivi a révélé un groupe efficace et séduisant, prompt à partir à l'assaut des scènes européennes l'année prochaine.
En attendant la suite, petite interview de Konstantin Gropper, l'homme derrière Get Well Soon:
Comment est né Get Well Soon?
Quand j’ai quitté mon ancien groupe il y a cinq ans, j’ai commencé à faire de la musique seul dans mon coin, en utilisant différents programmes informatiques. L’idée originelle était de les remplacer ensuite par de vrais musiciens. Mais au final, le résultat obtenu en travaillant seul sur mon labtop s’est imposé de lui-même.
Est-ce que cela a été difficile de créer un groupe pour transposer Get Well Soon sur scène ensuite?
En fait, cela s’est fait très naturellement. Une fois que l’album a été terminé, je me suis tourné vers des amis et des membres de ma famille pour leur proposer de m’accompagner et ça a marché ainsi. Bien sûr, l’espace de création et d’interprétation n’est pas le même que celui circoncrit sur disque, mais c’était intéressant de travailler de cette manière, notamment pour emmener ma musique plus loin. Et puis je n’ai jamais aimé l’idée d’être seul sur scène. Je l’ai fait une ou deux fois, mais je préfère largement cette formule en groupe, entouré de six musiciens.
Pourquoi avoir choisi de vous baptiser Get Well Soon?
Tout d’abord parce que je ne pense pas que mon vrai nom (ndlr : Konstantin Gropper) soit très bon. Ensuite, je voulais qu’on se focalise sur ma musique et non sur moi. Quant au choix de Get Well Soon, c’est une expression qui colle à mon état d’esprit : tout n’est pas parfait, mais on peut s’y faire et le vivre bien. Plusieurs personnes me disent que mes chansons les font se sentir mieux… donc peut-être que ça marche (rires).
Votre album est sorti au début de l’année, mais c’est surtout depuis cet automne que l’on parle de Get Well Soon à l’extérieur de l’Allemagne, certains magazines vous citant même parmi les meilleurs disques de l’année. Comment vivez-vous cet accueil?
Je suis très heureux de ces réactions, c’est sûr. Déjà lors de sa sortie en Allemagne, je me réjouissais des chroniques enthousiastes. Mais plus que les réactions des gens de la profession, c’est celles du public qui me touchent aujourd’hui, notamment lors des concerts.
A l’écoute de votre album, on pense à de multiples influences. Comment qualifieriez-vous votre musique?
Je pense qu’on pourrait se contenter de dire ça : une musique avec de multiples influences. Car c’était mon idée de départ, ne pas avoir peur de combiner des styles divers, du folk aux musiques électroniques, du rock à la musique classique. Cela correspond à mon parcours musical. J’ai grandi à l’époque du grunge, puis je me suis plongé dans la scène électronique et plus tard encore dans le songwriting. Ensuite, si on voulait vraiment la qualifier, on pourrait utiliser ce fameux adjectif, "post-moderne" (rires).
Vous reprenez Underworld sur votre album et proposez de télécharger une reprise de Roxette sur votre site. Votre univers musical se situe-t-il entre ces deux groupes?
Disons que la reprise d’Underworld est quelque chose de sérieux, tandis que celle de Roxette correspond plus à un exercice pour le plaisir. L’idée est venue lorsque nous avons réalisé, mes musiciens et moi, que c’était une sorte de point commun, le premier groupe dont nous avions acheté un disque. Quant à Underworld, c’était une volonté de transformer une chanson, de la reprendre pour lui donner un nouvel aspect. J’aime beaucoup ce titre. Elle symbolise bien une époque que j’ai vécu, une certaine scène électronique aussi, tout en comportant une part plus sombre.
Sur une chanson comme If This Hat Is Missing I Gone Hunting, on passe de l’indie rock à un refrain parodiant des chœurs sixties, le tout sans se perdre en route. Est-ce que vous vouliez créer un canevas cohérent, une sorte de soundscape personnel?
Oui. Je me considère parfois plus comme un producteur que comme un songwriter et je suis donc à la recherche d’un son spécifique. La musique se base sur des chansons, bien sûr, mais l’habillage sonore a aussi une grande importance. Quand je compose, je réfléchis rapidement aux arrangements que je pourrais créer, par exemple.
Vous êtes signé sur le label City Slang, côtoyant des artistes très différents, comme Notwist, Lambchop ou encore Blackmail. Pourrait-on dire que votre musique incarne ces diverses tendances?
C’est une idée intéressante, tiens. Peut-être est-ce la raison pour laquelle City Slang m’a signé. C’est un label que j’apprécie depuis longtemps et c’est très naturellement que je les ai contactés. Je m’y sens un peu comme chez moi.
Pour le prochain album, allez-vous profite de cette nouvelle dynamique de groupe ou bien travailler seul à nouveau?
Je n’ai pas encore vraiment eu le temps d’y penser, car nous avons beaucoup tourné et j’ai également passé du temps à composer quelques musiques pour des films. Je me sens un peu entre deux périodes. Je commencerai à y réfléchir l’année prochaine, même si je ne pense pas entrer en studio avec le même groupe que sur scène… Cependant, il est possible que le prochain album de Get Well Soon implique d’autres musiciens que moi seul. Peut-être deux… (rires)
Get Well Soon
Rest Now Weary Head! You Will Get Well Soon
City Slang/TBA
www.youwillgetwellsoon.com
www.myspace.com/youwillgetwellsoon
En concert: Fri-Son. Fribourg. Vendredi 5 décembre.(Avec Herman Dune et Port O' Brien) www.fri-son.ch
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