Carla Bruni et Bertrand Cantat Des retours discographiques qui plongent la critique musicale dans une crise bien déprimante.
Vous le savez peut-être déjà, mais c'est la crise. Et je ne parle pas ici des trop fameux Lehman Brothers ni de la faillite de l'Islande. Non, c'est de la musique qu'il s'agit. Le marché du disque tire la langue, le téléchargement reste majoritairement pirate et le supposé fructueux marché du live ne parvient pas à équilibrer la balance. Comme si tout cela ne suffisait pas, cette année c'est également la critique musicale qui est en crise. Mais là, c'est un peu plus consternant.
Tout a commencé au début de l'été, avec l'arrivée dans les bacs du désormais fameux Comme si de rien n'était. Critiques de France et de Navare ont prestement dégainé leur plume, expliquant à longueur de paragraphes la difficulté de leur travail et, parfois, leur impossibilité à juger l'oeuvre de Madame Bruni-Sarkozy. Sous l'intitulé "De Carla Bruni et d'une certaine épreuve", Bertrand Dicale du Figaro résumait le conflit dévorant la critique: "Ce pourrait être aussi une sorte d’ordalie pour les médias français. En effet, saura-t-on scinder l’écoute, comme disent les ingénieurs du son? Saura-t-on écouter séparément et de deux manières différentes une talentueuse artiste de chanson française et la femme qui a lié son destin au leader et symbole d’une famille politique?"
A ces interrogations multiples, j'ai voulu répondre oui, arguant qu'à l'exception d'une mise en scène délirante (de l'écoute à la rencontre, en passant par la signature d'un pseudo-embargo), ce disque restait un disque à mes oreille, bon ou mauvais, la figure présidentielle servant uniquement d'inspiration pour les métaphores ironico-potaches d'une chronique bien torchée. Las, plusieurs confrères - en France comme ici - ont préféré jouer leur joker, qui évitant la moindre critique - positive ou négative - dans son article, qui choisissant avec mollesse de reprendre ce que ses confrères avaient pu écrire sur le même sujet.
Cet automne, le remake de "l'affaire Bruni-Sarkozy" s'appelle "l'affaire Cantat-Noir Désir". Et comme tout bon remake, on en a encore plus pour son argent. Ici, c'est Télérama qui donne le la, grâce à Emmanuel Tellier et son article "A-t-on encore du désir pour Noir Désir?" Ou comment en un peu plus de 3000 signes expliquer qu'on ne peut rien dire des deux nouveaux titres du groupe, tout juste les écouter, et inviter les lecteurs à s'exprimer sur le sujet. Résultat, plus d'une centaine de commentaires, du classique Cantat = assassin à des prises de position plus modérées.
Plus qu'un journalisme participatif, cet article - et nombre d'autres invitant les lecteurs à réagir - offre surtout un réservoir de secours à la critique, jerricane comme toujours bienvenu en temps de crise. Ainsi, après les états d'âme des premiers jours, critiques de tous bords ont pu tranquillement tresser des digests de ces fameuses réactions. Le tout sur un mode attendu ("Bertrand Cantat, artiste ou assassin? Le web s'en mêle" dans la Tribune de Genève), faussement distancé ("Un peu de Noir Désir après le dessert" dans Le Matin Dimanche) ou poussivement alternatif ("Le retour de Noir Désir n'inspire pas les internautes" dans Gala, analysant le peu de vidéos originales publiées sur YouTube pour illustrer les nouvelles chansons du groupe (sic!))
Face à cette déferlante de postures attendues, on se réjouit moyennement des jours à venir, remplis d'articles qui auraient pu être écrits il y a six mois, un an, voire plus encore. Sauf si l'un ou l'autre petit malin osait une idée banale, mais quasi-originale en ces temps de crise: s'arrêter sur ces deux chansons. En faire une critique, une analyse ou encore, on peut rêver, réfléchir aux attentes suscitées chez certains par ce retour de Noir Désir (notez bien que je dis Noir Désir et non Bertrand Cantat ici, ce qui implique tout de même une nuance certaine). En une formule: faire son boulot de critique musical.
A l'exception de quelques phrases au sein d'articles plus généraux, cette mission n'a été assumée que par la blogosphère. Dommage. On aurait pu en dire des choses sur ces deux chansons, en bien comme en mal, considérer Gagnants/perdants comme une chute de studio brute et lo-fi de Des visages, des figures ou la traiter de rock-chrétien chanter par un gamin de 8 ans. Ou encore s'interroger sur ce retour engagé, comblant un vide pour certains, inadmissible pour d'autres (en passant, à ceux qui pourfendent Cantat pour avoir choisi de faire sa morale politique après Vilnius, auriez-vous préféré une chanson d'amour?). Mais non. On se devra se contenter de débats d'arrière-garde, incapables même d'intégrer les quelques minutes de musique apparues mercredi dernier. Et on se réjouira d'avance du nouveau Amy Winehouse traité en marge d'un dossier consacré aux meilleurs vins de la saison.




























Effectivement, j'ai parlé un peu vite (shame on me), la critique y était déjà. Mes excuses...
Rédigé par : Nicolas Maradan | 19/11/2008 à 17:52