L'habit ne fait pas le moine Malgré ses airs de "garçons coiffeurs", Talk Talk (qui sera rapidement réduit à l'état de trio plus un producteur de l'ombre) vaut bien mieux que ça.
Il y a une dizaine de jours, je parlais ici de ce mal étrange qui dévore les rédactions culturelles du monde entier: l'anniversairite. Une déviance démente, lointaine voisine de celle qui ronge le chapelier fou dans Alice au pays des merveilles. A savoir un besoin de fêter tout et n'importe quoi, de la mort de machin au centenaire de truc, en passant par l'anniversaire du disque de l'autre.
Dans cette course folle au happybirthdaytoyou, il n'y en a cependant eu ni pour Talk Talk, ni pour son chanteur Mark Hollis. Pourtant, cette année, on aurait pu fêter les vingt ans de Spirit Of Eden et les dix ans de Mark Hollis (et, tant qu'on y est, les dix-sept ans de Laughing Stock). Seuls Shearwater et le Montreux Jazz Festival semblent avoir pensé un peu au groupe anglais ces derniers mois. Les premiers en reprenant I Believe In You The Rainbow en face B du 7" Rooks et les seconds en publiant en DVD l'enregistrement du concert donné par Talk Talk sur la scène du Casino en 1986. Une jolie reprise et un concert - fatalement - daté, ça fait peu quand même.
Car Talk Talk, pour ceux qui l'ignoreraient encore, ce n'est pas que Such A Shame et It's My Life (qui en passant ne sont de loin pas les tubes les plus honteux des années 80). Dès son troisième album, le groupe se met en quête d'autre chose. Et concrétise cette recherche en 1988 avec Spirit Of Eden, disque aux arrangements délicats et aux structures étirées. Un travail mal compris à l'époque, surtout par les cols blancs d'EMI qui mettent le groupe à la porte. Heureusement, Verve l'accueille et lui permet de poursuivre sur sa lancée et de publier en 1991 un Laughing Stock plus abouti encore, dépouillant l'armature tout en conservant cette attirance pour les grands espaces.
Talk Talk disparaît après ça.
Beaucoup leur offriront par la suite la parenté de la scène post-rock. Je ne pense pas qu'Hollis et ses acolytes en aient vraiment besoin et resterai donc pour ma part au plus près de l'histoire, me contentant de citer le superbe album éponyme de Mark Hollis paru en 1998, qui ne ressemble à rien d'ouï, à la manière d'un Scott Walker ou d'un Robert Wyatt. Ou encore de louer les talents de producteur de Paul Webb, plus connu sous le nom de Rustin' Man, aux côtés de Beth Gibbons ou de James Yorkston (The Year Of The Leopard). Et vous laisse avec trois titres tirés des trois albums cités au début de ce texte...
1. Talk Talk - Eden (extrait de Spirit Of Eden)
2. Talk Talk - Ascension Day (extrait de Laughin Stock)
3. Mark Hollis - A Life (1895-1915) (extrait de Mark Hollis)




























Comme c'est beau! Voilà bien des disques qui ne vieilliront pas. Et même si les deux-trois premiers albums de Talk Talk sont un peu plus datés, il y a de vraies perles dans cette new-wave hautement mélancolique ("Mirror Man", "Dum Dum Girl", "It's You", "April 5th"). La filiation, c'est vrai qu'on ne la voit pas trop dans le post-rock, plutôt dans des groupes comme Clogs, MAN, Labradford ou Rachel's, dans cet entre-deux qui marie la musique de chambre au rock ambient. Mais ce qui fait la différence avec Talk Talk, c'est qu'ils n'ont jamais renoncé au format chanson, aussi étale soit-il. La grande classe...
Rédigé par : Fauve | 12/11/2008 à 09:18
Talk Talk est un groupe inépuisable. Même après de nombreuses écoutes, je découvre encore des choses que je n'avais pas remarquées. Ils font partie de ces artistes, comme David Sylvian, qui ont inventé leur propre langage.
Pour rester dans le chapitre célébration, Bon Iver a également récemment repris "I Believe In You" en live, à écouter ici:
http://ohmpark.com/mp3s/live-show-bon-iver-882008/
Ca nous change du massacre de "It's my Life" par une espèce de Madonna de supermarché...
Rédigé par : Joel | 12/11/2008 à 10:17
j'ai vu le concert de 1987 dont tu parles au sujet du dvd, Christophe; une des plus grandes claques de ma vie!! certaines choses ont daté, mais la voix est incroyable et certaines chansons restent mythiques!
après ça, le mystère toujours renouvelé des trois albums suivants sera encore analysé et décrypté pendant des décennies...merci Mark!
Rédigé par : michael | 12/11/2008 à 13:51
en écoutant ce matin Rooks je me disait bien qu'il y avait du Talk Talk là
en voyant que Shearwater a repris "I believe in you" je comprends mieux
Rédigé par : dragibus | 12/11/2008 à 16:26
Ah comme ça fait du bien de lire quelque chose sur Talk Talk (non réduit à Such a Shame comme tu disais). "Oh tell me if I'm so wrong where does love come from...."
Rédigé par : Ghislaine | 13/11/2008 à 21:32
L'album solo de Mark Hollis est pour moi, tout simplement, le plus beau disque au monde. Ni plus, ni moins.
Rédigé par : Esther | 13/11/2008 à 22:44
Bien sûr, les deux derniers Talk Talk sont évidemment des chef d'oeuvre.
Rédigé par : Esther | 13/11/2008 à 22:47