Dominique A Pas encore mort, ni démissionnaire, le Nantais publie un essai sur son travail, excédant largement le cadre du nombril.
"Andreï Siniavski, un auteur russe, a dit un jour de son compatriote Varlam Chalamov: "Il écrit comme s'il était mort" (il faut être russe pour sortir un truc pareil). En le paraphrasant, on pourrait tout aussi bien dire de certains chanteurs qu'ils chantent ou ont chanté comme s'ils étaient morts, eux aussi. La gloire posthume de certains chanteurs et la perrenité de leur aura ne tiennent-elles pas à ça? N'éprouve-t-on pas de leur vivant cette impression qui se confirmeune fois où ils ont rendu les armes? Nick Drake, Nina Simone, Léo Ferré, Ian Curtis... En les écoutant aujourd'hui, ne doute-t-on pas rien qu'un peu qu'ils aient été un jour vivant? Lorsqu'ils chantaient, ne le faisaient-ils pas comme s'ils n'étaient plus parmi nous, ne nous donnaient-ils pas déjà des nouvelles de l'autre côté?"
Piochée au milieu d'Un bon chanteur mort, ce paragraphe donne son titre au livre, à défaut de lui donner un ton. La postérité n'est qu'une parenthèse parmi de nombreuses autres dans cet essai que le chanteur Dominique A consacre à son art. Invité par les éditions La machine à cailloux à rédiger un texte autour de sa manière d'écrire et de composer, le Nantais brasse large tout au long des 79 pages qui font son livre, donnant à voir de nombreuses portes entrouvertes que l'on ignorait jusqu'ici. Un discours dense, digeste grâce à un style minutieux et rythmé, libéré de tout argumentaire trop ampoulé. Dominique A écrit comme il chante: en des phrases de peu de mots, libérées de l'inutile, préférant les questions en suspension aux vérités martelées.
Empruntant des chemins détournés, Un bon chanteur mort remplit sa mission sur la longueur. Dominique A avoue ainsi sa tendance à l'alexandrin, réfléchit à la musicalité boiteuse de la langue française (condamnée par son déficit d'accentuation naturelle), s'offre une chronologie d'enregistrement du magnétophone à cassettes à l'enregistreur 8 pistes, saisit ses marottes mélodiques, au sein desquelles naît le besoin de remettre l'ouvrage sur le métier, de composer encore, d'avancer. A cette feuille de route attendue s'ajoutent nombre de chemins de traverse. Des éléments biographiques (l'enfant dont la voix fluette atténue la dureté des chansons qu'aiment ses parents lorsqu'il les chante), les rapports étranges entre texte et musique, l'attitude face aux réussites des autres (a) prendre une voie contraire pour ne jamais s'y mesurer b) mettre le genou à terre, reconnaître le choc subit puis se remettre en route pour viser ces mêmes sommets), la scène temple de l'instant et donc ennemie de l'artiste qui a engagé un conflit avec Chronos (""Moi je veux mourir sur scène", chantait Dalida: un comble! On n'y fait que ça, mourir, sur scène...) ou encore son premier concert enfant, Carlos qui quitte la scène un instant pour revenir costumé interpréter Rosalie.
Surtout, Dominique A tord le coup au grand mythe de l'artiste martyr et torturé au moment de la création. "Je ne souffre pas quand j'écris" avoue-t-il ainsi en début d'ouvrage. "Quand j'écris, je ne transpire pas, je garde ça pour la scène, ô combien. Barbara disait que, si au bout de la première chanson sur scène on n'avait pas la chemise trempée, ce n'était pas la peine d'y mettre les pieds. Au bout d'une seule chanson, ça suppose d'avoir une faculté d'élimination des toxines supérieure à la moyenne mais, bon, j'aurai du mal à ne pas souscrire tant la sueur sur scène me dédouane presque à mes yeux de celle qui n'a pas coulé quand j'écrivais." Bel arrangement entre mythe et travail.
PS: Dans la même collection, à noter également Un beau siècle de légendes d'Arman Méliès, plus académique dans son approche du sujet, mais riche également en interrogations bienvenues.


























Ils sont souvent chouettes leur livres de ce genre à La machine à cailloux. Dans la même collection j'ai déjà lu celui de Bertrand Betsch. M'étonne pas que Arman Méliès y figure. De même que Dominique A. Ça semble presque avoir été créé pour Dominique A et ses "descendants" !
Rédigé par : sylvain | 02/10/2008 à 10:16
Dans la même série, j'ai beaucoup aimé le petit texte d'Albin de la Simone, dans lequel on trouve un récit-matrice de son dernier album, plus intéressant que le disque lui-même!
Rédigé par : Fauve | 02/10/2008 à 11:33