Music 2.0 Leur business sera votre business. Leur stratégie sera votre stratégie. Et leur crise sera la vôtre aussi. Amen.
Rassurez-moi, vous aussi, vous êtes passés à côté de la nouvelle sensation musicale française. Parce que moi, je ne sais pas ce que je faisais cet été, mais j'ai manqué Grégoire. Peut-être étais-je encore étourdi du champagne bu avec Christophe ou sous le charme de ma rencontre avec Carla. Peut-être ai-je trop pris l'eau au concert d'Alain ou fait l'erreur de manquer celui de Sébastien. Peut-être. Toujours est-il que j'ai loupé Grégoire et son tube Toi + Moi surgi au début de l'été.
Un petit cours de rattrapage s'impose donc (quant à ceux qui connaitraient déjà Grégoire, pardonnez-moi et sautez au paragraphe suivant). Grégoire est donc le premier artiste à sortir son CD grâce au site MyMajorCompany.com. Mais oui, rappelez-vous, j'en avais déjà parlé ici: une bonne vieille idée américaine reprise en France par le fils de Jean-Jacques Goldman. Une idée en or, sans faire de mauvais jeu de mots, permettant aux artistes de rencontrer leur public et de leur soutirer le pognon nécessaire pour enregistrer un album. Après l'aire du tous chanteurs lancée par les télé-crochets, voici donc celle du tous producteurs. C'est moins sexy, mais faut croire qu'il y en a que ça fait rêver.
Cet automne débarque donc dans les bacs Toi + Moi, premier album de Grégoire. Un disque produit grâce à des investissements sortis des poches de 347 internautes. Je vous entends rire: 347 internautes, même moi j'ai plus d'amis sur Facebook! Oui, mais attendez. Car ces 347 internautes représentent 70 000 euros. On rit moins là. Ce qui signifie, si je sors ma calculette, que chacun de ces producteurs du dimanche a versé 201,729107 euros pour Grégoire. Soit 317,6817 francs par internaute (oui, rappelez-vous, je suis Suisse). Il faut avoir la foi quand même. Et moi qui ai manqué ça!
Ni une, ni deux, j'ai donc foncé sur le site de MyMajorCompany pour écouter cet album, que dis-je, ce disque maudit oublié par l'industrie mais sauvé par 347 valeureux mélomanes, prêt à payer le prix de 15 CDs pour qu'il voie le jour. Croyez-moi ou non, j'ai été déçu. Avec sa voix gentiment rauque entre Stephan Eicher et Raphaël, sa mélodie de ritournelle bâtie sur les trois piliers indéfectibles du genre (piano, guitare acoustique, batterie) et son texte gnangnan (c'est pas moi qui le dit, mais lui-même lorsqu'il s'époumone: "Je sais, c'est vrai, ma chanson est naïve, même un peu bête, mais bien inoffensive"), le single éponyme ressemble à une vieille scie FM en français. Et le reste de l'album est du même tonneau. Ce fan des Beatles et d'Elton John (sic) ose parfois un xylophone pour souligner la mélodie et quelques coups de griffes langagiers ("Je sais on n'ira pas sur Mars, car c'est là qu'habite la garce qui t'a volé ton ancien mec" lâche-t-il revanchard sur Rue des étoiles), mais dans l'ensemble on en reste à une ritournelle gentillette, entendue maintes fois.
Ceci dit, Grégoire n'a pas à rougir face aux ténors du genre, actuels (Calogero, Raphaël) ou passés (Pagny, Bruel). Sauf qu'on en vient à se demander l'intérêt d'un projet comme MyMajorCompany s'il s'agit au final de sortir la même chose que LesMajorCompanies toujours en place. Et là on repense aux chiffres qui précèdent: 347 fans-investisseurs, 70 000 euros de budget. Un peu cher tout ça, non? J'ai beau ne pas être musicien, j'imagine qu'il est facile aujourd'hui d'enregistrer, de produire, de mixer, de masteriser et de presser un album en quantité raisonnable (rappel: 347 fans) pour, allez, disons 20 000 euros. En restent donc 50 000. Pour quoi faire? La petite vidéo proposée sur le site du "label communautaire" apporte un début de réponse. On y voit Grégoire découvrant pour la première fois son album mixé, mais surtout ses managers expliquant leur stratégie, le choix de la tracklist (il faut mettre les chansons tristes à la suite, sinon les gens n'ont pas le temps de chialer) ou encore l'avis de leur responsable marketing. En une formule, MyMajorCompany est une MajorCompany comme une autre.
Artistiquement comme stratégiquement, on assiste ici à un drôle de mimétisme, transposant le modèle des nantis pour tout un chacun. Mais comme le résume le slogan du site, "Music is your business". Un message tellement bien compris par certains que le site a dû imposer un plafond aux donnateurs convaincus. On ne peut ainsi miser plus de 1000 euros sur un même cheval. Car le but de certains de ces nouveaux producteurs ne diffère guère de ceux d'un Pascal Nègre: faire fructifier au mieux son investissement. Pour les 347 actionnaires de Grégoire, les semaines à venir devraient donc être décisives. Marchera, marchera pas? Le suspens est à son comble. La consternation aussi. Tandis que les majors du disque péréclitent année après année, jusqu'à chercher leur salut sur d'autres marchés (T-Shirt, concerts, multimédia), d'autres pensent à cuisiner leur soupe au fric dans la même marmitte. On leur souhaitera juste d'avoir placer quelques économies dans d'autres casseroles. Car quand l'industrie du disque sombrera pour de bon, les investissements mélomanes coulerount aussi, à la manière des fonds Lehman Brothers. Mais comme Michel Sardou, on pourra rester zen et fredonner "Mes premières économies, dans un disque je les ai perdues... en chantant."


























MyMajorCompany et Michel Sardou dans le même papier...
T'as peur de rien toi?
ça pique un peu les yeux, mais c'est bien vu!
Le pire de tout ça, c'est que j'ai rencontré plein de gens pourtant apparemment intelligents qui sont plutôt partant pour ce genre de business, sur le registre "et après tout pourquoi pas?"
C'est peut-être vrai, et après tout, pourquoi pas?
C'est juste que ça coince vraiment et que je ne peux absolument pas croire une seule seconde en ces vieilles combines à deux balles...
Mais Bordel, ça va si mal que ça pour qu'on en arrive là ou bien?
Rédigé par : Bruno | 07/10/2008 à 10:41
oui après tout pourquoi pas
mais effectivement, je viens de l'entendre, ça ne vaut pas 300 balles
Rédigé par : raph | 10/10/2008 à 19:32