Des garçons rangés Se rêvant orfèvres de la six-cordes, les cinq Mogwai deviennent fonctionnaires du post-rock.
Mogwai aurait-il tout dit en cinq ans à peine? Entre 1996 et 2001, pour être exact. Des premiers brûlots qui composeront Young Team et la compilation Ten Rapid, aux dérives electro-sismiques de Rock Action et de certains EPs, en passant par l'épure de Come On Die Young. Après plusieurs écoutes de The Hawk Is Howling, on aurais malheureusement envie de répondre par l'affirmative.
Pourtant, ce sixième album du groupe de Glasgow n'a rien d'honteur. Mais comme sur son prédécesseur Mr Beast ou plus encore la B.O. offert au Zidane de Douglas Gordon, on a l'impression d'écouter en groupe cherchant à renouer avec ses débuts. Des instrumentaux impressionnistes façon C.O.D.Y. aux tentatives electronica genre Rock Action, Mogwai tourne en rond dans son univers, sans surprise ni déplaisir.
Là où le bas blesse, c'est lorsque l'on réalise l'étrange jeu de miroir qui relie Mr Beast et The Hawk Is Howling. Pour peu, on jurerait comme les plumes acerbes de Pitchfork que l'on a à faire à des disques jumeaux, preuve irréfutable du manque d'inspiration de ses géniteurs. Le verdict est exagéré, comme le relève mon voisin de District Kennel. Mais à peine. Au jeu des sept erreurs, difficile en effet de rendre une copie gagnant à l'écoute des triplettes d'ouverture respectives. Auto-Rock et I'm Jim Morisson, I'm Dead (très bon intitulé, au passage) servent d'introductions épiques, le piano cinétique en leader. Glasgow Mega-Snake et Batcat rappellent ensuite que le groupe écossais sait encore marteler sa rage électrique, à grand renfort de lourdes décibels. Enfin, Acid Food et Danphe And The Brain ramènent en terrains connus, ostinati atmosphériques annonciateurs d'un retour à la vitesse de croisière. Ou au pilotage automatique, comme le suggère ce copié-collé plutôt fainéant.


























Ah le vieux débat du regain d'inspiration chez les groupes de plus de 10 ans ... Ou encore, comment leur reprocher d'éternellement bêcher leur près carré. Un groupe possède une identité, un savoir faire, un champ d'investigation, de composition ; banalités que tout cela, certainement. Mais le monde est ainsi fait : les oeuvres passées, celles marquantes des débuts, généralement, seront toujours des points de comparaison impitoyables pour les artistes. Impossible de faire table rase, de faire comme si c'était la première fois. Pourtant, Hawk Is Howling serait salué comme un magnifique et impressionnant premier bébé.
Mogwai n'est pas mon "groupe préféré", mais depuis ses débuts, il m'a procuré des plaisirs intenses et assez inédits. Leur musique est immédiatement reconnaissable et, peut-être, forcément limitée dans ses développements (noisy sans voix, à la fois plombée, exaltée et mélancolique). Alors oui, encore une fois Mogwai fait du ... Mogwai. Et à défaut de surprendre, cela peut encore émouvoir les grands gamins au coeur tendre accro à l'électricité ...
Rédigé par : lunA.Lee | 08/10/2008 à 10:33
Suis-je le seul qui suis un peu largué dans ce débat-là? Pour moi, les choses intéressantes se sont arrêtées à Come On Die Youg, et après, tout ça ne m'a plus tellement passionné. Quand on a pondu un chef d'oeuvre comme "X-Mas steps", difficile d'aller plus loin, en tous cas, je n'ai jamais réussi à m'emballer pour quoi que ce soit du Mogwai postérieur à ce titre hallucinant.
Rédigé par : Fauve | 08/10/2008 à 16:37
Le problème n'est finalement pas que Mogwai fasse du mogwai, mais qu'il fasse du MEDIOCRE Mogwai... Même recette mais mauvais ingrédients...
Rédigé par : lyle | 08/10/2008 à 20:36
@ lunA.Lee:
Si l'album émanait d'un groupe inconnu, je l'aurais sans doute rapidement laissé tombé après une première écoute, le cataloguant dans la catégorie "ersatz de Mogwai".
Plus sérieusement, ce qui me dérange c'est le manque d'émotion qui sort de la chose, son inanité, dont l'introduction quasi-routinière est une preuve patente.
@ Fauve:
Après "Come On Die Young", j'aime quand même bien "Rock Action", qui ose de nouvelles directions et y trouve parfois de belles réussites ("2 Rights Make One Wrong", notamment).
Quant à "X-Mas Steps", elle date d'avant "Come On Die Young", non? C'est la version EP. Et la version album, "Christmas Steps". (Entre les deux, je préfère X-Mas, plus lo-fi dans son son et son interprétation, un brin bancale).
Rédigé par : Christophe | 08/10/2008 à 20:38
Et bien moi je l'aime bien cet album et me réjoui de les voir à Fri-Son car en live c'est la baffe. On reproche à un groupe de ne plus surprendre mais pour moi le plaisir de les retrouver reste intact. A l'inverse des groupes qui changent de style à chaque sortie ne lasseront peut-être pas mais perdront du monde en route
Rédigé par : LeMik | 08/10/2008 à 20:38
@ lyle:
Nous sommes d'accord (nos commentaires se sont croisés).
Rédigé par : Christophe | 08/10/2008 à 20:39
(décidément, nous avons tous les mêmes horaires pour poster)
@ LeMik:
D'accord avec toi, mais Mogwai me semble trahir une trop grande routine parfois. Le groupe est une formidable machine de scène - genre un magicien dont on connaît les effets mais qu'on adore voir et revoir comme un gamin - mais peine à justifier sa réputation sur album.
Dans le genre "fidèle à un style", je préfère Tindersticks, par exemple. Le groupe creuse la même veine depuis quinze ans, quitte à se planter parfois ("Can Our Love") ou se sublimer d'autres ("Curtains"), mais arrive toujours à surprendre, à faire passer quelque chose sur disque.
Rédigé par : Christophe | 08/10/2008 à 20:44
X-mas: Je l'ai écrit comme ça sans y penser, mais c'est vrai que la version du EP est encore mieux... même si, de toute manière, c'est en live, une fois encore, que ce titre terrasse comme aucun autre...
Rédigé par : Fauve | 08/10/2008 à 20:47
Je ne pensais pas déclencher un tel tohubohu avec un simple message de paix et d'amour ! Sans rire, les gars, vous vous emballez ... Mogwai est un excellent groupe de seconde division, sans honte ni génie. Ils ont donné naissance à une formule qu'ils répètent depuis, parfois en faisant un pas de côté, parfois en arrière. Mais leur truc, ce petit rien qui prend en fusion et soulève le plomb, eux seuls savent le combiner. En somme, et j'écris cela sans mépris ni ironie, un chouette groupe ouvrier, voire prolétaire : limité au niveau capital et investissement mais maitrisant (un peu trop mécaniquement et sans plus trop d'imagination, je le conçois) son savoir faire. Calexico et Tindersticks, pour citer 2 combo de la même génération, explorent des territoires plus larges, avec plus de finesse.
Rédigé par : lunA.Lee | 09/10/2008 à 14:46
Là, le truc pour raviver le débat, ça serait de ramener une pincée de Radiohead...
Mais bon, à chaque fois, ça fonctionne tellement bien que c'est même plus marrant...
Rédigé par : Bruno | 09/10/2008 à 16:30