Ceremony 1981 Danse macabre d'un groupe en deuil, cette chanson inaugure une nouvelle ère, pour ne pas dire un nouvel ordre.
Ils sont trois garçons, l'air maladroit sous les spotlights d'un plateau de télévision. Ils portent le deuil sur leurs épaules. Mais ils ont encore des gueules de jeunets. "Here are the young men, a weight on the soulder". C'est comme si Ian Curtis avait écrit pour eux les paroles de Decades. A défaut de décennies, c'en est une, une seule, qu'ils traverseront, changeant la face de la pop sans forcément s'en rendre compte. Comme Joy Division avait changé celle du rock.
Un critique dont le nom m'échappe a écrit un jour qu'avec le 7" Ceremony, New Order signait la meilleure première chanson de l'histoire du rock. Je pourrais bien chercher des exemples pour lui donner tort, j'aime finalement bien cette sentence. Un morceau qui symbolise un début et une fin à la fois. Hérité de Joy Division, Ceremony annonce quelque chose d'autre, conservant la martialité dansante d'une musique, mais la libérant de la profondeur froide d'une voix. Sur cette vidéo d'un premier passage télé, Bernard Sumner semble encore ne pas être sûr. Ne pas savoir quand démarrer, ni comment poser son chant.
La suite de l'histoire tient en un autre 7", une autre chanson. New Order est en studio à Londres, travaille sur son second album, suite à un Movement hanté encore par l'ombre de Joy Division. Entre deux prises, le groupe s'amuse à créer un instrumental qui lui servirait de morceau de rappel, remplaçant leur retour sur scène. La boîte à rythme donne la cadence, mais le synthé de Gillian Gilbert manque son entrée. La compagne du batteur Stephen Morris a rejoint le groupe avec son changement de nom et une simple erreur chamboule tout. Séduit par le décalage entendu, ses comparses construisent une chanson autour du squelette. Le résultat s'intitule Blue Monday et propulse la musique électronique dans un nouvel âge, New Order dans son propre univers. D'un corps amputé, les survivants de Joy Division deviennent une entité à part entière.
Suivra une décennie marquée par des albums et des 7" incontournables. De Power, Lies & Corruption à Technique,Temptation à True Faith, New Order impose un style que d'autres embrasseront à leur suite (The Cure, notamment). Surtout, jamais la mélancolie n'aura été aussi dansante. Les brasiers electro à venir en naîtront, de Happy Mondays biberonnés à l'Haçienda à des Chemical Brothers invitant Sumner a chanté chez eux, d'affreux Killers chippant leur nom au hasard d'un clip (Crystal) à des Hot Chip se demandant constamment comment New Order interpréterait leurs chansons.
Aujourd'hui, le groupe mancunien n'est plus qu'un fantôme, dévoré par des luttes intestines, aux dernières chansons indignes de sa jeunesse. Mais heureusement d'autres ont repris le flambeau. Et pour se remémorer cette décennie glorieuse, on en boudera pas son plaisir en découvrant les cinq superbes rééditions qui font suite à celles de Joy Division l'année dernière, aussi cohérentes dans leur contenu que dans leur habillement, designé une fois encore par Peter Saville.


























Excellent post et chouette survol de la carrière de New Order ! Jene connaissais pas cette formule de ce critique à propos de Ceremony. Mais je me dis la même chose en la ré-écoutant en boucle. Tout était dit sur ce titre et sur cette touchante vidéo.
A+
Rédigé par : Francois | 23/10/2008 à 09:37
J'ai entendu dire que les rééditions avaient été faites avec les pieds, à partir de sources discutables, et que Bernard Sumner tentait en ce moment de tout retirer des magasins pour les mettre au pilon et proposer une meilleure édition. T'as eu vent de ça? Je ne sais pas s'il est bon de recommander l'achat de ces rééditions pour l'instant...
Rédigé par : Fauve | 23/10/2008 à 11:52
@ Fauve:
Tiens, non. Rien entendu. Mais un post sur le site de fans du groupe répertorie les défauts:
http://www.neworderonline.com/Forums/MessageList.aspx?ThreadID=43684
En jetant un coup d'oeil rapide sur la liste, il me semble tout de même que la plupart des remarques tiennent du détail pas forcément audible (du type: "Sudden volume drop in right channel at 2:36").
Ceci dit, pour les avoir écoutés plusieurs fois, je n'ai rien remarqué de catastrophique et ai mis les quelques défauts entendus (son faible, petit bruit de sillon) sur le compte de l'âge des sources.
Pour le reste, je trouve que l'ensemble se tient bien. Le remastering est bon, sans plus (ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose; dans le cas de "Closer" l'année dernière, par exemple, certains amis trouvaient que le remastering faisait perdre de la profondeur au son de l'album). Le choix de titres est cohérent et offre un beau panorama de la décennie (évitant la redite avec "Substance", par exemple).
Quant au packaging, il est parfait, comme à l'habitude quand Saville s'en occupe. Tel ce petit détail: le type carton utilisé pour "Movement" n'est pas le même que pour les quatre autres. Cela a sans doute à voir avec le packaging des vinyls originaux.
Rédigé par : Christophe | 23/10/2008 à 12:11
Très beau papier plein de tendresse, à l'analyse pertinente et érudite, cher Christophe !
Joy Division est née sur les braises encore brûlante du feu punk. New Order lui, est née sur le cadavre encore chaud de Joy Division !
"Blue Monday" est bel et bien le titre fondateur de la techno moderne !
A + !!!!
Rédigé par : Francky 01 | 25/10/2008 à 14:55