Attention, électricité Gare aux tympans, au sens critique et à la commune mesure!
Si comme moi vous lisez encore la presse - celle imprimée sur du papier - vous n'avez pas pu échapper au retour d'AC/DC (pardonnez-moi, ni mon clavier, ni ma table des caractères ne savent faire l'éclair; on se contentera donc d'un slash (et même s'il s'agit de hard-rock, je ne parle pas ici du chevelu à haut-de-forme qui officiait dans Guns n' Roses)). C'est leur premier disque depuis huit ans et même si le combo australien ne vous a pas manqué, impossible d'y échapper donc. L'album s'appelle Black Ice. Et il porte plutôt bien son nom: la pochette est noire et le contenu sent le congélateur.
Mais bon, c'est ça qui est bon chez AC☼DC (un soleil, c'est mieux qu'un éclair, non?), à en croire mes confrères romands. "Les fondamentaux sont solides", se réjouit 24 Heures, entre crise du disque et crise financière. Un groupe "conservateur et puriste", selon Le Temps, qui "séduit néanmoins les nouvelles générations". Normal quand on n'a "pas d'autre objectif que de "descendre" des bières en rigolant et de jouer très fort un blues-rock éléphantesque", comme le note Le Matin. C'est sans doute pour cela qu'il faudra attendre d'être complètement saoul pour crier au génie, comme le suggère La Tribune de Genève, Tandis que Le Matin Bleu pousse un ouf de soulagement, content de constater qu'AC♪DC reste AC♪DC (une petite note pour rappeler qu'on parle ici de musique).
Cependant, malgré ce concert apparent de louanges, mes confrères ne sont pas dupes. Black Ice sent un peu la formule. Mais encore une fois, c'est tellement bon. De quoi oublier la propension du groupe au bégaiement, jusque dans ses titres de chansons (Rock'n'roll Train, She Likes Rock'n'roll, Rock'n'roll Dream, Rockin' All The Way). Car de toute manière, comme l'explique Le Matin Dimanche, chaque album du groupe australien "est une façon de réaffirmer leur domination sur cette planète" - promis, la prochaine fois je voterai Obama - "une piqûre de rappel à l'intention de ceux qui auraient osé contester leur règne" (et comme en huit ans pas mal de choses se sont passées, The Strokes, Arcade Fire, Editors et même Queens Of The Stone Age tremblent, sûrs de prendre une bonne correction).
Mais bon. Je rigole, je rigole, reste qu'AC۩DC (je ne sais pas ce que c'est, mais c'est marrant) est un groupe gigantesque, second meilleur vendeur de tous les temps avec Back In Black (42 millions d'exemplaires écoulés quand même, quelque part entre Thriller et, sans doute, The Dark Side Of The Moon). Ce mythique album du deuil qui vit le groupe devenu orphelin de son chanteur refuser la remise en question ou la mutation (à la manière, par exemple, du Joy Division se transformant en New Order) et engager un chanteur de karaoké à trois poumons, histoire de continuer sur son autoroute hard-rock (la fameuse autoroute vers le fric et le succès, à ne pas confondre avec la Highway To Hell). Chapeau bas.
Un groupe tellement gigantesque donc, qu'il peut se targuer, comme le rappelle Le Temps, de ne jamais avoir publié de best of, de n'octroyer aucun droit sur ses morceaux à d'autres groupes et de ne pas apparaître sur iTunes et autres magasins de téléchargement en ligne. La raison? Protéger le format album bien sûr! Formidable, non? Reste que si tout le monde s'accorde à relever la droiture quasi-incorruptible des papys du hard-rock, tout le monde oublie étrangement la récente annonce d'un Rock Band dédié au groupe (l'un de ces jeux vidéos où l'on peut rejouer sur une guitare en plastique les meilleurs morceaux du Rock'n'Roll of Fame).
Plutôt que les tympans, AC$DC (no comment) abîmerait-il la mémoire et la commune mesure? Possible. Car en deux jours à peine, la presse romande (amis Français ne riez pas trop vite, Philippe Manoeuvre a sûrement une surprise pour vous) a publié pas moins de six articles - et le plus souvent des pleines pages, s'il vous plaît - sur un groupe qui n'en demandait pas tant, tant il semble promis à la première place du hit-parade et tant il a facilement écoulé les 11'000 places disponibles pour son prochain concert suisse. Un groupe, surtout, dont le nouvel album n'a d'intérêt que par l'immobilisme qu'il présente - qu'on le critique ou qu'on le vante - prompt à combler les afficionados et à laisser les autres indifférents. Pas de quoi s'électrifier, ni justifier un choix aussi unilatéral au moment de mettre en avant son disque de la semaine.




























Sachez qu'en France, on ne dit pas "aissidissi" comme ailleurs mais assedess...
Et il n'y a pas longtemps, j'ai encore croisé quelqu'un pour me soutenir que contrairement à ce que certains pensaient, c'était ce que le public scandait sur le live paru en 1978 (Powerage), et certainement pas "Angus"....
Ah la France et le rock, cette vieille histoire d'amour!
Rédigé par : Bruno | 21/10/2008 à 11:24
@ Bruno:
Le titre est un hommage à mes lecteurs français. Pour que le jeu de mots marche, il faut ainsi le lire "acédécé". On me dit merci...
Rédigé par : Christophe | 21/10/2008 à 12:00
Oui, j'ai bien vu...
Mais avoue, assedesse, c'est grande classe non?
Rédigé par : Bruno | 21/10/2008 à 12:03
@ Bruno:
J'aime votre pays. Je vais m'écouter Aston Villa, tiens.
Rédigé par : Christophe | 21/10/2008 à 12:06
et en France, on dit plein de choses sans l'accent qui va bien.
J'vous jure!!! ça ne nous empêche pas d'écouter, d'apprécier, de critiquer (ça non, jamais!), de lire, de s'émouvoir, d'avancer, de se tenir informer, de se cultiver, de se moquer, d'aimer... Parfois, quand on n'est vexé par quelque esprit chagrin qui chipote sur nos lacunes linguistiques, on dit "ta race!". Et là, c'est très bien prononcé.
Rédigé par : foullalla | 21/10/2008 à 22:05
Assez effectivement...
Ils sont partout. Les beaufs et les bobos vont avoir un album à ranger à côté de la compil de Scorpions...
Rédigé par : lyle | 22/10/2008 à 08:54
Allez, j'en remets une couche pour tout le monde...
@ Christophe
Venant de toi, je m'étonne que tu oublies aussi facilement les excellents Silmarils et Eiffel...
@ Lyle
AC/DC et les beaufs, peut-être, mais AC/DC et les "bobos", t'es sûr de ton coup...?
Rédigé par : Bruno | 22/10/2008 à 09:10
pas de best of studio certes mais le live de 1992 avec des blancs entre les morceaux s'il vous plait, fait largement office de best of
Rédigé par : dragibus | 31/10/2008 à 12:39