Quand l'industrie du disque lave plus blanc
Kool & The Blanc A défaut de laver ton âme, le disco lavera ton linge.
C'est presque devenu un marronnier pour journaliste musical: face à la crise, l'industrie du disque cherche de nouvelles solutions histoire de vendre à nouveau. La palette est large. On caresse par exemple internet dans le sens du poil après - ou pendant - l'avoir accusé du désastre: le nouveau R.E.M. s'écoute sur Facebook, le nouveau Portishead sur Last.fm, tandis que certains vont jusqu'à offrir un MP3 ou mieux, à l'image de Mercury Rev qui sort un album et en donne un autre en même temps.
L'initiative est ingénieuse - on ne dira pas bonne quand même - mais peut se révéler à double tranchant. Chaque citoyen du monde connecté s'est ainsi vu offrir deux heures d'écoute du dernier Carla Bruni. Un échantillon gratuit comme un produit d'appel, mais surtout de quoi se faire un avis. Résultat des courses, l'album se traîne au Top 50 et finira son sprint loin, bien loin des vainqueurs de l'année, comme si de rien n'était.
Dans un autre registre, certains poussent à l'extrême la dématérialisation de la musique, transformant l'industrie du disque en industrie du textile ou du badge. Ainsi, si vous connaissiez déjà les vinyls avec code de téléchargement intégré, préparez-vous à découvrir leurs homologues miniatures (les badges) ou carrés (les sacs). Comme chez Of Montreal qui décline son nouvel album en sept formats différents. Libre au fan de s'offrir le CD sans bonus, le vinyl et ses MP3 ou encore une collection de badges, un T-shirt ou même un lampion. Avec à chaque fois un précieux code pour télécharger Skeletal Lamping, si jamais on a encore envie d'écouter de la musique une fois sa cave éclairée (au lampion).
On rigole, on rigole, mais on ne fera pas un procès aux gentils Of Montreal, pénibles sur la longueur d'un disque mais foncièrement sympathiques au demeurant. On restera par contre plus circonspect face à l'annonce passée un brin inaperçue qu'a lâché Universal la semaine dernière. Fort de sa "volonté de développer la distribution de musique de manière originale et novatrice sur un marché qui ne demande qu'à être révolutionné", la multinationale du disque s'offre une union qui ferait pâlir d'envie les fraîchement divorcés Sony et BMG. Universal épouse Bonux, pour le meilleur et surtout le pire. Et le pauvre rejeton s'appelle Kool & The Gang. Traduisez: pour un grand paquet de lessive acheté, vous aurez droit à Still Kool, nouvel album des vétérans du disco. Trois tubes, une douzaine d'inédits pour une édition limitée estampillée "Bonux/Kool & The Gang, le duo qui innove" (remarquez comme le nom de l'artiste vient en second dans le couple).
Ceux qui ont un peu de mémoire se souviennent de la fin des années 80 et des compilations de tubes en mousse - je parle de musique ici et non de lessive - offert dans les supermarchés dès un certain montant d'achat. Foin d'innovation donc. Pourtant, même le manager du groupe y croit, scandant ce slogan à portée d'apophtègme: "Une légende vivante pour une marque légendaire". On a connu meilleur mythe. Mais le choix s'explique quelques lignes plus bas dans le communiqué, par la voix de Noémie Ganem, Chef de Groupes Lessives (je ne connais pas ce groupe notez, mais il a sans doute été découvert sur MySpace): "Un cadeau transgénérationnel et inédit, capable de satisfaire toute la famille. Le groupe Kool & The Gang a été une évidence. Toutes les générations aiment ce groupe." CQFD.
On en reste coi. Tout juste se réjouira-t-on que cette formidable innovation se conjugue sur le mode dé-cryogénisation. Nos groupes préférés - souvent encore valides - échappent à l'effet Bonux. Mais qui sait. Peut-être seront-ils happés par d'autres mariées. Imaginez seulement l'impact qu'auraient eu les petits Français Coming Soon si leur très joli premier album avait été distribué dans les grandes boîtes de Pampers. Avec un peu de chance la révolution folk aurait fait son chemin en France, transformant le pays de Michel Sardou en dernier bastion country d'ici 25 ans. On peut rêver. Et en attendant comprendre Sonic Youth, fuyant Universal au galop pour rejoindre Matador, six mois à peine après avoir casé une compilation entre la crème et le sucre dans les chaînes Starbucks américaines. Le café oui, la poudre blanche non. Le rock'n'roll n'est décidément plus ce qu'il était.














En même temps, dans ce registre, depuis le logo Unknown Pleasure sous les semelles d'immondes godasses de sport, je crois que plus grand chose ne me surprend.
Allons-y, de toute façon, tout le monde s'en fout!
Rédigé par: Bruno | 23/09/2008 at 12:43
Tout le monde s'en fout ! Non, pas tout le monde et heureusement. Les maisons de disques, après des années de remplissage de poches bien juteux, ne savent plus quoi faire face à la révolution numérique et ces diverses conséquences. Heureusement, des petits labels, îlots de résistance, continuent contre vents et marées à signer des artistes ou groupes originaux, créatifs et non formatés. Warp, Rough Trade, Tôt ou Tard, Sub Pop, etc.....longue vie à eux !!!!!!!!
Rédigé par: Francky 01 | 23/09/2008 at 16:19
Non c'est une blague ou quoi ?
Je vérifie : on n'est pas le 1er avril...
Dingue.
Bon et sinon ça veut dire quoi "apophtègme" ?
Merci d'éclairer ma lanterne.
Ah et au fait : bien bel article.
Rédigé par: sylvain | 23/09/2008 at 18:40
@ Bruno:
Nous sommes d'accord, l'initiative n'est guère nouvelle. Cependant, cette news m'a tellement fait rire - ou fait pitié, tout dépend - que je trouvais intéressant de tirer le fil.
@ Francky 01:
Je suis plus partagé sur Tôt ou Tard, question formatage. Niveau nouvelle scène française, je trouve souvent que le label est pris dans un certain formatage genre chanson-bobo. Mais bon, restent Peter Von Poehl ou Mathieu Boogaerts qui me parlent.
@ sylvain:
Le mot apophtègme est sans doute la seule chose que j'ai conservée de mes cours de philosophie au lycée. Le dictionnaire parle d'une "sentence mémorable". Et si mon souvenir est bon, il s'agissait de sentence gravée sur la pierre par les premiers philosophes.
Sinon, merci pour le compliment. J'avoue avoir tenté de faire une chronique à la manière de François Reynaert du Nouvel Obs qui me fait souvent rire et réfléchir. Je n'ai pas eu le temps de lire tes interviews de Manset, mais je vais y jeter un oeil à l'occasion, même si je connais mal le personnage et sa musique, pour tout dire.
Rédigé par: Christophe | 23/09/2008 at 19:19
Surtout, ça les dispense d'investir dans le développement de nouveaux artistes... Kool And The Gang? Bonnard... Quant à la "révolution folk", ben je suis prêt à parier qu'elle va bientôt s'associer à des marques encore plus nazes, parce qu'à force de nous les briser avec leurs guitares mal accordées et leurs voix de travers, ça devient depuis un moment une convention, tout aussi ennuyeuse et assimilée que la pop la plus FM, non? Donc prête pour être vendue dans les paquets de Choco BN, avec l'étiquette "100% sincère" collée dessus...
Rédigé par: Fauve | 24/09/2008 at 12:04
Ou pour être vraiment dans le coup, "100% écologique", vendu dans une boîte de muesli, ou avec une paire de Birkenstock et ses chaussettes en laine qui pique, en précisant qu'on est venu au studio exclusivement en vélo tant notre conscience de la planète est grande...
D'ailleurs, qui se souvient encore que c'était exactement le crédo d'un certain Jay Kay à l'époque de son premier album, "Emergency on Planet Earth"?
C'était même écrit dessus que c'était fait que avec du papier recyclé pour pas trop polluer.
Bon, entre temps, il a juste remarqué qu'il pouvait se faire plus de thunes en faisant des clips avec des poufs en maillot de bain qui se trémoussent à côté de voitures de sports italiennes....
YEAH, la classe man!
Et ben moi, je nous trouve pas mal le Fauve et moi dans le rôle des pisse-vinaigre de service!!!
On pourrait même essayer de vous faire rire en parlant du Géniaaaaaaallll retour de NTM sur scène...
hu hu hu
Bon ok, j'arrête!
Rédigé par: Bruno | 24/09/2008 at 17:15
Y parait que le dernier Metallica est offert pour tout nouvel acheteur d'un fusil de chasse aux États-Unis !
Rédigé par: benoit | 24/09/2008 at 23:13
Si ce que dis Benoit est vrai (je te crois), j'aimais déjà pas trop Metallica mais là, ils ne vont pas remonter dans mon estime ! N'importe quoi, c'est le nouveau concept des maisons de disques. Pitoyable, affligeant, en arriver à ça pour vendre, on est tombé bien bas !
Rédigé par: Francky 01 | 25/09/2008 at 10:35
Il y a dix ans Napster est apparu et depuis son procès, les maisons disques n'ont absolument rien fait. Il a fallu l'apparition de Itunes pour révolutionner la musique on-line. Visiblement, elles sont complètement à côté de la plaque.
Rédigé par: redstain | 25/09/2008 at 15:49