Calexico pluri-directionnel Les regards et les yeux vont dans tous les sens, mais le groupe de Tucson trouve toujours sa cohérence.
Il y a deux ans, Calexico étonnait, déstabilisait même, avec un album plus produit, tournant le dos à la formule Tex-Mex pour explorer des stratosphères plus pop. Garden Ruins divisait, mais le groupe de Tucson prouvait dès la tournée qui suivait qu'il n'était pas prêt à renoncer au Far West.
Aujourd'hui, Carried To Dust offre un éclairage nouveau à ce détour. Revenu à ses premières amours, Calexico évite la redite tout en offrant un écrin sonore plus maîtrisé que jamais à sa musique. Voix, arrangements, rythmiques, tout est lumineux sur un album à la palette infinie, passant de perles tubesques à des marottes mélancoliques, de la sécheresse du désert à la chaleur de l'Amérique du Sud. Deux ans après John Convertino, c'est au tour de Joey Burns de nous ouvrir les portes de la maison Calexico:
Pourquoi avoir choisi d’intitulé ce nouvel album Carried To Dust (littéralement "Porté vers la poussière")?
Principalement parce que c’est un titre ouvert, auquel on peut appliquer de nombreuses interprétations. C’est John Convertino qui l’a trouvé. C’est un grand fan de John Fante, donc ça doit être lié à Demande à la poussière. Lui saurait sans doute vous donner une explication plus poétique.
Sur ce nouvel album, votre voix est plus belle et maîtrisée que jamais. C’est quelque chose que vous avez travaillé ou bien est-ce venu naturellement avec le temps?
J’aimerais bien répondre que c’est à force de travail, mais je mentirais. Il y a bien sûr eu du travail, mais c’était nécessaire, presque essentiel. Et puis à force d’enchaîner les tournées ces dernières années, j’ai acquis de l’expérience et de la confiance. Ensuite, c’est très différent de chanter sur scène ou en studio. En concert, c’est une question de volume et d’énergie. La dynamique est différente. Sur cet album, il y a des orchestrations très douces donc je ne vais pas hurler par-dessus. Et puis j’aime chanter. Quand je découvre d’autres voix ou que j’enregistre avec d’autres chanteurs, j’entends chez eux des choses que j’aimerais pouvoir faire moi-même. Des gens comme Sam Beam d’Iron & Wine, par exemple, qui fait les backing vocals sur House Of Valpareiso.
S'éloigner de là où on vit peut avoir du bon, quand on connaît trop son quartier. Garden Ruins était un voyage sur une autre planète. Et au retour, on est retombé amoureux de notre quartier.
On retrouve également Amparo Sanchez, déjà entendue sur Garden Ruins, pour un duo sur Inspiración. Mais ce n’est pas votre voix qui lui répond, mais celle de Jacob Valenzuela. Pourquoi avoir décidé de ne pas du tout chanter sur ce titre?
Tout d’abord parce que ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Cela faisait longtemps que Jacob voulait composer une chanson et nous étions bien sûr d’accord. Mais il fallait qu’il trouve le bon timing avec le groupe et avec le reste de l’album. Et le résultat est très beau et témoigne d’un travail de longue haleine. Nous l’avons enregistrée plusieurs fois, car je ne voulais pas qu’elle sonne trop lounge, mais plutôt qu’elle ose aller vers quelque chose de plus expérimental. Travailler avec Nick Luca nous a permis d’atteindre ce but. Son approche de la musique latino diffère de la nôtre. Nous avions la chanson, mais il fallait quelqu’un avec la clef pour la débloquer.
Cet album ressemble à un mix idéal entre les différentes directions qu’exploraient vos précédents disques. Vous êtes d’accord avec cette idée?
Vous avez raison, oui. C’est comme une cristallisation de tout ce qui fait Calexico. Le précédent album, Garden Ruins, nous a permis de nous libérer en déménageant sur une autre planète. Car l’éloignement peut avoir du bon quand on connaît trop l’endroit où l’on vit. Quand on y revient, on pose un nouveau regard. On retombe amoureux de son quartier.
C’est pour cette raison que vous reprenez Trigger, un de vos anciens morceaux, sur cet album?
Ce n’est pas vraiment une reprise, ni même une réinterprétation. En fait, cette chanson date de l’époque où nous enregistrions Feast Of Wire. En la jouant, nous nous étions rendu compte qu’elle avait des similitudes avec Trigger. Et nous ne voulions pas retomber dans le même type de morceau. Nous l’avons donc laissé entre parenthèses quelques années avant de nous y attaquer à nouveau et de reconstruire autour de la partie de batterie, mélangeant ainsi deux époques. Mais c’est presque normal pour nous. Notre manière de composer n’emprunte pas qu’une direction. Certaines chansons naissent d’improvisations, d’autres se construisent sur le long terme et d’autres enfin vous prennent par surprise.
Ou encore en reprenant les chansons des autres. Comme Dylan qui rejouait de vieilles chansons, persuadé de pouvoir y trouver quelque chose de nouveau.
Clairement. A nos débuts, au sein de Friends Of Dean Martinez, John et moi faisions de nombreuses reprises. Ce qui nous a permis de découvrir pas mal de choses dans l’écriture. Il était même question à un moment d’enregistrer un album de reprises. Mais soudain, nous nous sommes rendu compte que ce n’est pas ce que nous voulions. Nous nous sommes retrouvés en studio et nous avons composé ensemble pour la première fois. Spoke en est le résultat.
Sur scène par contre vous ne vous privez pas de reprendre les chansons d’autres artistes. Qu'il s'agisse d'une "vraie" reprise comme Alone Again Or de Love ou d'une incise comme avec Crystal Frontier qui peut déboucher sur Ghost Town des Specials ou Guns Of Brixton des Clash. C’est une forme de jeu pour vous?
Il nous est également arrivé de switcher sur Love Will Tear Us Appart. C’est un jeu dans un sens, mais aussi quelque chose de spontané. Crystal Frontier est une chanson importante pour nous qui incarne bien cet état d'esprit. Donc lorsque nous la jouons, nous aimons l’idée de laisser la fin ouverte.
Aux Etats-Unis, nous avons le choix entre cinquante marques de céréales au supermarché et seulement deux partis politique au moment d'élire notre président.
En plus d’être une chanson importante pour vous, Crystal Frontier est votre première chanson à être jouée dans l’espace. Comment avez-vous pris cette histoire?
J’ai souri. Et ensuite j’ai regardé le ciel de l’Arizona, rempli d’étoiles, et je me suis demandé où était la chanson. L’idée est venue d’une élue démocrate au Congrès pour l’Arizona. Elle est nouvelle et elle veut tenter des choses, donc nous avons collaboré.
Vous n’avez jamais caché votre énervement face à la présidence républicaine de George W. Bush. A deux mois des élections, croyez-vous au changement qu'est sensé incarner Barack Obama?
Beaucoup de choses intéressantes se jouent maintenant. Mais personne ne changera drastiquement les choses. Ce qui est important, c’est qu’Obama est réellement inspirant pour les Etats-Unis, tant à l’intérieur du pays que pour notre image à l’étranger. De son côté, McCain a sans doute fait de bonnes choses dans le passé et n’est pas un si mauvais candidat, mais il n’incarne pas l’idée de changement, ne serait-ce que par son âge ou sa position conservatrice. Tandis qu’Obama offre de nouvelles perspectives et ramène à lui de nombreux courants de pensées, sans rester enfermé dans une gauche figée. L’idée que l’on peut travailler ensemble, que l’on soit libéral ou conservateur. Notre pays est tellement grand qu’il nous faut nous réunir autour de plus petit dénominateur commun. Ce ne sera pas facile, bien sûr. Mais dans un pays où on a le choix entre cinquante marques de céréales au supermarché et seulement deux partis politiques au moment d’élire un président, c’est important.
Calexico
Carried To Dust
City Slang/TBA


























Bel entretien.
J'aime beaucoup ce nouveau Calexico, avec certains titres vraiment magnifiques !! Voilà un groupe auquel je ne croyais pu trop et qui remonte sérieusement dans mon estime!
Rédigé par : benoit | 18/09/2008 à 10:49