Tiercé gagnant Mercury Rev, Evelinn Trouble, Jono Mc Cleery: renaissance, confirmation, révélation. Un joli podium pour une édition mitigée.
Moins pluvieux que l'année dernière, la douzième édition du For Noise laisse des souvenirs musicaux aussi mitigés que sa météo. Récit de trois jours entre boue et accalmie.
Jeudi 7 - Le retour en grâce de Mercury Rev
Le beau temps n'aura tenu que quarante minutes après l'ouverture des portes. Le temps pour 20 Box Stories de présenter sa palette power-pop, issue d'un premier album annoncé pour l'automne. Portée par deux batteurs au ballet fascinant, la formule fonctionne, bien que tributaire d'une époque révolue. Entre power-songs directes et passages plus rampants, ce premier concert du All Stars Band local réussit sa mission de lancer le festival.
La pluie enchaîne dès les premiers accords de l'ultime titre. Et faiblit à peine pour la prestation des Islandais Bang Gang. Moins cotonneux que sur album, le groupe de Bardi Johansson convainc à moitié, plus électriques, mais trop répétitifs. Un constat qu'évite un temps le Français Syd Matters, offrant une prestation dans la droite lignée de son récent Ghost Days. Atmosphérique, gentiment psychédélique, sa folk-pop est maîtrisée, séduit un moment puis donne le sentiment de tourner en rond à mesure que le concert se délite. Comme au fil des écoutes sur disque, on se dit qu'il manque encore un petit quelque chose à Syd Matters pour s'imposer totalement.
Après ce début réussit, mais sans éclat, l'occasion est belle pour Mercury Rev de marquer la soirée de sa classe. Absent depuis un Secret Migration plombé par excès de grandiloquence, le groupe américain renaît littéralement, plus musclé et efficace. Les titres de Snowflake Midnight (annoncé pour fin septembre) rappellent la face rock du groupe, tandis que les ballades plus calmes dessinent un panorama au psychédélisme fréquentable (mention à Holes, plus bouleversant que jamais). Revenus de ses délires meringués, Mercury Rev convainc enfin.
Vendredi 8 - Les nouvelles promesses d'Evelinn Trouble
19h. Il pleut. J'attends le bus au sortir du bureau. Puis renonce à le prendre. Enfin pas tout de suite. Pas de Sébastien Tellier, donc. Je vivrai très bien sans. Je débarque donc à 21h au For Noise. Juste à temps pour Zoot Woman. J'aurais mieux fait de rester chez moi deux heures de plus. Le groupe de Jacques Lu Cont évoque en effet un mauvais ersatz de Talk Talk, première période. Un de ces groupes apparus au milieu des années 80, dans le sillage des ténors de la New Wave, sans le talent ni la possibilité de se dépasser. Une formule similaire, l'originalité et la fulgurance en moins. La plupart ont été oubliés par l'histoire du rock. C'est ce qu'on souhaite à Zoot Woman.
Pas oublié par l'histoire, Anti Pop Consortium s'offre lui une troisième date romande pour l'année de son retour. Entre bidouillages et flow tourbillonnant, le crew US assure le spectacle, malgré une économie de moyens clairement affichée. En cercle autour de leurs machines, dos au public, les ingénieurs hip-hop ravivent la flamme mais pâtissent d'un son de piètre qualité, dont on ne sait dire s'il est l'oeuvre du festival ou de quelques mauvais branchements. Dommage.
Le son joue aussi des tours à la Zurichoise Evelinn Trouble, trop bas, comme les lumières qui ont une fâcheuse tendance à se rallumer dans la salle de l'Abraxas. Malgré cela, la protégée de Sophie Hunger s'affirme un peu plus encore tout au long d'un set ascensionnel. Débuté en solo, le concert décolle dès The Third Change Back, lorsque son groupe la rejoint. Fort d'un nouveau guitariste armé d'un e-bow, Evelinn Trouble emmène son cocktail rock vers des sommets architecturaux, aux structures rappelant parfois certains titres de Radiohead. La petite Zurichoise a encore gagné en maturité et confirme tout le bien né à l'écoute de son premier album.
Ayant moins bu et fumé que durant d'autres festivals - je suis à l'écoute de mes lecteurs - la prestation de Birdy Nam Nam aura valeur d'anecdote. Light show fracassant, electro euphorisante, mais pas de clubbing quand on est trop sobre. Le show est pourtant au rendez-vous, efficace et millimétré, malgré une fâcheuse tendance à se la jouer crew hip-hop (35 x "Faites un putain de bruit pour Birdy Nam Nam!", 18 x "Spéciale dédicace à...", etc.).
Samedi 9 - Le charme sans artifice de Jono Mc Cleery
18h. Rebelote pour l'ouverture des portes. Sur la scène, The Mondrians. Un groupe romand qui fait ses gammes à Paris et rêve du Londres des Mods. Le résultat est un étrange alliage de mélodies vintage, d'attitude poseuse et de limites criantes: le groupe est maître de son style, mais on n'en saisit guère l'intérêt. Ce genre de revival en est à son énième chapitre et on est déjà passé à autre chose. Les Français Hushpuppies n'arrange pas ce tableau. Poseurs, vintage, limités. Malgré un registre qui chasse sur un territoire passéiste plus large, on s'ennuie sec si on cherche du neuf. Ou de l'authentique.
Pas forcément novateur, l'Anglais Jono Mc Cleery a de l'authenticité à revendre. Biberonné aux concerts en pubs, il parvient à gagner l'attention de l'Abraxas en deux chansons à peine, sa voix et sa guitare acoustique comme seules armes. Une moitié de la salle s'assied en tailleur, l'autre reste debout. Partout, un même silence, accroché à des chansons qui évoquent le meilleur du folk britannique, de Nick Drake à John Martyn. Et quand McCleery s'offre une reprise de Jeff Buckley - Morning Theft, petite perle sauvée du fourre-tout Sketches For My Sweetheart The Drunk - il dévoile un voisinage insoupçonné, dont la voix est une preuve éclatante. Instrumentations dépouillées mais hantées, voix élastique mais économe, chansons simples mais tortueuses, Jono McCleery s'impose en une heure à peine comme la révélation de ce For Noise et peut-être même son meilleur concert.
La barre est placée haut au moment de rejoindre la scène principale où joue M83. Trop haut sans doute. Jouant la carte du revival eighties, le groupe français retrouve un peu de sa grandiloquence sur scène, mais manque cruellement de chansons. Pour peu, on croirait une longue intro de concert pour dinosaures New Wave et on espère voir apparaître Robert Smith ou Dave Gahan. Mais non. Tout juste se dit-on que le show est plus à la hauteur que le récent Saturdays = Youth. C'est déjà ça.
Clou de la soirée - voire de l'édition - Tricky fait son apparition sur le coup de 23h. Abdos et bande du caleçon en avant, le rejeton terrible de Bristol la joue rock, plus malsain que bodybuildé, moins grand-guignol qu'à l'époque de Vulnerable. Le show suinte la violence ou la douleur, mais retombe vite dans des travers déjà entendus. Tricky rêve de soul électrique mais sonne trop souvent comme une réminiscence de Senser ou d'autres combos fusionnant metal et hip-hop. Le concert se traîne, ne décolle plus et s'arrête soudain. Moins d'une heure au compteur. Moins que Pete Doherty à Montreux. Le seul point à la hauteur d'une réputation de rebelle.
A Adam Kesher de sauver la soirée. On y croit peu. Mais on y croit. Et on déchante dès les premiers titres, dont le pompiérisme au ralenti rappelle un U2 boursoufflé dès ses premières années. Aïe. Il est temps de prendre une dernière bière. De repenser à Jono Mc Cleery, à Evelinn Trouble ou à Mercury Rev. Et de se dire que cette cuvée 2008 restera musicalement mitigée, coupable de trop de vieilles gloires ou d'oeillettes au rétroviseur, mais qu'elle aura tout de même réservé quelques jolies surprises.
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