Frank Black 1996 L'auteur de "Motorcycle To Roswell" ne pouvait qu'être fan de "X-Files". Et prêtera même son nom au héros de la série suivante de Chris Carter, "Millenium".
C'est marrant, mais d'avoir été en Finlande assister au championnat du monde d'Air Guitar m'a rendu attentif à mon propre airness. Quand je marche dans la rue par exemple, avec mon iPod dans les oreilles, mes doigts grattent des cordes imaginaires. Et chez moi, quand je déambule dans mon salon, je me laisse parfois aller à singer le Slash de mes souvenirs d'ado, me cambrant inconsciemment.
Une interrogation menant à une autre, je me suis ensuite demandé quel morceau je jouerait sur scène, si je me laissais tenter par l'Air Guitar un jour. Sans doute influencé par un candidat qui me parlait de son morceau idéal et de son découpage idéal en trois parties, j'ai pensé soudain à une chanson de Frank Black que je n'avais plus écouté depuis des années. Un truc que le vénérable Bibendum avait enregistré pour la série X-Files. Pour une compilation dédiée à la série, plus précisément, Songs In The Key Of X: Music From And Inspired By The X-Files.
La chanson en question s'appelle Man Of Steel et doit sûrement parler de Superman ou d'un héros du genre. Elle commence par une guitare au blues électrique et poussiéreux, avant d'introduire son thème plus pop et mélodique, puis de conclure sur une sonnerie dont la stridence s'étiole dans les étoiles. Après, la chanson démarre vraiment. Et c'est une sacrée chanson! Du moins une de celles que je préfère dans la carrière solo du Black, à ranger aux côtés de Headache, Two Spaces et Threshold Apprehension dans ma galerie personnelle.
Et pour ceux qui possèderaient cette compilation Songs In The Key Of X, une petite surprise vous attend si vous décider de remonter le temps. Le livret souligne que Nick Cave et Dirty Three veulent faire remarquer aux auditeurs que 0 est un nombre également. Et donc, si l'on remonte avant la piste 1, on peut découvrir un titre en duo des Australiens, ainsi qu'un réinterprétation de l'indécrottable générique de X-Files signée Dirty Three.
Hot Lizz Hulahan L'ancien guitariste de San Fransisco est le nouveau roi de l'Air Guitar.
Rarement reportage m'aura paru si saugrenu. Parcourir 2500 kilomètres pour gagner la petite ville d'Oulu, dans le Nord de la Finlande. Et tout cela pour voir des mecs brasser de l'air. Si c'est pas du air journalisme ça!
Finalement, non. En découvrant l'univers des championnats du monde d'Air Guitar, je me suis retrouvé forcé à m'interroger sur ce phénomène, pas plus con que le Nordic Walking. Une sorte de donquichottisme appliqué au rock, où les moulins seraient des hommes. En un sens, la posture sonne comme une réponse post-moderne au règne des télé-crochets: quand Star Academy ou La nouvelle star tente de masquer leur fausseté derrière une sincérité feinte, les adeptes de l'Air Guitar joue la facticité à l'extrême pour en tirer une authenticité aussi poétique que ridicule.
Moins couillons qu'attendus au moment de s'emparer de la scène, les vingt candidats présents dressent un portrait fidèle d'un don Quichotte rock'n'roll, sur le fil entre folie douce et connerie risible. Le champion du monde 2006 et 2007 ne s'intéresse pas à la guitare, utilise celle qu'il a gagné comme plateau à sushi. Le champion grec la joue terroriste kamikaze, s'entourant d'une ceinture abdominale où des CDs du Velvet et de Captain Beefheart remplacent la dynamite, histoire de dénoncer les risques zéro pris artistiquement par les majors aujourd'hui. Une jurée termine même une thèse consacrée à l'Air Guitar pour l'Université de Leeds, défendant l'idée que la joute est un art, inspiré par le mime ou la danse, tout en reconnaissant que tous les air guitaristes ne sont pas des artistes.
Quant au nouveau champion du monde, il est plus discret et posé, ancien guitariste, producteur, devenu air guitariste un peu par hasard et modèle pour le jeu vidéo Rock Band. Interview:
Tu peux te présenter?
Je m'appelle Craig Billmeier, mais mon nom de scène est Hot Lizz Hulahan. J'ai 34 ans, je travaille dans un studio d'enregistrmenet et je viens de San Francisco.
Une ville plutôt connue pour sa scène rock...
Tu fais référence à la chanson? Beurk.
Quelle chanson?
Oui, tu sais (il fredonne en grimaçant), We built this city, na na na nana, We built this city... Starship. La pire chanson de tous les temps.
Je pensais plutôt à la scène rock actuelle. Tu es musicien toi?
J'ai joué de la guitare dans des groupes. Et beaucoup de gens m'ont dit que mon style ressemblait à de l'Air Guitar. De fil en aiguille j'ai tenté ma chance dans un concours à San Francisco. Et c'était parti...
Comment choisis-tu les chansons que tu "interprète"?
Je cherche quelque chose de sexuellement rock (rires). Plus sérieusement, j'aime bien l'idée d'un morceau en trois actes. Un début puissant, quelque chose de dynamique au milieu et une montée énergique à la fin. Par exemple, un truc comme Heartbreaker de Pat Benatar, qu'on écoute en conduisant.
Tu portes un T-shirt Depeche Mode. Tu pourrais faire un de leur morceau en Air Guitar?
Peut-être... Car contrairement aux idées reçues, tout le monde ne joue pas forcément du hard rock. Le champion 2003, The Destroyer, avait par exemple gagné en reprenant un morceau de Daft Punk dans lequel il n'y avait même pas de guitare. L'Air Guitar offre de nombreuses interprétations.
Et toi, quelle en est ton interprétation?
Un mariage parfait entre rock, sport et amour de la musique.
Tu te considères plutôt comme un artiste ou un athlète?
En tout cas pas un athlète. Ni un artiste. J'ai trop de considérations pour les véritables artistes. On dira donc un performer. Ou une sorte de Goofy (rires).
Tu crois que l'Air Guitar joue un rôle dans la scène musicale actuelle?
J'ai fait partie de nombreux groupes, écrit plusieurs chansons, mais à chaque fois le but principal était de les jouer sur scènes. Quand tu trouves un riff qui fonctionne, tu deviens fou en montant sur scène. Dans un sens, l'Air Guitar est un moyen de se procurer ce sentiment. Et puis on l'a tous fait une fois, non? Devant son miroir, dans sa chambre.
Y a-t-il une différence dans ta préparation entre jouer devant ton miroir ou sur scène?
L'état d'esprit n'est pas le même. Quand je participe à une compétition, je rencontre des gens, des liens se créent, l'atmosphère est particulière. Par contre, ma préparation n'est pas très différente.
Gagner un titre de champion des Etats-Unis ou de champion du monde change-t-il quelque chose dans la vie d'un air guitariste?
Pas vraiment. Même si la seule chose plus ridicule que de gagner un titre de champion d'Air Guitar est sans doute la célébrité qui en découle. Au Etats-Unis j'ai été interviewé par des journaux, des radios ou encore Mtv. J'ai même participé à la conception des jeux vidéo Rock Band, pour les mouvements des personnages. Par contre, ça ne me permettrait pas de vivre. Je suis un peu comme ces athlètes qui participent aux Jeux Olympiques mais ne gagnent pas leur vie grâce au sport.
Les deux manches qui ont permis à l'Américain de s'imposer
De la gloire à la renaissance Reinhard Kleist raconte en BD la trajectoire de Johnny Cash, avec le concert de Folsom en pivot omniprésent.
Cinq ans après sa mort, Johnny Cash collectionne les hommages, jusqu'à prétendre au statut de légende. C'est mérité. Mais parfois énervant. Comme me le disait un jour un ami, ça la fout mal de voir certains se vanter d'être "fans" du Man in Black. N'y voyez pas ici de mépris ou autre, mais plutôt un agacement légitime à découvrir des pseudo-exégètes, nouveaux venus au culte du Cash mais prompts déjà à s'emparer du bâton de maître de cérémonie, à se donner l'air en une phrase-slogan de connaître le personnage sur le bout des doigts.
Ceci dit, ce culte nouveau - en Europe du moins - n'a de loin pas que de mauvais côtés. Ainsi, après une adaptation cinématographique (Walk The Line, biopic classique mais tout à fait regardable), voici venu le Cash en bande-dessinée. Intitulé Johnny Cash - I See A Darkness (foutue traduction française qui lui préfère Johnny Cash - Une vie (1932-2003)!), l'ouvrage est signé de l'Allemand Reinhard Kleist, peu connu par ici, mais déjà auteur d'un projet similaire autour d'Elvis Presley.
Dans un noir et blanc aux dégradés multiples, Kleist dessine le Man in Black en des plans où la lumière est reine ou tamisée, tandis que l'ombre dévore la case. Le trait est fort, le style réaliste, les scènes se délitent en zoom ou panoramiques. Quant à l'histoire, elle mêle chronologie biographique et mise en images de chansons emblématiques (Folsom Prison Blues ou A Boy Named Sue, notamment), le tout au rythme d'un fil déroulé par Glen Sherley, taulard de Folsom aux talents de songwriter, dont la route croise celle de Cash.
Troquant les paillettes hollywoodiennes contre les recoins sombres du
roman graphique, Reinhard Kleist dresse un portrait cru et poétique à
la fois de Johnny Cash, évitant les pièges du mélo comme ceux de
l'hagiographie. Le voile se lève un peu. Un peu seulement. Les ténèbres
rongent ce que l'on entrevoit, s'estompent parfois, à l'image de la
chanson de Bonnie 'Prince' Billy qui donne sont titre à l'ouvrage, la
préférée de Kleist, confie-t-il.
De quoi s'offrir un petit juke-box du Cash des dernières années, celui qui boucle la narration dans le livre. Le Cash d'American Records, de Rick Rubin, découvrant Hurt de Nine Inch Nails et regrettant de ne pas avoir écrit ces paroles. Le Cash de mes premières écoutes, sur le tard, à la sortie d'American IV. Ce Cash-là, nu, spectral, chapitre parmi tant d'autres d'un personnage dont on n'aura jamais fait le tour.
1. I See A Darkness (extrait de American III)
2. Hurt (extrait de American IV) 3. One (extrait de American III)
La bête gronde encore Mais les esprits chagrins n'y entendront rien. Le Mogwai nouveau arrive bientôt et c'est de ses deux oreilles qu'il faudra user.
Le bon côté du métier, c'est qu'on n'a pas forcément à courir le net pour trouver de la primeur. Parfois, rester le cul sur sa chaise suffit. Ainsi, The Hawk Is Howling, nouvelle livraison des Ecossais Mogwai, est arrivé bien tranquillement dans ma boîte aux lettres, un mois avant sa sortie, trois heures avant que je parte pour la Finlande (je vous raconterai ça jeudi).
Donc que vaut-il ce Mogwai nouveau? N'en déplaise à ceux qui crachent déjà sur le EP Batcat - et son titre avec Roky "13th Floor Elevator" Erickson - The Hawk Is Howling est loin d'être décevant. J'oserai même avancer qu'il est peut-être le meilleur album du groupe depuis un moment (si on excepte la B.O. composée pour Zidane). Du Mogwai sans fioritures, sans bidouillages trop inutiles, ni démonstrations futiles. Alors bien sûr, The Sun Smells Too Loud est tout sauf réjouissant. Dans le genre, on pouvait difficilement choisir plus mauvais extrait. Car si la boîte à rythmes y patauge tandis que la guitare balbutie ses gammes, les autres titres se perdent nettement moins. Pour peu, Mogwai retrouverait presque la noirceur abrasive de Come On Die Young, grâce à des titres longs en bouche, aux dénivelés subtils et aux crescendi qui se font désirer. Guitares et section rythmique au naturel portent des instrumentaux qui inventent peu mais qui parfont bien. Après, les mois ou les années me diront si j'ai pris une vessie pour une lanterne.
Reste que la rage primitive de Batcat ne fait pas tâche dans les paysages que dessine The Hawk Is Howling. Lourd, entêtant, régressif même, ce morceau sonne comme le jumeau un peu obèse du Glasgow Mega Snake de Mr Beast. Ou comme l'enfant difforme de My Father My King et de We're No Here. C'est gras, ça suinte, mais qu'est-ce que ça fait du bien parfois!
Catch me if you can Aussi intenable en photo qu'en chanson, le duo de San Francisco se fait un malin plaisir à courir en tous sens mélodiques.
Il suffit parfois d'une chanson pour oublier. Oublier par exemple un article trop dégoulinant, annonçant le tombeur d'Arcade Fire, MGMT et Animal Collective réunis. Face à un tel boniment, difficile de ne pas éclater de rire et de passer à autre chose. Mais comme je ne suis pas de mauvaise foi, j'y jette une oreille rapide, par curiosité. Et paf!
Jodi, donc, chanson signée par le duo américain Dodos. Un peu plus de six minutes au compteur et des directions multiples. La guitare acoustique en pastorale, des arpèges enfantins, une rythmique déglinguée, presque tribale, une friction, une tension, un blues maladroit, un chant au souffle bancal, presque naïf. Et au milieu de cet édifice brinquebalant, un refrain à l'évidence mélodique incroyable. En deux minutes, Dodos a inventé la pop sismique. Le reste n'est qu'une broderie impressionniste autour de ce module source de motifs infinis.
Tout ça ne fait pas forcément un album. Et pourtant, le groupe de San Francisco parvient à maintenir - ou à brouiller - le cap tout au long d'un Visiter bricolé, bordélique, mais riches en petits sommets accidentés. On pense un peu à Animal Collective. Pas vraiment à MGMT ou à Arcade Fire. Dodos n'aime ni les envolées lyriques, ni les productions fascinantes. Son blues hypnotique aux accents pop préfère le charme des comptines marabout-de-ficelle, ouvrant sans fin des parenthèses à calembours sans juger utile de les refermer. Et c'est tant mieux. C'est ce qui fait les disques accroche-coeur, même s'ils ne durent qu'une saison.
Arman Méliès En reprenant Lio, le chanteur français joue gros. Mais remporte la mise avec son "Casino".
Arman Méliès, c'est un nom apparu au détour d'une interview avec Dominique A. C'est ensuite un album, Les tortures volontaires, intrigant et bricolé, étrange et hors du temps, qui n'a pas connu le succès qu'il méritait. Un univers, piochant aussi bien dans l'écriture anglo-saxonne que dans une chanson volontairement désuète.
Cette année, Arman Méliès sort Casino. Un album qui a peiné à gagner la Suisse. Mais la roue tourne. Le voici dans nos bacs, le voilà annoncé sur nos scènes (aux Docks à Lausanne, le 13 novembre, en compagnie de... Julien Doré). Plus abouti, plus cotonneux également, Casino dévoile un Melies plus mature qu'auparavant, maître d'arrangements délicats, jamais trop ostentatoires, mais aussi décomplexé face à son attirance pour des sonorités synthétiques forcément datées, inventant un pont entre le Forest de The Cure et Les mots bleus de Christophe.
Jusqu'à s'emparer d'une bluette de Lio pour en tirer un spleen pince-sans-rire. "En fait, c'est le texte qui m'a donné envie de reprendre cette chanson", explique-t-il au téléphone, "j'avais l'impression qu'il était passé inaperçu dans la version de Lio." Et si la chanson n'était à l'origine pas prévue pour son album Casino, le résultat final a convaincu Arman Méliès de l'y intégrer. Bonne idée, tant ce tube oublié aujourd'hui revisiter fait figure d'ambassadeur de luxe pour un disque abouti et maîtrisé, parmi les meilleurs que la scène française nous aura offert ces dernières années.
Quand le sage montre le disque Le fou regarde le sillon. Dommage, parce que c'est cette piste-là qu'il aurait dû écouter...
Il y a ces disques qu'on aime, qu'on veut faire partager à d'autres. Il y a ces disques aussi, qu'on aime pas forcément tant que ça, mais où une chanson, une seule. Et ces autres disques qu'on adore, qu'on ne saisit pas pourquoi tout le monde ne voit pas ce qui nous paraît comme le nez au milieu de la figure.
Pour toute ses raisons, on a inventé "la chanson qu'il faut écouter d'abord". Ce Cheval de Troie. Cet agape. Cette étoile filante parfois. Le titre qui dit tout, qui fait tout. Celui qui vaut mieux que de longs discours. Qui cachent parfois la banalité d'un album, mais dévoile le talent d'un groupe. Pour tous ces "qu'il faut écouter d'abord", en voici trois, tirés de disques dont je n'avais pas encore parlé ici, faute de mots pour le dire. La miniature orchestrale avec fanfare de Willard Grant Conspiracy, le Sinatra en bossa hantée de Woven Hand, le duo au respirateur artificiel de Spiritualized.
1. Willard Grant Conspiracy - Painter Blue (septième piste de Pilgrim Road) 2. Woven Hand - Quiet Nights Of Quiet Stars (septième piste de Ten Stones) 3. Spiritulized - Death Take You Fiddle (troisième piste de Songs in A&E)
The Fidelity Wars Une drôle de madeleine perdue dans la boîte à biscuits de la pop britonne de la fin des années 90.
Bien avant Sigur Rós on courait nu dans les clips. Et même à la télé. Du moins si l'on était vêtu. Vous allez me dire que ce que je raconte là est paradoxal. Vous avez tort. Vous ne me croyez toujours pas? Je vous laisse vous en rendre compte en visionnant la vidéo qui ponctue ce texte.
Mais avant ça, quelques mots sur Hefner. En cinq ans, j'ai dû voir ce nom deux fois. La première lors de mon déménagement ce printemps. En triant les cartons, voilà que je suis retombé sur l'album The Fidelity Wars, paru en 1999 chez Too Pure. Un bon disque un brin foutraque avec quelques putains de chansons. Comme ces deux hymnes qu'on n'oserait plus chanter aujourd'hui (The Hymn For The Cigarettes, The Hymn For The Alcohol) ou le superbe Weight Of The Stars et son décollage bricolo-paillard.
La seconde fois que j'ai vu ce nom, c'était la semaine dernière, en passant sur le site de La Blogothèque. J'y apprenais que ce même Fidelity Wars fait l'objet d'une réédition cette année, agrémentée d'une trentaine de titres supplémentaires. Intéressant. Surtout, j'y retrouvais LA chanson qui m'avait fait acheté le disque à l'époque, dans une version alternative. I Took Her Love For Granted, sa basse minimaliste mais accrocheuse et sa voix au trémolo imparfait. Normal puisque qu'on parle ici de mauvais choix amoureux, d'adultère préventif (l'article de La Blogothèque vous le racontera mieux que moi). Surtout, cette chanson a réveillé chez moi le souvenir de sa vidéo qui avait à elle seule terminé de me convaincre d'acheter ce disque. Ou comment faire entrer la nudité dans le petit écran cachée dans un cheval de Troie en mousse. Regardez et vous comprendrez.
Seul aux commandes Jonathan Meiburg parti, Will Sheff est désormais seul leader d'Okkervil River. Et s'en sort mieux que bien.
En découvrant la nouvelle photo qui ouvre le site d'Okkervil River, on voit que quelque chose à changer. Ils ne sont plus que cinq, le chanteur Will Sheff au premier plan. Parti Jonathan Meiburg, l'alter-ego de toujours. Le divorce fut équitable. Sheff conserve Okkervil River, tandis que Meiburg prend la garde de Shearwater, l'autre groupe qu'ils avaient créé ensemble.
Mais ce n'est pas la seule chose qui a changé. Derrière la photo, la musique d'Okkervil River a quelque peu mué. Dans une interview donnée l'année dernière pour la sortie de The Stage Names, Will Sheff avouait s'être bridé au moment de composer la tracklist finale de l'album. Avoir laissé de côté quelques chansons pour offrir un disque plus concis, plus cohérent, plus digeste peut-être. Le pari était réussi. Et dévoile son second effet aujourd'hui.
Avec The Stand Ins, Okkervil River reprend les choses là où The Stage Names les avait laissées, un an à peine après ce petit bijou folk-rock. Le souffle est le même, porté par des arrangements variés - cuivres mariachis, percussions de bastringue, cordes contenues, synthés légers - et un art fascinant de storyteller, quelque part entre Dylan (le débit de Singer Songwriter) et le Springsteen des meilleurs moments. Même Jonathan Meiburg donne encore de la voix et de la guitare sur certains titres. Et c'est peut-être là la plus belle surprise de ce disque. Malgré ses faux airs de compilation de luxe, The Stand Ins conserve une réelle cohérence, notamment grâce aux instrumentaux successifs qui rythment son déroulés.
Les divorces ont parfois du bon. Tandis que Shearwater a définitivement pris son envol avec un aérien Rook, Okkervil River maintient le cap, roi d'un lyrisme terreux qui réconcilie à la perfection pop, rock et country. Jusqu'à offrir un Lost Coastlines à l'efficacité et à la classe aussi éclatantes que son Our Life Is Not A Movie Or Maybe de 2007.
Isaac Hayes Véritable légende de la soul, le compositeur de "Shaft" a marqué chacune des décennies qu'il a traversé.
Quand un musicien meurt, on a coutume de dire que ses chansons lui survivront. C'est joli. Mais pas toujours vrai (heureusement parfois, remarquez). Avec la disparition d'Isaac Hayes, décédé le week-end dernier à l'âge de 65 ans, l'adage prend tout son sens. De son vivant déjà, sa musique a nourri nombre d'artistes. Sa mort ne devrait pas inverser la tendance.
Précurseur du disco et du hip-hop pour beaucoup, le chanteur à la voix grave aura laissé un matériau précieux aux multiples artificiers d'un groove urbain. Du hip-hop aux musiques électroniques, ses samples traversent les trois dernières décennies musicales, tandis que sa voix a séduit un public nouveau dans les années 90 grâce au personnage du Chef dans South Park. Public Enemy, le Wu-Tang Clan, Snoop Dog, LL Coold J, Tupac, Jay Z, MF Doom, Pete Rock et bien d'autres encore ont puisé dans la discothèque du père Hayes pour y trouver quelques inflexions à leur musique.
Ajoutons à ce Panthéon rap deux pointures du trip-hop britanniques. Portishead et Tricky ont tous deux samplé Isaac Hayes sur leur premier album. Le même morceau, à la même période ou presque. Portishead en 1994 sur Dummy, Tricky sur Maxinquaye en 1995. L'histoire dit que tous deux étaient en studio à la même période et ne savaient rien du projet de l'autre. Le résultat est étonnant. En empruntant à Ike's Rap II sa basse vénéneuse et ses cordes hantées, Portishead façonne un bijou de soul grisâtre (Glory Box), tandis que Tricky suinte un spleen abrasif (Hell Is Round The Corner). Deux titres meilleurs qu'une longue bafouille en hommage à Isaac Hays.
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