De la gloire à la renaissance Reinhard Kleist raconte en BD la trajectoire de Johnny Cash, avec le concert de Folsom en pivot omniprésent.
Cinq ans après sa mort, Johnny Cash collectionne les hommages, jusqu'à prétendre au statut de légende. C'est mérité. Mais parfois énervant. Comme me le disait un jour un ami, ça la fout mal de voir certains se vanter d'être "fans" du Man in Black. N'y voyez pas ici de mépris ou autre, mais plutôt un agacement légitime à découvrir des pseudo-exégètes, nouveaux venus au culte du Cash mais prompts déjà à s'emparer du bâton de maître de cérémonie, à se donner l'air en une phrase-slogan de connaître le personnage sur le bout des doigts.
Ceci dit, ce culte nouveau - en Europe du moins - n'a de loin pas que de mauvais côtés. Ainsi, après une adaptation cinématographique (Walk The Line, biopic classique mais tout à fait regardable), voici venu le Cash en bande-dessinée. Intitulé Johnny Cash - I See A Darkness (foutue traduction française qui lui préfère Johnny Cash - Une vie (1932-2003)!), l'ouvrage est signé de l'Allemand Reinhard Kleist, peu connu par ici, mais déjà auteur d'un projet similaire autour d'Elvis Presley.
Dans un noir et blanc aux dégradés multiples, Kleist dessine le Man in Black en des plans où la lumière est reine ou tamisée, tandis que l'ombre dévore la case. Le trait est fort, le style réaliste, les scènes se délitent en zoom ou panoramiques. Quant à l'histoire, elle mêle chronologie biographique et mise en images de chansons emblématiques (Folsom Prison Blues ou A Boy Named Sue, notamment), le tout au rythme d'un fil déroulé par Glen Sherley, taulard de Folsom aux talents de songwriter, dont la route croise celle de Cash.
Troquant les paillettes hollywoodiennes contre les recoins sombres du roman graphique, Reinhard Kleist dresse un portrait cru et poétique à la fois de Johnny Cash, évitant les pièges du mélo comme ceux de l'hagiographie. Le voile se lève un peu. Un peu seulement. Les ténèbres rongent ce que l'on entrevoit, s'estompent parfois, à l'image de la chanson de Bonnie 'Prince' Billy qui donne sont titre à l'ouvrage, la préférée de Kleist, confie-t-il.
De quoi s'offrir un petit juke-box du Cash des dernières années, celui qui boucle la narration dans le livre. Le Cash d'American Records, de Rick Rubin, découvrant Hurt de Nine Inch Nails et regrettant de ne pas avoir écrit ces paroles. Le Cash de mes premières écoutes, sur le tard, à la sortie d'American IV. Ce Cash-là, nu, spectral, chapitre parmi tant d'autres d'un personnage dont on n'aura jamais fait le tour.
1. I See A Darkness (extrait de American III)
2. Hurt (extrait de American IV)
3. One (extrait de American III)


























La b.d de R. Kleist sur Johnny Cash est excellente : magnifique noir et blanc, graphisme très travaillé, découpage très cinématographique (b.d et ciné sont des arts très voisin). Roman graphique somptueux emplie de poésie, de vie, d'amour, d'excès, de beauté malade, bref, tout Johnny Cash ! Amateur de l'homme en noir ou de belle b.d, un album à se procurer !!!! A +
Rédigé par : Francky 01 | 31/08/2008 à 15:12