Sprint final Sur une piste de marathon. Ou comment résumer trois soirées en quelques lignes et un concert magnifique malheureusement manqué.
Après un début assidu, mon Paléo s'est déroulé dans un style plus libre. Trois soirs sur quatre sur l'Asse, mais des fortunes diverses, un intérêt changeant. Jeudi donc et le grand rassemblement des révolutionnaires acceptables. Après les élucubrations de Cali, le public de la Grande scène se régale des prises de position de Tiken Jah Fakoly et de Manu Chao. Grand bien lui en fasse. Plus crédible, l'Américain Firewater convainc moins que sur disque. Les multiples aspérités géographiques font place à un set trop homogène pour surprendre au sein d'une soirée pour chanteurs voyageurs. Dommage. Ou pas.
Car cette mini déception me pousse à gagner le Chapiteau où joue Seun Kuti. Entouré par le groupe de son père Fela - Egypt 80 - le digne héritier offre un set pas forcément original, mais à l'efficacité imparable. Son afro-beat pulse sans répit, porté par un réel talent de maître de cérémonie et des musiciens parfaits dans leur rôle. Le batteur est métronomique, les sax swinguent, les choristes balancent tandis que les guitares riffent. Le tout se déguste sans fin ni lassitude et ouvre des portes trop souvent évitées au chroniqueur un brin borné que je suis.
Après un vendredi de repos, retour samedi pour un "fucking French day" moins "fucking" qu'à l'habitude. Sur la Grande scène, le Lausannois K tient son rang et le public. Même si je reste toujours imperméable à cette chanson-là - qu'elle soit d'ici ou d'ailleurs - force est de reconnaître que le jeune homme a pris de la bouteille. Mieux, malgré des chansons à l'engagement limpide, il évite les écarts façon Cali et gère à merveille l'émotion (mention à Ma vieille école en bois).
A ces jolis débuts succède la pluie. Aïe. Mais elle ne m'empêche pas de pointer mon nez devant la Grande scène pour le show de Daho. Ambiance sixties, pop vintage, airs de dandy, la formule étonne peu, mais fonctionne. Débutant sur un très bon Jungle Pulse, le crooner eighties tient la baraque grâce à quelques bijoux (la triplette L'enfer enfin, Saudade, Comme un igloo). Efficace. Sans plus. Mais sous la pluie, c'est déjà bien. Cette pluie qui n'en finit pas et propulse les frileux sous le Chapiteau. Aux premières notes de Comme un lego, on n'entre plus. Dommage. On verra donc Bashung sur un écran télé en coulisses. Très dommage. Ambiance funèbre, magnétisme intense, grisaille électrique ou acoustique, le chanteur est au sommet. Une heure sur écran plat - avec son plat - ne suffit pas à lasser. Seule la frustration me pousse à rentrer. Le sentiment de manquer un grand moment et de ne rien pouvoir y faire. Comme pour se moquer, la pluie s'arrête lorsque je monte dans le train. Sans doute que des places se libèrent sous le Chapiteau...
Retour tôt le dimanche, dans les pas de Jeff Albelda. Leader de To The Vanishing Point, le musicien valaisan est aussi clavier de Favez. Deux concerts l'attendent pour cette journée de clôture. Sur la Grande scène, jambes arquées, bondissant, la tête qui hoche de riff en riff, il assure le show rock'n'roll dans le sillage de sa "famille" lausannoise. Moins bluffant qu'à d'autres reprises, Favez s'en sort bien et se moque gentiment de Cali. Quelques heures plus tard sous la tente du Détour, Jeff Albelda est un autre. Le regard ailleurs, la silhouette en suspension, il incarne les changements atmosphériques de To The Vanishing Point. Libéré, maître de son univers, le groupe valaisan s'en sort mieux que bien, malgré quelques longueurs sur certains titres.
La nuit tombe, je laisse Jeff Albelda et me précipite sous le ClubTent où jouent les Français de Coming Soon. Mélange de pop juvénile et de country rugueuse, le groupe d'Annecy confirme les qualités entendues sur disque. Pour peu, on jurerait les affreux Dionysos passé à l'amaigrisseur: bye bye les kilos de poésie en mousse, reste une fascination pour le Grand Ouest bien assumée. Coming Soon ne durera peut-être qu'un temps, mais ce temps-là fait plaisir au milieu d'un rock parisien au goût fort mauvais pour l'icônerie sous naphtaline.
Paléo lance ses dernières cartouches et le traditionnel feu d'artifice colore le ciel. Mouais. Heureusement, le numéro final est à la hauteur. Résolument rock et énergique, R.E.M. emballe l'affaire d'entrée, grâce à Bad Day et What's The Frequency, Kenneth? Suit un Drive dépouillé, servi par une voix plus rugueuse qu'à l'habitude. L'énergie intacte, le groupe de Michael Stipe déroule ensuite les titres de son récent Accelerate. Pas de quoi s'en relever la nuit, mais l'intensité tient. Et prend l'ascenseur à chaque dépoussiérage en règle jusqu'à un imparable Orange Crush. Le rappel tient la cadence avec l'incontournable It's The End Of The World, suivi du single Accelerate. L'heure de rentrer, pour éviter la foule et dormir enfin. Au loin résonnent les premiers accords de Losing My Religion et les hurlements du public. Certains ne seront venus que pour ça. J'en ferai l'expérience en septembre à Genève. Et tourne le dos à l'Asse plutôt heureux.


























Sur cette photo, quelque part, le grand Alain ressemble au grand Leonard ...
Rédigé par : lunA.Lee | 30/07/2008 à 23:50