Un pâle Doherty Retour au Montreux Jazz Festival en compagnie de Michel Audétat, venu ausculter le mythe people-rock.
Le problème avec Pete Doherty, c'est qu'on espère se retrouver face à l'artiste, mais on craint que déboule le fait divers ambulant. D'où, pour commencer, cette impression de miracle à constater qu'il est apparemment là, mardi soir, sur la scène du Miles Davis Hall au Montreux Jazz Festival. Aux dernières nouvelles, le chanteur des Babyshambles aurait fait mouler son corps supplicié par de vénéneux plaisirs pour qu'un sculpteur le représente en Christ sur la croix. Pete Doherty, martyr du rock, nous aura au moins fait le don d'une apparition miraculeuse. Halleluia!
Il est donc là. Chapeau sur le crâne comme on s'y attendait, costard cintré, cravate noire flottante, avec cette sorte de dandysme crapoteux qu'on trouvait déjà chez cet autre martyr du rock, le junkie Johnny Thunders. Passé l'ébahissement du miracle, le spectateur se retrouve dans la peau du médecin généraliste. Il ausculte le Pete Doherty qui se tient devant lui. Œil: plutôt éteint. Teint: inquiétant. Gestes: un peu désordonnés. Et pour tout dire, le reste des Babyshambles n'a pas l'air non plus de première fraîcheur. Le premier diagnostic n'incite guère à l'optimisme.
Le concert débute avec Delivery dont le riff est emprunté au You really got me des Kinks. La présence spectrale des Kinks d'origine (ceux des sixties) plane sur la musique des Babyshambles qui se fait la gardienne de vieilles traditions britanniques. La figure sulfureuse de Pete Doherty masque en réalité son conservatisme. Il y a dans ce rock en ritournelles vaguement sophistiquées, dans sa mélancolie cultivée, dans ses références, quelque chose qui rameute le souvenir d'une Angleterre disparue. Celle d'Oscar Wilde, bien sûr. Mais qui était aussi celle où de jeunes mariées victoriennes affrontaient leur nuit de noces en s'efforçant de songer à la grandeur de la vieille Albion. Risquons l'hypothèse: et si le scandale permanent n'exprimait, en creux, que la nostalgie d'un temps où le combat contre la pruderie britannique avait encore un sens?
La suite ne mérite pas de longs développements. La tête ailleurs, Pete Doherty n'assure que le programme minimum. Le concert se révèle vite poussif et approximatif malgré quelques sursauts. Unbilotitled et ses accélérations pied au plancher font espérer un décollage. Mais non, le concert s'embourbe à nouveau. Entre les morceaux, le temps s'étire en accordages, cafouillages, merdouillages. F**k Forever, que Pete Doherty dédie (en débouchant une bouteille de champagne) à un ami récemment fauché dans la fleur de ses 17 ans, conclut l'affaire sans surprise comme sur leur récent disque live, Oh! What a lovely tour.
Au chrono, cela n'aura pas duré plus de 61 minutes (selon le calcul rigoureux effectué par le patron de ce blog). Pas de rappel accordé, ce qui laisse le public dans un état de flottement, mais sans fâcherie apparente. Comme si, devant l'animal de foire pour tabloïds, il se serait senti arnaqué de ne pas avoir été un peu arnaqué. Le je-m'en-foutisme affiché s'est au moins conformé aux images véhiculées par la presse people. Et il n'est pas sûr qu'une bonne partie du public en demandait beaucoup plus.
Photographies: © Daniel Balmat © Montreux Jazz Festival Foundation


























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