Patrick Watson Bricoleur de génie, le musicien canadien plonge sa pop onirique dans les marais de Tom Waits.
Deuxième soir et soir de folie à Paléo. Folie pour les fans de Mika qui ont pris d'assaut les caisses dès leur ouverture ce printemps et fait de cette soirée le "must" de cette trente-troisième édition. Folie pour les fans de pop qui ont joué des coudes sans penser à Mika mais à la kyrielle d'artistes sur les scènes annexes, transformant cette soirée en "must" de ce trente-troisième Paléo.
Premier groupe du jour, Rosqo débute dans un Club Tent dégarni. Plus mûr, plus sûr, plus efficace, le quatuor lausannois balance un Livret 3 gonflé en amuse-bouche. Trois minutes de post-rock-à-papa avant une accélération bienvenue, pour un véritable coup d'envoi. Suit une sélection de titres de leurs deux albums, pour une alternance entre mélodies power-pop et parties à l'électricité plus rampantes. Le tout s'équilibre bien, maintient les nouveaux arrivés devant la scène et révèle un groupe en forme, d'une énergie maîtrisée à la voix très "Lee Ranaldo" du chanteur.
Bon départ, mais suite avortée. Entendu de loin, le tribute-shoegazing de The Raveonettes peine à accrocher, pénible après trois titres tout juste. Direction la Grande scène pour découvrir l'attraction suédoise I'm From Barcelona. Et là, c'est le drame. Un Big Bazar nordique où plus de trois quart de la troupe ne sert à rien. C'est bien joli de lancer des ballons dans le public, de faire du bateau pneumatique sur la foule ou de taper des mains les yeux dans le lointain: quand on n'a pas les chansons qui vont avec, ça ne sert à rien. Numéro de cirque fabriqué pour Monte-Carlo, I'm From Barcelona a pour lui le nombre, tandis qu'Architecture In Helsinki et Los Campesinos se sont partagés le talent.
La déception est vite oubliée avec un retour au Club Tent pour retrouver Patrick Watson. Un an et demi après un concert fascinant au MIDEM, le Canadien a encore grandi. Un brin fastidieuse, la première partie oscille entre pop en suspension et relents prog-rock. Heureusement, l'envol se fait dès un Weight Of The World aux airs de collage bancal, digne des scies déglinguées d'un Tom Waits. Porte-voix à la main, Watson promène sa dégaine de bricoleur inspiré sur la scène, tandis que ses musiciens rivalisent d'envolées déstabilisantes. L'effet est là: sous des airs de futur joyau pop, Patrick Watson cache un groupe au génie taquin. Qui malmène ses mélodies, reconstruit en tout sens son château de cartes pop.
L'atmosphère séduit un peu plus à chaque titre, troquant une virtuosité trop ostentatoire contre une folie brinquebalante. Même le "tubesque" Luscious Life se libère de son onirisme stratosphérique pour s'offrir un voyage en montagnes russes, . Comme pour conforter ces allures de fête foraine où les osselets s'entechoquent plutôt que se lancent, Watson accueille en fin de concerts une ribambelle d'enfants qui martyrisent batterie et percussions, avant un adieu bout-de-ficelle en formation réduite. Ceux qui ont aimé Close To Paradise peuvent être rassurés: même si le succès lui tend les bras, Patrick Watson n'est pas prêt à renier toutes les aspérités qui font son charme.
Difficile après cette prestation de trouver véritablement son compte ailleurs. Sur la Grande scène, Justice officie en grand timonier d'un culte electro-vintage. Croix lumineuse, amplis démultipliés, light-show bling-bling et tubes sous stéroïdes: la fête foraine est d'un autre genre. Jusqu'à souhaiter une coupure de courant pour dévoiler la réalité d'une piste d'autos tamponeuses réduite à un ballet de fers à repasser. Soit deux Messieurs Loyal appuyant sur des boutons puis levant les bras.
Sous le Chapiteau, Girls In Hawaii s'en sort mieux. Démarrant sur le très Grandaddy Sun Of The Sons, le groupe belge offre un récital pop de goût, malgré ses influences trop visibles. Les mélodies se délitent sans déplaisir, jusqu'à trouver l'ardeur de quelques sorties de route plus électriques, tel un instrumental du plus bel effet. Mais l'entreprise s'embourbe dans sa seconde partie. Trop sage, trop sucré, trop éthéré, la pop de Girls In Hawaii a du plomb dans l'aile et perd son magnétisme. Un final plus musclé rattrapera l'affaire, non sans évoquer l'ombre tutélaire des aînés dEUS, comme un Theme For Turnpike un brin moins inspiré.


























Bonsoir,
Je vous rejoint sur tous les points, Patrick Watson était en grand forme, idem pour Rosqo. On a vite senti les limites d'I'm From Barcelona, leur jeu scénique a bien vite conquis la foule, musicalement, je me contenterai d'un gros bof... The Raveonettes m'a conquis, celà s'explique car je m'attendais invariablement à être déçu, enfin... Justice et Mika, pas vu... A noter encore l'excellent performance des jeunes toulousains de The Dodoz. Un groupe intéressant, je me permets de douter de la qualité de leur mentor, qui n'est autre que Pete Doherty...
Bonne soirée
Rédigé par : Yavin | 25/07/2008 à 19:05
@ Yavin:
"Je vous rejoint sur tous les points..."
Et pourtant j'avais encore bu et fumé :-)
Rédigé par : Christophe | 25/07/2008 à 19:23
t'es pas resté pour Caribou ? tu les avais vu au romandie ?
pour the Raveonettes, y a eu beaucoup d'échos défavorables, je regrette pas d'etre pas venu. Je m'étais pris une grosse claque quand ils étaient passé aux Docks gratos l'année passée ! :o
Rédigé par : nufo | 27/07/2008 à 22:27
@Christophe : Mince alors... :D
J'ai vu Caribou. Je ne connaissais absolument pas ou juste "Manitoba" de nom. Une sacré claque, l'ivresse et ces défilés d'images m'a permis de profiter au maximum du spectacle offert par les canadiens.
En écoutant leur musique sur la toile, j'ai été surpris car leur son était pop, limite electro, bien loin de ce qu'ils ont proposé sur la scène du Club Tent. Une très bonne découverte pour ma part!! :)
Rédigé par : Yavin | 28/07/2008 à 11:59
@ nufo:
Oui, j'avais vu Caribou au Romandie et plutôt bien aimé (plus que sur disque d'ailleurs). Mais là, 2 heures du matin en bossant le lendemain... c'était un peu trop.
Rédigé par : Christophe | 28/07/2008 à 14:19