The Raconteurs Festivals obligent, les (bonnes) plumes de L'Hebdo mettent leur grain de sel sur ce blog. Tel Michel Audétat qui nous raconte le combo de Jack White et Brendan Benson.
Est-ce qu'on allait se faire sucer le sang par ce Vampire Weekend servi en apéritif des Raconteurs, lundi soir, au Miles Davis Hall du Montreux Jazz Festival? Non. On s'est vite rendu compte qu'il n'y a pas grand-chose de saignant dans le rock aigrelet et frotté d'exotisme à bon marché (inspirations africaines, rythmes calypso…) que pratiquent ces quatre New Yorkais très propres sur eux. Au mieux, on pense aux Modern Lovers quand ils interprétaient Egyptian Reggae. Au pire, on dirait une bande son pour le Club Med ou Disneyland.
Vampire Weekend ne semble avoir été mis là que pour nous faire jouir mieux de la belle pâte sonore pétrie par les Raconteurs. Un peu de bruit pour commencer. Saturation. Accords écrasés. Grondements d'une basse gothique: lunettes d'écaille, longs cheveux noirs séparés par une raie au milieu, Jack Lawrence cultive le look du bassiste estudiantin à la Jack Casady (Jefferson Airplane), mais joue dans un style résolument prolétarien, comme s'il avait de la graisse plein les doigts. Avec le batteur Patrick Keeler, il assure la solide rythmique que les Raconteurs ont emprunté aux Greenhornes, un excellent groupe dont le patron de ce blog vous parlera sans doute un jour.
C'est parti. Consoler of the lonely très zeppelinien, Hold up du même tonneau… Les titres du dernier album, même débarrassés de leurs ornements comme les cuivres mariachi de The Switch and the Spur, font merveille sur scène. Le groupe prend ses aises, installe ses solos ou duos de guitare, digresse jusqu'à s'enfoncer dans un dédale psychédélique, mais finit toujours par retomber sur ses pattes et sur des refrains fédérateurs (Steady as she goes).
Jack White semble avoir fait le tour de ses White Stripes. Les Raconteurs renouvellent son énergie créatrice par la confrontation avec Brendan Benson, guitariste et chanteur lui aussi, mais avec des penchants power pop qui ne sont pas ceux de Jack White, d'une écorce nettement plus rugueuse. La musique balance entre l'un et l'autre, joue de cette tension, s'invente d'improbables équilibres pour les perdre aussitôt, et tout remettre sur le métier.
En réalité, il s'agit d'une fausse symétrie. Jack White a beau tenter la discrétion en s'éclipsant régulièrement au fond de la scène, sa personnalité remplit tout l'espace du Miles Davis Hall. C'est une boule d'énergie noire. Une voix écorchée, batailleuse, saisissante. Le concert se termine dans une intensité rare. On aurait aimé que plafond de la salle s'ouvre pour permettre à ce chat de gouttière de hurler sous la lune.
Les Raconteurs n'ont pas volé leur nom. Il y a un parti pris narratif dans cette musique qui visite, revisite, récapitule, donne de l'écho à des musiques d'hier, raconte une histoire qui est celle du rock. On aurait tort de leur reprocher cette mémoire et ce savoir-faire. Alors que la quête frénétique du nouveau apparaît souvent comme le meilleur moyen de finir dans l'académisme, les Raconteurs possèdent le don de créer des classiques instantanés.
Photographies: © Daniel Balmat © Montreux Jazz Festival Foundation


























Beau papier bien qu'un chouilla "réac". Les Vampire Weekend, je ne suis pas fan mais méritaient-ils d'être traité de bande son pour Club Med. En même temps, oui, peu-être ;-)
Rédigé par : suylvain | 11/07/2008 à 00:55