Leonard Cohen Humble, charmeur, généreux et tout sourire: le crooner canadien n'a pas manqué son rendez-vous avec le Montreux Jazz Festival.
Entre chaque chanson il ôte son chapeau, salue le public et sourit, visiblement touché par cette ferveur. L'image sied bien au personnage, oscillant constamment entre le charme du vieux crooner et l'humilité du staltimbanque poétique.
Dance Me To The End Of Love, Bird On The Wire, Everybody Knows, Hey, That's No Way To Say Goodbye, Tower Of Song, Suzanne, Halelujah, I'm Your Man, So Long Marianne, Sisters Of Mercy... égrenée dans l'ordre mais sans exhaustivité, la liste des chansons donne le vertige. Des classiques à n'en plus finir, piochés dans les deux périodes charnières d'une carrière atypique, d'une première triplette résolument folk (Songs Of Leonard Cohen / Songs From A Room / Songs Of Love And Hate) à la formule synthés-choeurs d'une autre triplette (Various Positions / I'm Your Man / The Future).
Alors bien sûr, les arrangements tiennent plus du Cohen Live de 1994 que du Live Songs de 1975, mais ce que synthé, harmonica et (surtout) saxophone apportent de kitsch étrange est contrebalancé par une voix à l'intensité si unique. Certes, elle n'a pas la rugosité profonde des plus belles heures, mais elle a toujours ce magnétisme qui fait les grands conteurs, comme lorsque Leonard Cohen déclame sa poésie quasi a-capella (le sublime Thousand Kisses Deep ou un If It Be Your Will repris ensuite par deux de ses trois choristes). Crooner ou spoken words, cette voix est musique, tout simplement.
Et pour revenir à la musique, l'autre, les instrumentations surannées ne suffisent pas à déranger des compositions au souffle parfait. Et recèlent parfois même de belles surprises, telle une pedal steel guitar fort à propos sur un Everybody Knows parmi les sommets du set. Ou encore un synthétiseur cheap pris en main par Cohen pour une version magnifiée de Tower Of Song. Ou enfin d'offrir des lectures définitives de chansons oubliées (First We Take Manhattan) ou expropriées (Halelujah).
Quelques longueurs bien sûr (Closing Time, Ain't No Cure For Love), quelques dérives évitables (un Bird On A Wire un brin poussif), mais encore une fois chaque écart s'oublie à mesure, pris dans l'intemporalité de Suzanne, la légèreté retrouvée de So Long Marianne ou l'épure stylée d'I'm Your Man.
En un peu plus de deux heures, Leonard Cohen offre un tour de chants qui n'a rien d'un tour d'honneur ni du sauvetage financier trop souvent raconté. A la place, les chanceux d'un soir auront retrouvé un vieil homme charmeur, la voix sage, le sourire lumineux, la gestuelle malicieuse, courant comme un gamin à chaque retour sur scène. A nous d'ôter nos chapeaux...
EDIT: Petite commentaire plus personnel pour terminer. Leonard Cohen n'a pas joué Famous Blue Raincoat et pour la première fois de ma vie une petite omission a failli me gâcher le concert. Parce que Famous Blue Raincoat est la chanson que je préfère au monde, tout simplement. Et il m'a fallu une dizaine de minutes de tristesse avant de revenir à la raison et de me dire à nouveau que c'était un très beau concert. C'est étrange. Mais c'est dire l'émotion que procure le personnage.
Photographies: © Lionel Flusin © Montreux Jazz Festival Foundation


























Ayant lu il y a quelques semaines l'article "Sincèrement, L. Cohen..." dans L'Hebdo je me suis rappelé de ce post.
Par rapport au petit mot personnel à la fin, j'espère que tu as eu l'occasion d'aller revoir Leonard Cohen à l'Arena lundi dernier car il a bel et bien chanté "Famous Blue Raincoat".
Rédigé par : Philippe | 29/10/2008 à 17:03
@ Philippe:
J'y étais, oui. Et j'étais aux anges, bien sûr.
Plus de commentaire demain...
Rédigé par : Christophe | 29/10/2008 à 18:00