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30/07/2008

Blind "ukulélé" test - 2

Impressionné par votre vélocité mercredi dernier (2h59 pour trouver le quinté dans l'ordre), je remets le couvert avec une seconde ration de titres réinterprétés par Pauline Easy. Petite variation cette fois: les titres se limitent à leur début. Introduction et couplets donc pour unique boussole. Mais je vous connais. Je sais que vous allez me surprendre.

Vos réponses en commentaires une fois de plus et que le meilleur gagne!

29/07/2008

Trois petits tours et puis m'en vais

Ab Sprint final Sur une piste de marathon. Ou comment résumer trois soirées en quelques lignes et un concert magnifique malheureusement manqué.

Après un début assidu, mon Paléo s'est déroulé dans un style plus libre. Trois soirs sur quatre sur l'Asse, mais des fortunes diverses, un intérêt changeant. Jeudi donc et le grand rassemblement des révolutionnaires acceptables. Après les élucubrations de Cali, le public de la Grande scène se régale des prises de position de Tiken Jah Fakoly et de Manu Chao. Grand bien lui en fasse. Plus crédible, l'Américain Firewater convainc moins que sur disque. Les multiples aspérités géographiques font place à un set trop homogène pour surprendre au sein d'une soirée pour chanteurs voyageurs. Dommage. Ou pas.

Car cette mini déception me pousse à gagner le Chapiteau où joue Seun Kuti. Entouré par le groupe de son père Fela - Egypt 80 - le digne héritier offre un set pas forcément original, mais à l'efficacité imparable. Son afro-beat pulse sans répit, porté par un réel talent de maître de cérémonie et des musiciens parfaits dans leur rôle. Le batteur est métronomique, les sax swinguent, les choristes balancent tandis que les guitares riffent. Le tout se déguste sans fin ni lassitude et ouvre des portes trop souvent évitées au chroniqueur un brin borné que je suis.

Après un vendredi de repos, retour samedi pour un "fucking French day" moins "fucking" qu'à l'habitude. Sur la Grande scène, le Lausannois K tient son rang et le public. Même si je reste toujours imperméable à cette chanson-là - qu'elle soit d'ici ou d'ailleurs - force est de reconnaître que le jeune homme a pris de la bouteille. Mieux, malgré des chansons à l'engagement limpide, il évite les écarts façon Cali et gère à merveille l'émotion (mention à Ma vieille école en bois).

A ces jolis débuts succède la pluie. Aïe. Mais elle ne m'empêche pas de pointer mon nez devant la Grande scène pour le show de Daho. Ambiance sixties, pop vintage, airs de dandy, la formule étonne peu, mais fonctionne. Débutant sur un très bon Jungle Pulse, le crooner eighties tient la baraque grâce à quelques bijoux (la triplette L'enfer enfin, Saudade, Comme un igloo). Efficace. Sans plus. Mais sous la pluie, c'est déjà bien. Cette pluie qui n'en finit pas et propulse les frileux sous le Chapiteau. Aux premières notes de Comme un lego, on n'entre plus. Dommage. On verra donc Bashung sur un écran télé en coulisses. Très dommage. Ambiance funèbre, magnétisme intense, grisaille électrique ou acoustique, le chanteur est au sommet. Une heure sur écran plat - avec son plat - ne suffit pas à lasser. Seule la frustration me pousse à rentrer. Le sentiment de manquer un grand moment et de ne rien pouvoir y faire. Comme pour se moquer, la pluie s'arrête lorsque je monte dans le train. Sans doute que des places se libèrent sous le Chapiteau...

Retour tôt le dimanche, dans les pas de Jeff Albelda. Leader de To The Vanishing Point, le musicien valaisan est aussi clavier de Favez. Deux concerts l'attendent pour cette journée de clôture. Sur la Grande scène, jambes arquées, bondissant, la tête qui hoche de riff en riff, il assure le show rock'n'roll dans le sillage de sa "famille" lausannoise. Moins bluffant qu'à d'autres reprises, Favez s'en sort bien et se moque gentiment de Cali. Quelques heures plus tard sous la tente du Détour, Jeff Albelda est un autre. Le regard ailleurs, la silhouette en suspension, il incarne les changements atmosphériques de To The Vanishing Point. Libéré, maître de son univers, le groupe valaisan s'en sort mieux que bien, malgré quelques longueurs sur certains titres.

La nuit tombe, je laisse Jeff Albelda et me précipite sous le ClubTent où jouent les Français de Coming Soon. Mélange de pop juvénile et de country rugueuse, le groupe d'Annecy confirme les qualités entendues sur disque. Pour peu, on jurerait les affreux Dionysos passé à l'amaigrisseur: bye bye les kilos de poésie en mousse, reste une fascination pour le Grand Ouest bien assumée. Coming Soon ne durera peut-être qu'un temps, mais ce temps-là fait plaisir au milieu d'un rock parisien au goût fort mauvais pour l'icônerie sous naphtaline.

Paléo lance ses dernières cartouches et le traditionnel feu d'artifice colore le ciel. Mouais. Heureusement, le numéro final est à la hauteur. Résolument rock et énergique, R.E.M. emballe l'affaire d'entrée, grâce à Bad Day et What's The Frequency, Kenneth? Suit un Drive dépouillé, servi par une voix plus rugueuse qu'à l'habitude. L'énergie intacte, le groupe de Michael Stipe déroule ensuite les titres de son récent Accelerate. Pas de quoi s'en relever la nuit, mais l'intensité tient. Et prend l'ascenseur à chaque dépoussiérage en règle jusqu'à un imparable Orange Crush. Le rappel tient la cadence avec l'incontournable It's The End Of The World, suivi du single Accelerate. L'heure de rentrer, pour éviter la foule et dormir enfin. Au loin résonnent les premiers accords de Losing My Religion et les hurlements du public. Certains ne seront venus que pour ça. J'en ferai l'expérience en septembre à Genève. Et tourne le dos à l'Asse plutôt heureux.

28/07/2008

28 ans, 28 disques

Un petit jeu sans importance Remplacer les bougies du gâteau d'anniversaire par des disques.

Juillet touche à sa fin et avec lui les deux mammouths de l'été romand. Fini Montreux Jazz, terminé Paléo et bonjour les vacances. Si quelques compte-rendus de concerts devraient encore faire leur apparition cette semaine, je vais lever un peu le pied jusqu'au redémarrage aoûtien.

Histoire de ne pas laisser une page blanche, je m'inspire d'un exercice vu sur l'excellent blog The Man Of Rennes Steals Our Hearts: dresser la liste des meilleurs albums de mes années de vie. En gros, de l'année de naissance à l'année actuelle, sortir mon disque favori pour chacune. Exercice plutôt rigolo qui peut aussi ménager son lot de surprises, entre souvenirs, fictions, dilemme cornélien et révisionnisme. Rien d'exhaustif, mais des années à choix multiple et d'autres à choix unique... Je vous laisse ma liste et j'attends les vôtres en commentaires.

1980: Joy Division - Closer
1981: David Byrne & Brian Eno - My Life In The Bush Of Ghosts
1982: The Cure - Pornography
1983: Tom Waits - Swordfishtrombones
1984: The Smiths - Hatful Of Hollow
1985: The Jesus And Mary Chain - Psychocandy
1986: Sonic Youth - Evol
1987: Guns N'Roses - Appetite For Destruction
1988: Leonard Cohen - I'm Your Man
1989: The Stone Roses - The Stone Roses
1990: Nick Cave & The Bad Seeds - The Good Son
1991: Talk Talk - Laughing Stock
1992: REM - Automatic For The People
1993: Tindersticks - Tindersticks
1994: Weezer - Weezer
1995: Pulp - Different Class
1996: dEUS - In A Bar Under The Sea
1997: Portishead - Portishead 
1998: Godspeed You! Black Emperor - F#A# (CD)
1999: Mogwai - Come On Die Young  
2000: Radiohead - Kid A
2001: Low - Things We Lost In Fire
2002: The Notwist - Neon Golden
2003: Do Make Say Think - Winter Hymns, Country Hymn, Secret Hymn
2004: Arcade Fire - Funeral
2005: Antony & The Johnsons - I'm A Bird Now
2006: Liars - Drum's Not Dead
2007: Animal Collective - Strawberry Jam

25/07/2008

L'onirisme brinquebalant d'un Canadien volant

Patrick_watson_afurblur_09 Patrick Watson Bricoleur de génie, le musicien canadien plonge sa pop onirique dans les marais de Tom Waits.

Deuxième soir et soir de folie à Paléo. Folie pour les fans de Mika qui ont pris d'assaut les caisses dès leur ouverture ce printemps et fait de cette soirée le "must" de cette trente-troisième édition. Folie pour les fans de pop qui ont joué des coudes sans penser à Mika mais à la kyrielle d'artistes sur les scènes annexes, transformant cette soirée en "must" de ce trente-troisième Paléo.

Premier groupe du jour, Rosqo débute dans un Club Tent dégarni. Plus mûr, plus sûr, plus efficace, le quatuor lausannois balance un Livret 3 gonflé en amuse-bouche. Trois minutes de post-rock-à-papa avant une accélération bienvenue, pour un véritable coup d'envoi. Suit une sélection de titres de leurs deux albums, pour une alternance entre mélodies power-pop et parties à l'électricité plus rampantes. Le tout s'équilibre bien, maintient les nouveaux arrivés devant la scène et révèle un groupe en forme, d'une énergie maîtrisée à la voix très "Lee Ranaldo" du chanteur.

Bon départ, mais suite avortée. Entendu de loin, le tribute-shoegazing de The Raveonettes peine à accrocher, pénible après trois titres tout juste. Direction la Grande scène pour découvrir l'attraction suédoise I'm From Barcelona. Et là, c'est le drame. Un Big Bazar nordique où plus de trois quart de la troupe ne sert à rien. C'est bien joli de lancer des ballons dans le public, de faire du bateau pneumatique sur la foule ou de taper des mains les yeux dans le lointain: quand on n'a pas les chansons qui vont avec, ça ne sert à rien. Numéro de cirque fabriqué pour Monte-Carlo, I'm From Barcelona a pour lui le nombre, tandis qu'Architecture In Helsinki et Los Campesinos se sont partagés le talent.

La déception est vite oubliée avec un retour au Club Tent pour retrouver Patrick Watson. Un an et demi après un concert fascinant au MIDEM, le Canadien a encore grandi. Un brin fastidieuse, la première partie oscille entre pop en suspension et relents prog-rock. Heureusement, l'envol se fait dès un Weight Of The World aux airs de collage bancal, digne des scies déglinguées d'un Tom Waits. Porte-voix à la main, Watson promène sa dégaine de bricoleur inspiré sur la scène, tandis que ses musiciens rivalisent d'envolées déstabilisantes. L'effet est là: sous des airs de futur joyau pop, Patrick Watson cache un groupe au génie taquin. Qui malmène ses mélodies, reconstruit en tout sens son château de cartes pop.

L'atmosphère séduit un peu plus à chaque titre, troquant une virtuosité trop ostentatoire contre une folie brinquebalante. Même le "tubesque" Luscious Life se libère de son onirisme stratosphérique pour s'offrir un voyage en montagnes russes, . Comme pour conforter ces allures de fête foraine où les osselets s'entechoquent plutôt que se lancent, Watson accueille en fin de concerts une ribambelle d'enfants qui martyrisent batterie et percussions, avant un adieu bout-de-ficelle en formation réduite. Ceux qui ont aimé Close To Paradise peuvent être rassurés: même si le succès lui tend les bras, Patrick Watson n'est pas prêt à renier toutes les aspérités qui font son charme.

Difficile après cette prestation de trouver véritablement son compte ailleurs. Sur la Grande scène, Justice officie en grand timonier d'un culte electro-vintage. Croix lumineuse, amplis démultipliés, light-show bling-bling et tubes sous stéroïdes: la fête foraine est d'un autre genre. Jusqu'à souhaiter une coupure de courant pour dévoiler la réalité d'une piste d'autos tamponeuses réduite à un ballet de fers à repasser. Soit deux Messieurs Loyal appuyant sur des boutons puis levant les bras.

Sous le Chapiteau, Girls In Hawaii s'en sort mieux. Démarrant sur le très Grandaddy Sun Of The Sons, le groupe belge offre un récital pop de goût, malgré ses influences trop visibles. Les mélodies se délitent sans déplaisir, jusqu'à trouver l'ardeur de quelques sorties de route plus électriques, tel un instrumental du plus bel effet. Mais l'entreprise s'embourbe dans sa seconde partie. Trop sage, trop sucré, trop éthéré, la pop de Girls In Hawaii a du plomb dans l'aile et perd son magnétisme. Un final plus musclé rattrapera l'affaire, non sans évoquer l'ombre tutélaire des aînés dEUS, comme un Theme For Turnpike un brin moins inspiré.

24/07/2008

L'électricité rock plutôt que les bons sentiments

Deus dEUS 2008 Beaucoup vous diront que c'était mieux avant. Pour ma part, j'opterai pour un c'était parfois mieux, mais c'est toujours très bien.

"Nous faire jouer en ouverture du festival, c'est comme avoir un orgasme sans le sexe!" Lâché en fin de concert par le chanteur de The Hives, le slogan est un brin orgueilleux, même si les Suédois n'auront pas à rougir de leur prestation. En plein jour, sur la grande scène, à un horaire qui sied mieux à l'apéro qu'aux décibels, le quintet adepte d'un garage-rock vintage a su attirer et séduire le public de Paléo. C'est déjà mieux que d'autres de leurs congénères, tels les Dandy Warhols il y a deux ans dans des conditions similaires, à quelques degrés près.

Pour le reste, The Hives offre un show digne de The Hives. Soit un groupe plutôt taillé pour les clubs, capable malgré tout de tenir une scène de géant, jusqu'à faire de ses limites un atout. Avec deux "réels" tubes au compteur (dont un Main Offender balancé presque d'entrée) et un savoir-faire peut-mieux-faire, les Suédois parviennent à déverser une heure plus que cohérente, servis par un son gentiment sixties et une gestuelle maîtrisée, entre le show décalé et le remplissage assumé. La mayonnaise prend, la foule se réveille et l'explosion finale Hate To Say I Told You So parachève un concert moyen, mais de belle facture.

Après, le désert. J'erre sur le terrain en quête de décibels, mais déchante vite. Solange la frange reprend Justin Timberlake sur la scène du Détour. On sourit, puis on tourne les talons. Sur la Grande scène, Cali supplie Brice Hortefeux et le président de la république, pourfend le racisme et l'injustice, pleure les sans-papiers. Puis reprend With Or Without You de U2. Je me sens nauséeux devant ce déballage de bons sentiments vu de loin, à peine digne d'un Léo Ferré de supermarché.

Quelques bières et un pétard plus tard, je rejoins le Chapiteau où dEUS est attendu. Malgré un très décevant Vantage Point, c'est le groupe d'Anvers qui m'a empêché de plier bagage plus tôt. Je les ai déjà vu six fois, mais une bonne surprise peut toujours être au rendez-vous Le premier morceau me fait cependant douter de mon choix. Carré, un brin froid, presque absent, la troupe de Tom Barman ouvre sur un titre récent. Mais dès le deuxième morceau, les choses s'arrangent. Instant Street n'a peut-être jamais aussi bien sonné, d'une ballade ensoleillée à un final plus massif encore que sur disque. S'en suit un Fell Off The Floor Man plutôt bien dépenaillé, dont les ultimes mesures font la part belle aux digressions instrumentales.

dEUS maîtrise la scène, jongle plutôt bien entre un passé éblouissant (écrasants Bad Timing et Theme For Turnpike, mélancolique Serpentine) et un présent plus circonspect. De Favourite Game à Oh Your God, les chansons de Vantage Point ne font pas taches dans le paysage, même si elles révèlent une écriture moins fascinante. Seul le piano de Smokers Reflect ne peut éviter la faute de goût, coupable d'une parenté gênante avec les affreux Keane. Heureusement pour dEUS, à cet écart malheureux répond un final étourdissant, d'un Suds & Soda à la fête à un Roses bourdonnant en ultime pirouette. Porté par un Tom Barman incarnant le sommet de la classe rock'n'roll, le groupe belge a certes perdu de sa folie, mais reste toujours une référence scénique d'exception dans un bon soir, même à la septième vision.

23/07/2008

Blind "ukulélé" test - 1

Ce week-end, un peu par hasard, j'ai retrouvé un dossier rempli de MP3 sur mon PC. Tous joués par la même musicienne. Une blogueuse qui s'appelait Pauline Easy, disait venir d'Hawai et reprenait chaque jour sur son site un morceau pop armée de son ukulélé.

Aujourd'hui, le blog de Pauline n'existe plus. Mais en réécoutant ses dizaines de MP3, je me suis dit que ce serait une bonne idée de faire revivre son travail, souvent étonnant, tant dans son interprétation que dans ses choix. Ou comment aimer soudain un titre que l'on déteste, peiner à reconnaître un classique absolu ou redécouvrir un titre de coeur.

Voilà donc l'idée. Comme certains ont leurs mots croisés ou leurs tests d'été, "Bon pour les oreilles" proposera désormais aussi son jeu estival, le mercredi pour faire bonne figure. A chaque fois, cinq extraits de chansons en un bloc. A vous de les reconnaître. A la clef? Le plaisir de répondre mieux et plus vite que les autres (arrêtez de nier, vous adorez ça).

Vos réponses en commentaire... et que le meilleur gagne!

22/07/2008

Un tube de l'été entre guillemets

Drg_2Attention Dr Gonzo A trop jouer avec les pincettes du second degré, on perd toute saveur.

Le tube de l'été. Une véritable institution, riche en ritournelles increvables et à crever. Le genre d'airs dont on ne peut se défaire une fois qu'on les a entendus... même si c'est tout ce qu'on souhaiterait. Lambada, Macarena ou encore Chihuahua, des titres qui fleurent le soleil, tapent sur les nerfs et crament toutes véléhités musicales.

Le post-modernisme ambiant ne pouvait que se régaler de cette tradition paillarde. En quelques coups de pinceaux à paillette, les tenants du bon goût inventent cet été le tube fréquentable. Un cheval de Troie dont on ne sait pas bien s'ils visent à piéger les adeptes des soirées camping ou les mélomanes en bronzette.

L'objet du délit est visible sur Arte. Un casting éclectique mais respectable (Nina Hagen, Jacques Higelin, Micky Green), un chef d'orchestre du même tonneau (Gonzales), un clip entre les bijoux Pixar et Le soldat rose et une chanson piochée dans l'imaginaire collectif (Love Is All). Le résultat? A la hauteur de la formule. Soit un exercice pénible et bancal qui fait sourire la première fois puis lasse, sans pourtant qu'on se retrouve avec la ritournelle prisonnière de la caboche. Ou alors la version originale, par Butterfly Ball, dans lequel s'ébatent Roger Glover (Deep Purple) et James Ronnie Dio (Black Sabbath).

Dans Raison d'être, Ramuz considère que reprendre des expressions du langage orale en les affublant de guillemets équivaut à les prendre avec des pincettes. En choisissant de faire un tube de l'été fréquentable, vaguement arty, Gonzales et Arte font de même. Et même si le Canado-berlinois n'a jamais caché son amour sincère pour le kitsch, cette reprise en carton-pâte donne l'impression d'avancer à reculons. Je préfère donc réécouter la ritournelle entêtante de Butterfly Ball. Mais pour vous, je vous laisse juges...



21/07/2008

Port O'Brien - I Woke Up Today

PobUne certaine idée du rock US De Pavement à Bright Eyes, les chansons de Port O'Brien n'ont pas peur de l'héritage indie.

Quelque temps déjà que je n'avais pas eu de nouvelles de City Slang. Depuis le superbe premier album de Get Well Soon fin janvier, pour être exact. Et voilà quatre disques d'un coup qui tombent dans la boîte aux lettres, dont un nouveau Calexico à venir pour l'automne.

Parmi les trois autres sorties, Port O'Brien se détache clairement. Par sa petite histoire d'abord. "Pour Van Pierszalowski l' année a 265 jours jolies. Et 100 jours d' enfers. Van a 24 ans, ecrit et chante le pluspart des chansons de son groupe Port O’Brien. Chaque été il est dans les eaux en Alaska sur un bateau de pêche de saumon, effectué par son père." Voici ce que nous raconte le dossier de presse. Et on aime bien ce portrait, dans un français approximatif, presque poétique.

Ce qui tombe bien, c'est que la musique est l'autre atout de Port O'Brien. Et en bon marin, Van Pierszalowski y visite plusieurs ports d'attache du rock américain. Le plus flagrant? Celui où trainait Bright Eyes à l'époque de ses meilleurs albums (Fevers And Mirrors, Lifted Or The Story Is In The Soil Keep Your Ear To The Ground). Un folk teinté de lyrisme emo et servi par une écriture à l'élégance rurale. A ce titre, les chansons les plus clairement tournées vers la mer sont épatantes (Stuck On A Boat, Fisherman's Son).

Mais si l'ombre de Conor Orbest plane sur ce second album du groupe, elle n'est pas seule. Une ballade bancale comme Don't Take Me Advice rappelle Pavement (Billie, par exemple, sur Terror Twilight), tandis que certains morceaux plus électriques évoquent le style de Band Of Horses. Au final, Port O'Brien donne à l'auditeur l'impression de naviguer en eaux connues. Ce qui n'est pas forcément désagréable. Car si l'originalité n'est pas la qualité première de All We Could Do Was Sing, le talent de songwriter de Van Pierszalowski suffit à séduire. On ne sait pas si cet album lui permettra de tourner le dos à l'Alaska définitivement, mais si tout ce qu'il peut faire c'est chanter... ben c'est déjà bien.

Pobawcdws Port O'Brien
All We Could Do Was Sing

City Slang/TBA

www.portobrien.com
www.myspace.com/portobrien

Télécharger le MP3

18/07/2008

Le plat de résistance en entrée

TnThe National Dernier petit tour par le Montreux Jazz Festival pour une soirée où il valait mieux être à l'heure.

Passons d'abord sur la prestation d'Interpol, froide ou fade selon les points de vue. Un groupe égaré, qui semble se chercher entre un dernier album lorgnant vers les plates-bandes d'Editors et un concert aux airs de tribute autiste à une new-wave qui n'en demandait pas tant.

Passons donc sur la tête d'affiche du soir et arrêtons-nous plutôt sur les amuses-bouches, décidément bien plus goûtus. Il fallait arriver à l'heure au Miles Davis Hall, histoire de découvrir les Danois de The Kissaway Trail. Jolie surprise de l'édition 2008 de l'Eurosonic, le groupe signé sur Bella Union confirme, dans une salle peut-être un peu trop grande pour lui. La large scène étouffe un brin l'énergie que peut dégager The Kissaway Trail. Mais ses chansons tiennent le choc, hymnes électriques efficaces et accrocheurs. Comme en janvier, on pense à un hypothétique tribute à Arcade Fire mené par Mogwai. Références, références, mais ces petits Danois n'en sont qu'au début et on attend la suite de pied ferme.

Pour leur part, les Américains de The National ont déjà une jolie discographie au compteur. Quatre albums et deux EP's pour être exact, dont un récent Boxer de haut niveau. Sans surprise, ce sont les titres de ce diamant noir qui font l'essentiel du concert. Fake Empire, Mistaken For Stangers, Brainy ou encore un imposant Squalor Victoria en ouverture. Plus en forme que lors de leur passage au Romandie ce printemps - même si le chanteur Matt Berninger semble éthyliquement vascillant à nouveau - le groupe oscille entre ambiances à l'âcre mélancolie et coups de sang bienvenus. Le tout soutenu par une section cuivre qui rehausse encore les débats.

Maîtrisée autant que magnétique, la prestation convainc, même si (encore une fois) on regrette la taille de la salle. Avec son songwriting classieux et crasseux, The National appelle un cabaret fantasmé, mi-velours, mi-cuir, plutôt qu'un écrin à la neutralité vertigineuse. Malgré cette réserve qui empêche la magie d'être totale, le concert hypnotise les spectateurs, pris dans le spleen électrique d'un groupe à la fois héritier des Bad Seeds de Nick Cave et des Tindersticks des débuts. La ferveur est là mais ne suffit pas à offrir un rappel pour The National. Dommage, tant le groupe paraît à son sommet. Mais ce soir, la tête d'affiche a pour nom Interpol et on fait bien d'aller voir ailleurs.

Photographies: © Daniel Balmat © Montreux Jazz Festival Foundation

17/07/2008

Pete Doherty: un scandale au parfum de nostalgie

Pd Un pâle Doherty Retour au Montreux Jazz Festival en compagnie de Michel Audétat, venu ausculter le mythe people-rock.

Le problème avec Pete Doherty, c'est qu'on espère se retrouver face à l'artiste, mais on craint que déboule le fait divers ambulant. D'où, pour commencer, cette impression de miracle à constater qu'il est apparemment là, mardi soir, sur la scène du Miles Davis Hall au Montreux Jazz Festival. Aux dernières nouvelles, le chanteur des Babyshambles aurait fait mouler son corps supplicié par de vénéneux plaisirs pour qu'un sculpteur le représente en Christ sur la croix. Pete Doherty, martyr du rock, nous aura au moins fait le don d'une apparition miraculeuse. Halleluia!

Il est donc là. Chapeau sur le crâne comme on s'y attendait, costard cintré, cravate noire flottante, avec cette sorte de dandysme crapoteux qu'on trouvait déjà chez cet autre martyr du rock, le junkie Johnny Thunders. Passé l'ébahissement du miracle, le spectateur se retrouve dans la peau du médecin généraliste. Il ausculte le Pete Doherty qui se tient devant lui. Œil: plutôt éteint. Teint: inquiétant. Gestes: un peu désordonnés. Et pour tout dire, le reste des Babyshambles n'a pas l'air non plus de première fraîcheur. Le premier diagnostic n'incite guère à l'optimisme.

Le concert débute avec Delivery dont le riff est emprunté au You really got me des Kinks. La présence spectrale des Kinks d'origine (ceux des sixties) plane sur la musique des Babyshambles qui se fait la gardienne de vieilles traditions britanniques. La figure sulfureuse de Pete Doherty masque en réalité son conservatisme. Il y a dans ce rock en ritournelles vaguement sophistiquées, dans sa mélancolie cultivée, dans ses références, quelque chose qui rameute le souvenir d'une Angleterre disparue. Celle d'Oscar Wilde, bien sûr. Mais qui était aussi celle où de jeunes mariées victoriennes affrontaient leur nuit de noces en s'efforçant de songer à la grandeur de la vieille Albion. Risquons l'hypothèse: et si le scandale permanent n'exprimait, en creux, que la nostalgie d'un temps où le combat contre la pruderie britannique avait encore un sens?

La suite ne mérite pas de longs développements. La tête ailleurs, Pete Doherty n'assure que le programme minimum. Le concert se révèle vite poussif et approximatif malgré quelques sursauts. Unbilotitled et ses accélérations pied au plancher font espérer un décollage. Mais non, le concert s'embourbe à nouveau. Entre les morceaux, le temps s'étire en accordages, cafouillages, merdouillages. F**k Forever, que Pete Doherty dédie (en débouchant une bouteille de champagne) à un ami récemment fauché dans la fleur de ses 17 ans, conclut l'affaire sans surprise comme sur leur récent disque live, Oh! What a lovely tour.

Au chrono, cela n'aura pas duré plus de 61 minutes (selon le calcul rigoureux effectué par le patron de ce blog). Pas de rappel accordé, ce qui laisse le public dans un état de flottement, mais sans fâcherie apparente. Comme si, devant l'animal de foire pour tabloïds, il se serait senti arnaqué de ne pas avoir été un peu arnaqué. Le je-m'en-foutisme affiché s'est au moins conformé aux images véhiculées par la presse people. Et il n'est pas sûr qu'une bonne partie du public en demandait beaucoup plus.

Photographies: © Daniel Balmat © Montreux Jazz Festival Foundation

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