Comme si de rien n'était? Les médias français adorent le nouveau Carla Bruni ou le critiquent du bout des lèvres. Leurs confrères suisses sont plus durs. Un simple écart géographique ou un problème plus profond?
Ultime retour sur le feuilleton de ce début d'été (passionnant comme une fiction TF1 plutôt qu'une série HBO). Mais cette fois, plutôt que de revenir sur l'engouement médiatique et le plan promotionnel offert au troisième album de Carla Bruni, intéressons-nous à son accueil critique. De quoi poser pas mal de question, musicales, méthodologiques, voire politiques.
Au moment de publier la toute première critique de Comme si de rien n'était, Bertrand Dicale du Figaro parlait d'une certaine épreuve, entre anticipation et soupçons politiques: "Que signifieront les bonnes critiques du disque ? Et les mauvaises ?" Un questionnement repris durant les semaines suivantes par ses confrères, jusqu'à l'intervention de JD Beauvallet des Inrockuptibles, déclarant à l'AFP: "On a choisi d'être très hypocrite, en tout cas très monomaniaque et de ne parler strictement que du disque" du point de vue musical, indique-t-il, tout en reconnaissant que c'est "très difficile, un véritable exercice de style".
Résultats des courses? Le Figaro a adoré. Ce journal serait-il de droite? Quant à la chronique de Beauvallet dans Les Inrockuptibles, elle ne peut s'empêcher de faire référence à Giscard ou Pompidou pour décrire le climat musical. A-t-il aimé? Etrangement oui. Etrangement, car il ne se gêne pas pour massacrer quelques titres au passage - qualifiés de niais - sans en trouver autant à encenser. Mouais.
A ces deux postures critiques, ajoutons-en quelques autres encore. Telle celle de L'Express, évoquant plus un dossier de presse qui présenterait les chansons du disque plutôt qu'un exercice critique. Ou encore la petite perle de Richard Gianorio, rédacteur en chef de Madame-Figaro: "On a écouté l'album, on l'a beaucoup aimé. Ça tombe bien car on aurait été embarrassé du contraire." Seul Le Monde s'écarte de la distribution de lauriers, avec DEUX chroniques mi-figue, mi-raisin, pour un album "passionné, mais pas passionnant" dont "les insignifiances" sont musclées grâce à une production qui les rhabillent à l'Américaine.
Pendant ce temps, la presse suisse-romande est plus circonspecte, plus encline à prendre position également (sur le disque, on s'entend). Je ne reviendrai pas sur mon petit point de vue, déjà raconté ici. Jetons plutôt un oeil du côté de mes confrères. Si Le Matin Dimanche évite l'exercice critique au moment de publier son interview de Carla Bruni, les autres journaux ne se privent pas de donner un avis. Dans La Tribune de Genève, Lionel Chiuch parle d'un album plaisant, mais manquant de caractère. Un point de vue partagé par Olivier Horner dans Le Temps: "L'ensemble, baigné dans des clairs-obscurs incessants, manque comme toujours chez Carla Bruni de relief, de tensions pour séduire vraiment durablement."
D'autres sont plus tranchants. L'habituellement "neutre" Matin Bleu se lâche, sous la plume d'Alexandre Lanz: "Si la chanteuse séduisait avec sa manière de susurrer les mots, six ans plus tard cet atout charmeur et charmant ennuie l'auditeur après 5-6 titres. Et il y en a 14!" Dans le même état d'esprit, la palme revient à François Barras, qui n'hésite pas à conclure son article dans 24 Heures par une petite pointe adressée à Nicolas Sarkozy: "Les promesses de la belle s'étiolent à mesure que les quatorze titres s'écoulent. Personne n'est obligé d'y voir une allégorie amusante avec les quatorze mois de présidence de son mari."
Mercredi dernier, dans son désormais fameux "Journal de Carla B.", Le Canard Enchaîné prête ces quelques mots à la First Lady, suite à sa lecture de ma chronique dans L'Hebdo: "Dommage que mon mari soit en froid avec les militaires parce que la Suisse frise la déclaration de guerre. Ces faux-culs prétendument neutres ont attaqués par surprise mon album." En un article et une interview, me voici repris par Le Canard, Gala, LePost.fr, MediaPart ou encore interrogé par France 24. Sans parler des messages et commentaires pour vanter mon courage et de la multiplication digne de Cana des visites sur mon blog et sur le site de L'Hebdo.
Les médias français vont-ils être obligés de citer leurs confrères étrangers pour critiquer l'album de Carla Bruni ou encore sa manière d'assurer une promotion double à longueur d'interviews. On dirait bien que oui. J'ai pourtant de la peine à croire que la situation soit si désespérée qu'on ne puisse plus vraiment critiquer un album, fût-il celui de la femme du président de la République. Mais peut-être que je me goure complètement. Peut-être que la presse française est sincère. Et que c'est la différence de goût et non la déférence qui explique ce fossé nouveau entre chroniqueurs helvètes et hexagonaux. Carla Bruni serait donc le Cenovis français: on aime ou on déteste, mais impossible de faire comme si de rien n'était.




























une review du dernier de Carla, que j'aime beaucoup
http://www.pop-rock.com/article.php3?id_article=2113
^^
Rédigé par : nufo | 14/07/2008 à 15:28