Ça commence par le chant du coq. Le cocorico bien crié. Puis les instruments font leur entrée pour une mélodie cadencée entre la marche et la polka. Enfin, une voix investit la mélodie. Brisée, éraillée, rugueuse, hurleuse.
Ça se passe chez mon meilleur ami. Le nom du chanteur m'est familier, je l'ai déjà lu, mais je n'ai jamais entendu sa musique. Sur la pochette du disque - une compilation répondant au titre mystérieux de Beautiful Maladies - il a des airs de rocker délavé, comme sortis d'un film de Jarmush, les lunettes noires masquant le regard paumé. La chanson s'appelle I'll Be Gone et sort du lot avec quelques autres (de mémoire Underground et Temptation).
Ça continue au magasin hi-fi du village où j'habite, le seul endroit que je connais à ce moment-là pour acheter des disques. Curieux, je commande l'album Frank's Wild Years dont est issu la chanson avec le coq. Quand le disque arrive, je suis impatient et je saute très vite vers les pites que je connais. Puis je le laisse tourner, une fois que je m'en suis lassé.
Ça se termine avec une chanson à boire, sur un piano déglingué. Innocent When You Dream. Une chanson de caniveau. Qui clôt le film Smoke, de Paul Auster. Auster, Waits mais aussi Jarmush et d'autres. Un panthéon de fin d'adolescence. Des artistes précieux qui resteront au moment de voir ailleurs. J'ai d'autres disques de Tom Waits aujourd'hui, certains meilleurs que Frank's Wild Years, mais il reste mon préféré. Parce que c'est le premier. Parce qu'il y a Innocent When You Dream et I'll Be Gone. Parce qu'il y a le coq.



























Tu vas finir par nous coller le bourdon avec tes quarts d'heure nostalgie...
Rédigé par : Bruno | 20/06/2008 à 11:33