Il faut bien commencer quelque part. Par une K7, par exemple. Avec un nom écrit dessus, dont on sait déjà qu'il va compter. Sonic Youth. Peut-être le meilleur parmi tous les noms de groupes de rock. Tout est dit en deux mots. Et déjà on aime ce groupe.
Ensuite, il y a une chanson. Un clip, avec un skate-boarder. Des guitares qui vrombissent, larsens distendus. 100%. Puis une autre. La batterie sautillante. Bulls In The Heather. Et une autre encore. Longue. Très longue. The Diamond Sea et sa mélodie chantée comme une cousine malsaine de Wouldn't It Be Nice (d'accord, à part moi personne ne voit le rapport).
Après ça, il faut bien commencer par un disque. Et quel meilleur choix que le dernier en date. Le douzième album du groupe, facile à trouver en rayon quand les grandes surfaces sont l'unique horizon d'une région. Sa pochette comme un collage mal fait, presque cheap. Un hamster. Une petite fille en rose, aux oreilles de lapin. Un bras collé là au-milieu.
A Thousand Leaves n'est vraiment pas le meilleur album de Sonic Youth. Mais c'est celui qui éveille le plus de souvenirs en moi. Parce que ça a été le premier. Et puis il y a ce début - Contre le sexisme - un râle de guitare qui croît, puis une voix, presque inaudible. Celle de Kim Gordon. Et cette fin. Heather Angel. Sa mélodie éthérée qui se disloque soudain, retrouve le larsen primal. Et même au milieu, on trouve quelques perles. Ce Hits Of Sunshine, pour Allen Ginsberg, interminable, comme Karen Coltrane. Un monde à découvrir à côté de la musique. Ou encore Hoarfrost et la voix rare mais familière de Lee Ranaldo.
Avec le temps, en réécoutant A Thousand Leaves, on se dit que le groupe était en recherche. Comme sur Ineffable Me et sa mélodie en germe sur Slaapkamers Met Slagroom, un an plus tôt. Un groupe qui se cherche, qui se perdra sur l'affligeant NYC Ghosts & Flowers deux ans plus tard, premier disque attendu fébrilement, une fois devenu fan. Un groupe qui trouvera finalement sa vitesse de croisière, entre fulgurances rock (l'impeccable (fausse) trilogie Murray Street, Sister, Rather Ripped) et virées expérimentales (les SYR records, les side-projects, etc.).
Et puis il y a un clip encore. Comme symbolique d'une jeunesse sonique dans le mur. Macaulay Culkin chez Harmony Korine, revenu de deux avions manqués. Une manière d'exorciser le crash qui menace? Peut-être. Du moins de l'éviter. Non, la jeunesse sonique ne dort pas.


























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