Les disques qui s'écoutent sans fin Ou comment JC Menu démontre la suprématie du vinyl sur le mode fanzine.
Si la littérature française n'a jamais paru capable de s'approprier le rock - au contraire de l'Anglais Nick Hornby - la BD hexagonal semble plus apte à s'attaquer au sujet, comme le rappelait récemment Le petit livre rock d'Hervé Bourhis. Optant pour le fourre-tout fanzine plutôt que le manuel d'histoire subjective, JC Menu enfonce à son tour le clou avec Lock Groove Comix paru chez L'Association.
Le "Lock Groove". Perso, je ne connaissais pas le terme avant de lire l'ouvrage de menu. Trop jeune ou trop éloigné du temps du vinyl, je n'en sais trop rien. Et pourtant, moi aussi j'ai mon petit "Lock Groove" à la maison. Sur le premier album de Godspeed You! Black Emperor, d'où son titre F#A#∞. L'infini pour conclusion, le sillon terminal tournant sans fin sur la platine. La première fois que j'ai entendu parler du subterfuge, ça m'a bluffé. Et puis je n'y ai plus trop pensé, jusqu'à ce que j'achète le vinyl. J'ai écouté une fois et puis ça m'est passé. Sans que je soupçonne toute l'histoire du truc.
C'est cette histoire que JC Menu a le bon goût de raconter. Du Sgt Pepper Lonely Hearts Club Band des Beatles au RR500 et ses 500 "Lock Groove" - en passant par Lee Ranaldo ou The Residents - le sillon terminal nécessaire à chaque vinyl a fréquemment été transformé en sillon sonore infini. Une prouesse impossible sur CD, encore moins sur MP3 (ainsi, la fin d'A Day In The Life telle qu'on la connaît sur CD est en réalité un "Lock Groove" enregistré sur vinyl, véritable quatorzième piste de l'album, car séparée du morceau qui la précède par un bout de sillon silencieux (si vous ne suivez pas, tout est expliqué en dessin dans le livre).
Ceci dit, la brève histoire de cet artifice n'est pas le propos unique de ce Lock Groove Comix. Elle sert plutôt de point de départ à une brève histoire, entre souvenirs de gosse et fanzine actualisé. On saute ainsi des premiers 45 tours et du Hit Parade radio aux récents concerts parisiens de Neil Young et Pere Ubu. Le dessin est varié, rythmé, au même titre que la narration qui ne s'embarrasse pas forcément des liens de causalité d'un épisode à l'autre. Menu ne disserte pas, ni ne raconte vraiment. Il préfère partager sa passion pour le rock sur le mode paradoxal de l'obsession subjective. Ceux qui attendraient une leçon ex-cathedra n'y trouveront pas leur compte. Les autres, fans obsessionnels également prendront leur pied.
Quant à moi, je cours réécouter ma face B de F#A#∞...


























J'avais toujours été persuadé qu'on ne trouvais ce système que sur le Metal Machine Music de Lou Reed.
Rédigé par : Linksjyy | 17/06/2008 à 12:31