Leonard Cohen - Greatest Hits
C'est l'histoire d'un vieux 33 tours, d'une chanson et d'une fille. Allons-y dans l'ordre.
Un vieux 33 tours, donc, parmi les rares que possédaient mes parents (pour leur rendre justice, disons qu'on y trouvait aussi Meddley de Pink Floyd, le double rouge des Beatles et la B.O. du Lauréat par Simon & Garfunkel). Greatest Hits de Leonard Cohen. Il m'a tout de suite attiré à l'adolescence, mais je n'étais pas forcément encore prêt. Pour être franc, mon écoute se limitait le plus souvent à ses trois premières pistes: Susanne, Sisters Of Mercy, So Long Marianne. Puis, dès Bird On A Wire, je lâchais l'affaire et passais à autre chose, malgré la guimbarde.
Mon horizon de l'oeuvre de Leonard Cohen s'est longtemps limitée à ce tiercé. Jusqu'à ce que mon meilleur ami me fasse sauter directement de la piste 3 à la piste 8 (lui avait une version CD). Famous Blue Raincoat. Et d'un coup Cohen trouva une autre dimension. Je ne sais pas vraiment ce qui me charmait dans cette chanson, mais voilà que j'écoutais en boucle sa piste sur la face B du vinyl, avant d'acheter le CD à mon tour et de me plonger dans le livret pour tenter de décrypter le sens de la chanson.
C'est là qu'intervient la fille. Je vous fais grâce des détails, mais disons que l'affaire pourrait se résumer ainsi: j'avais 17 ans, je rencontrais une fille, nous flirtions, puis je la quittais, allez savoir pourquoi, pour la retrouver quelques jours plus tard au bras de mon meilleur ami, éperdument amoureux. Etrangement, je ne savais pas comment réagir. C'est bien moi qui l'avais quittée, non? Et s'ils étaient amoureux, où était le mal? Malgré tout, de la voir ainsi éveilla des sentiments nouveaux chez l'imbécile adolescent que j'étais. Et paf! J'étais amoureux. Un peu plus tard, la fille quitta mon ami. Il était à New York, elle le lui a dit au téléphone et il m'envoya une carte postale avec cette phrase tirée de Famous Blue Raincoat:
"Your enemy is sleeping and his woman is free"
Il avait beau m'écrire de New York, peut-être même à quatre heures du matin depuis Clinton Street, il n'avait pas de fameux imperméable bleu. Mais je ne peux m'empêcher aujourd'hui encore de greffer ce morceau d'histoire personnelle sur la chanson. Deux amis qu'une femme déchire avant de disparaître. Hmm... c'est un peu réducteur quand même. Le texte de Leonard Cohen a bien plus de mystère et de magnétisme que ce bref résumé, distillant ses énigmes par petites bribes. Et la chanson vaut tout autant pour sa mélodie, dépouillée, saupoudrée délicatement des quelques choeurs féminins.
Cet été, Leonard Cohen sera au Montreux Jazz Festival. Par chance, je devrais avoir un billet. Et même si le show n'est pas à niveau, il lui suffira de chanter Famous Blue Raincoat pour que je lui pardonne tout le reste.














Euh c'est Meddle de Pink Floyd mais c'est pas grâve :-)
Rédigé par: Kill Me Sarah | 09/05/2008 at 07:54
Est-ce nos bribes de vie qui donnent du relief à la musique ou des bribes de musique qui en donnent à nos événements sans cela insignifiants? Sans doute les deux et sans doute peu importe... Mais je m'interroge souvent sur la façon dont la musique nous aide à faire de notre vie une fiction.
Rédigé par: Sarah (sisi) | 09/05/2008 at 09:11
Boudiou que c'est beau. Ta petite histoire aussi. Et les questionnements de Sarah idem ;-)
Rédigé par: sylvain | 11/05/2008 at 23:27
Pour prolonger le plaisir, un lien plein de reprises de Famous Blue Raincoat:
http://coverlaydown.blogspot.com/2008/03/single-song-sunday-leonard-cohens.html
A écouter en priorité, les versions de Lloyd Cole, de The Like et de Jonathan Coulton.
Rédigé par: Joel | 13/05/2008 at 12:18