Justiciers stressés Ou beaucoup de bruit pour vendre un blouson...
Réalisé par Romain Gavras (fils de Costa), le récent clip Stress de Justice a enflammé la toile ces dernières semaines. En cause: une imagerie limite, entre Orange Mécanique de Stanley Kubrick (pour le décor) et Le droit de savoir de TF1 (pour le montage). Des jeunes - tous Noirs ou maghrébins - arborant des blousons à l'effigie de Justice (en vente chez Colette) font le trajet de leurs banlieues au centre de la ville pour tout péter, avant de se retourner contre le caméraman.
Du côté du groupe comme du réalisateur, on élude la question du message du clip. A chanson indiffusable, vidéo indiffusable. Sauf qu'avec Internet, tout le monde peut la voir et y réagir. Dommage alors que ses auteurs n'aiet pas imaginé un message. Car sous couvert de dénoncer la violence, le clip se prend les pieds dans le cliché. De l'origine des casseurs au parcours fléché dans Paris, en passant par le reportage caméra à l'épaule, on peine à voir la différence entre ce clip et nombre de documentaires racoleurs consacrés à la banlieue ces dernières années. Jean-Pierre Pernault et Charles Villeneuve réunis n'auraient pas fait mieux. On est bien loin du regard en biais de Kubrick. Ou de Chris Cunningham, réalisateur attitré des vidéos d'Aphex Twin. Impossible en effet de ne pas penser au clip de Come To Daddy. Sauf qu'en remplaçant les banlieusards par des petites filles au visage aphextwinien, Cunningham créait un décalage propice au malaise et dans son prolongement à la réflexion. Revoyons plutôt ce clip plutôt que le coup de pub de Justice, scandale un brin inutile pour vendre des blousons.
(En passant, je vous recommande la lecture de l'excellente enquête du Nouvel Observateur parue la semaine dernière, qui revient sur les conditions de tournage de ce clip et renforce un peu plus encore le côté banalement putassier et opportuniste de l'entreprise)




























@ Christophe: Mais non! Je vois bien sûr ce dont tu parles question "cliché", or il me semble que dans le clip, ce qui est montré de façon précise c'est une bande de djeunes qui foutent le cheni, et non tous les jeunes de banlieue! Le réalisme est on ne peut plus présent, pas forcément parce que ce sont des ados Africains (les banlieues françaises ghettoïsent leur immigrés, on ne peut pas le nier tout de même!), mais parce qu'on se croirait limite dans un snuff movie. Le son over, les mouvements de caméras, les jeunes non professionnels... Je trouve que le clip ressemble à un petit court métrage du type "Shadows" de Cassavetes.
@Fauve: oui, je suis d'acc, c'est ce qui peu poser problème. Ceci dit, l'un des gros débat du néoréalisme a été de fortement reprocher à Visconti d'être baron lorsqu'il a sorti la "Terra Trema" (qui raconte les déboires d'une famille sicilienne pauvre).... Et le coup des vestons, je trouve assez fort quand même. Parce que ça m'étonnerait que ce soit des gens des banlieues qui se les paient chez Colette (!). Alors voir un bobo parigo avec un blouson de pseudo caillera, moi ça me ferait assez marrer. Mais alors je suis tout à fait d'accord que ce n'est pas politiquement correct tout ça. Mais de nos jours, qu'est-ce qui l'est?
Rédigé par : Julie | 29/05/2008 à 11:21
C'est même pas une question de politiquement correct, et effectivement, pour rebondir sur ce que dit Bruno, n'importe qui peut aborder n'importe quel sujet. Le tout, c'est la manière. Ce que dit le jeune dans le papier de l'Obs est assez juste, je trouve: des branchés de Montmartre qui veulent se payer un peu de "street cred" à bon compte, ça n'a pas grand chose à voir avec l'engagement humaniste et esthétique d'un Visconti, ou même des frères Cassel, ce me semble... Et viens pas nous chercher avec la météo, Bruno! Tu va voir, avec Christophe et Julie, on va déscendre dans ta téci et te faire oublier le soleil, mec!
Rédigé par : Fauve | 29/05/2008 à 11:38
Pitié, non!!!
Pas le gang des cailleras de Lausanne...
Tout mais pas ça!
T'ain, mais c'est quand même bien pourri la pluie que vous vous chopez non stop!!!
Moi, j'ai même la marque des tongs sur mes pieds...
(C'est vrai en plus)
Rédigé par : Bruno | 29/05/2008 à 11:46
Julie, Christophe, on se retrouve à la gare?
Rédigé par : Fauve | 29/05/2008 à 14:33
Je vous attends!
D'ailleurs....
Christophe?
Tu ne m'avais pas parlé, sur ce même blog, de venir boire des bières à Paris au mois de Mai?
roooohhh la la....
Rédigé par : Bruno | 29/05/2008 à 14:48
@ Julie:
Non, je ne vois pas une bande de jeunes, mais bien une bande de jeunes de banlieue (le plan d'ouverture nous montre bien une barre d'immeuble comme lieu de départ de leur expédition, non?). J'irai même plus loin en osant dire que Gavras situe même cette banlieue. Le trajet en métro puis les ruelles laissent deviner Paris comme toile de fond (mais là, j'extrapole peut-être un peu). Donc pour moi on en revient à l'image TF1 des méchants jeunes de banlieues.
Sinon, loin de moi l'idée de nier la guettoïsation des immigrés en banlieue, mais quand même. Etait-ce si difficile de placer un ou deux Blancs dans la bande? C'est aussi intelligent que la récente affiche de l'UDC, où la seule main blanche tentant de prendre un passeport suisse dévoile une grosse pilosité, histoire qu'on se dise qu'elle vient du Sud et non de Suisse.
Quant à l'esthétique "snuff movie", elle est tellement courante qu'on ne la différencie plus vraiment d'un "Droit de savoir" façon Charles Villeneuve, suivant caméra à l'épaule les interventions policières... Difficile donc de vanter cette perspective-là pour défendre le clip à mon sens.
@ Bruno:
Malheureusement, le mois de mai fut consacré à mon déménagement... Mais je viens bientôt sur Paris pour une interview surprenante (j'en reparlerai). Donc la bière n'est que partie remise.
Rédigé par : Christophe | 29/05/2008 à 15:01
Ce clip m'a étrangement rapellé les polars brut et sans consession des 70's dans lequel c'est illustré un certain... Costa-Gravas, le père du réalisateur de ce clip qui fait tant parler de lui.
J'adore cette mise en scène crue à la "Orange Mécanique" qui, à l'époque de sa sortie, avait fait coûlé beaucoup d'encre... Et aujourd'hui, aucuns films n'est plus culte que celui-çi !
Bon courage à Romain Gravas ainsi qu'à la compagnie Kourtrajmé, déjà responsable du très remarqué et dérangeant "Sheitan" avec Vincent Cassel.
Rédigé par : Lithan | 01/06/2008 à 17:59