C'est l'histoire d'une chanson, d'un disque et d'une fille. Dit comme ça on croirait une redite de la semaine passée, mais si on remet les choses dans l'ordre c'est une autre histoire.
Au début c'est une chanson seulement, sur une compilation du magazine Les Inrockuptibles. Waltz #2 (XO), d'un certain Elliott Smith. Malgré son titre, je ne réalise même pas qu'elle a un vrai rythme de valse. De même, je ne saisis pas l'histoire qu'elle raconte. Ou seulement de manière subjective. Elliott Smith parle de sa mère, j'y entends une fille, partie avec un autre ("That's the man she's married to now / That's the girl he takes around town"). J'écoute cette chanson jusqu'à l'usure, guettant l'apparition de l'album chez le disquaire local. Mais rien.
Puis en décembre je suis à Lausanne, pour les courses de Noël. Dans un magasin je trouve l'album et l'achète. Mais je suis un peu déçu. Je m'attendais à découvrir plein d'autres Waltz #2 et j'hérite d'un album hétéroclite, qui sautille d'une extrême à l'autre dans ses arrangements, malgré une autre valse (Waltz #1 dont la structure évidente me mettra la puce à l'oreille pour le rythme cadencé). Un album qui distille ses pépites au fil des écoutes seulement, une fois passé les titres plus dispensables, moins éclatants. Tomorrow Tomorrow d'abord, évidence et rampe de lancement à Waltz #2. I Didn't Understand enfin, final étrange, a capella, où le crépuscule prend des teintes légères.
La fille arrive un peu après, presque à la suite. Je suis à la montagne avec des amis, ma copine vient de me quitter et j'ai avec moi une cassette avec Waltz #2, que je passe et repasse inlassablement, play, rewin, play. Comme pour rester figé sur cette rupture, très cliché ("Just leave me alone / In the place where I make no mistakes).
Et puis une autre fille arrive et c'est un coup de foudre, de ces trucs qui n'arrivent qu'une fois peut-être. Une semaine comme une parenthèse, entre elle et elle. Une fille et une chanson. A la fin, je redescends de la montagne, je retrouve la fille qui m'a quittée, je lève le pied sur ma consommation de Waltz #2. Comme un retour à la normale. Avec un refrain lancinant, très cliché à nouveau ("I'm never gonna know you now / But I'm gonna love you anyhow").
Dis comme ça, l'histoire n'est pas formidable du tout. A peine intéressante. Mais ce n'est pas faute d'avoir essayé. Pendant des années, j'ai pris et repris la plume pour essayer de raconter ces quelques jours, avec la fille et Elliott Smith. J'ai même essayé de construire un texte sur un rythme de valse. Mais je n'ai jamais réussi. Peut-être parce que les histoires de quand on a 17 ans ne le sont qu'à cet âge-là.
Par contre, j'ai poursuivi mon exploration de l'univers d'Elliott Smith. Et sans cette obsession qui m'a fait comprendre de travers cette chanson, il n'est pas dit que je ne serai pas passer à côté d'un songwriter essentiel.


























J'ai aussi fait une consommation excessive de cette chanson, ça doit dater d'un an. Je ne comprenais pas de quoi ça parlait, mais je m'étais fait un film dessus, tissé des relations entre les personnages brodées de réflexions existentielles... un ou deux coups d'oeil à des explications fournies sur le net m'ont fait retomber. Mais à chaque fois que je la récoute, je replonge dans ce moment qui ne me concerne pas mais dont je me sens si proche.
Rédigé par : Sarah | 23/05/2008 à 08:20
Vive les chansons comprises de travers, et les filles qui nous relie à des morceaux essentielles (de nous-mêmes, aha) et vice versa.
A+ buddy !
Rédigé par : sylvain | 26/05/2008 à 02:41