Pendant longtemps, le seul moyen pour moi de voir des concerts fut le Paléo Festival. Le Montreux Jazz était trop cher, les salles près de chez moi trop rares (et peu enclines à programmer les artistes qui me faisaient rêver) et sans voiture, impossible de gagner Genève ou même Lausanne (je me souviens d'une annonce restée sans réponse sur le mur de mon collège, où quelqu'un cherchait une voiture pour aller assister à un concert de PJ Harvey - période To Bring You My Love - avec un certain Ben Harper en première partie - période Fight For Your Mind).
Par chance, mon adolescence eut lieu durant une période particulièrement faste niveau programmation du côté de Paléo. Pour exemple, cette soirée de l'édition 1996 qui réunissait Lou Reed, NTM, Beck et Ben Harper (tous deux encore fréquentables à l'époque).
Je crois que c'est Lou Reed qui me faisait le plus rêvé. L'aura de la légende. Pourtant, après quelques titres bluesy-électrico-chiants, je commence à m'emmerder sec devant la Grande Scène. Si bien que je décide de fausser compagnie au amis que j'accompagne pour aller faire autre chose (boire une bière par exemple). Verre à la main, clope au bec, j'explore le site et jette une oreille sous le Châpiteau. Sur scène, six types habillés de gris, l'air aussi dépressifs que leur musique. Et moi qui reste sous le charme du morceau. Puis du suivant. Et encore du suivant. Au final, je suis assis par terre en tailleur, la bière qui diminue, fumant clope sur clope.
Un coup d'oeil au programme m'apprend que le groupe s'appelle Tindersticks. L'achat du seul album disponible dans la boutique du festival m'apprend le lendemain que le premier morceau, celui qui m'a scotché sur place, s'appelle Jism.
Je ne pense pas exagérer en disant que c'est depuis ma chanson préférée. A tel point que mon exemplaire original de ce premier Tindersticks est rayé sur la piste 12, celle de Jism. C'est peut-être une coïncidence, mais je ne crois pas.
Démuni face à la voix pâteuse de Stuart Staples, j'ai longtemps cherché à décrypter ses paroles, imaginant plus que je ne comprenais. Jism était sans doute le prénom d'une femme et la chanson quelque chose de romantiquement triste. De spleenique même. Ce n'est que beaucoup plus tard, dénichant un dictionnaire d'argot anglais (slang) que je découvrais le vrai sens de "jism": foutre. Oui, foutre comme foutre.
La révélation ne change finalement pas grand-chose à l'affaire. Cette chanson reste mon classique, avec sa mélodie lancinante, son orgue hammond et son violon fait pour chialer, sa batterie milimétrée (admirez comme elle maintient l'édifice au milieu, lorsque la musique s'arrête).
Et le reste du disque n'est pas mal non plus. Comme une collection de bric et de broc, une brocante du songwriting. Plus de septante minutes durant lesquelles on passe par toutes les émotions. La pop de Nectar ou Patchwork, le rock crasseux de Whiskey & Water ou Milky Teeth, celui plus enlevé de Her ou City Sickness, la mélancolie gluante de Raindrops enfin, avant de finir comme par surprise sur le baroque The Not Knowing.
Un album gargantuesque, comme ne le seront plus jamais les disques de Tindersticks, plus cadrés ensuite, pour le meilleur (le second, Curtains), l'anecdotique (Simple Pleasures) ou le pire (Can Our Love). Un album idéal pour découvrir un groupe trop sous-estimé.




























vraiment prenant, surtout vers les 5mins où ça repart fort après le bout calme et mélancolique à mourir ! faut que je trouve cet album !
Rédigé par : Marc | 04/04/2008 à 12:12
@ Marc:
Si jamais, je te conseille la réédition 2 CDs. Un bon remastering de l'original, quelques notes de pochette et un second disque rempli de démos, plutôt intéressantes.
Rédigé par : Christophe | 04/04/2008 à 12:32
Ah oui, Jism est une merveille absolue. Cet album en général est très très bon.
C'est cool d'avoir eu la chance de les découvrir en live avec cette chanson !
Rédigé par : Olive | 05/04/2008 à 00:47
Groupe auquel je voue une fidélité sans faille.
Rédigé par : Mathieu | 05/04/2008 à 11:57
Ce premier albumm est en effet une perle absolue. Déchirant, hésitant, acoustiquement imparfait, mais traversé par une énergie créative que seul un premier album permet, je le classe parmis mes tous meilleurs albums. Simple remarque, Curtains n'est pas le deuxième album. Le deuxième n'avait pas de nom non plus, est presque aussi excellent, et avait une pochette grise avec la trogne de Stuart Staples en avant plan.
La suite a tourné vinaigre à mon avis, beaucoup trop dandy à mon goût.
Rédigé par : pagaille | 13/04/2008 à 15:31
@ pagaille:
En fait, je voulais dire le second ET "Curtains". Mais ça peut prêter à confusion.
Rédigé par : Christophe | 13/04/2008 à 17:21