C'est une maison noire dans le bleu de l'hiver. J'y viens par hasard, attiré par une chanson qui tourne en boucle, là où poussent les roses sauvages. On y parle de meurtres, de meurtres et encore de meurtres.
C'est étrange rétrospectivement de se dire que j'ai découvert Nick Cave avec son plus grand - et seul? - tube. Si j'étais né dix ans plus tôt, peut-être que Les ailes du désir de Wim Wenders m'auraient mis la puce à l'oreille. Vingt ans plus tôt? The Birthday Party, dans un club un peu crade. Dix ans plus tard? Grinderman, sur un site de peer-2-peer. En 1980? Where The Wild Roses Grow, Kylie Minogue, un grand échalas et basta.
Ce n'est pas très grave finalement, car Murder Ballads reste un joli album. Un peu plus sage peut-être, moins en marge, mais garni de chansons vers lesquelles je reviens aujourd'hui encore. L'épique Song Of Joy. La rageuse Stagger Lee. La dépouillée Henry Lee. Et même cette somptueuse Where The Wild Roses Grow.
Surtout, ce Murder Ballads m'a ouvert la porte d'une discographie gargantuesque. Sous la forme d'une K7 d'abord, empruntée à un ami. Face A: The Good Son. Face B: Do You Love Me? Une bande usée jusqu'à la corde. Puis un Live Seeds anthologique, en CD cette fois, et son coffret aux rideaux rouges, son album photos pour en apprendre plus qu'en 50 000 signes WikiPedia sur le Cave. Viendront ensuite toutes les autres choses, des apparitions au détour des films qui peupleront mon adolescence (magnétique dans Les ailes du désir, rigolo dans Johnny Suede), les albums originels (ah From Her To Eternity! ah Your Funeral My Trial!), les aventures des mauvaises graines (anecdotique Mick Harvey reprenant Gainsbourg, le choc Einstüzende Neubauten), jusqu'à une rencontre l'année dernière pour une interview période Ginderman dans l'arrière-salle d'un pub londonien.
Non, finalement ça ne change pas grand-chose d'avoir découvert Nick Cave grâce à Kylie Minogue. Vingt ans, dix ans, plus tôt ou plus tard, c'est avec la même passion frénétique que j'aurais exploré sa discothèque, embarqué à bord ou dans le rétroviseur.
Et comme je suis dans les souvenirs, un autre encore. En 2002, en visite à Morat pour Expo.02, j'ai retrouvé la maison noire dans le bleu de l'hiver, perdue au milieu de 35 autres chalets similaires. Une oeuvre de l'artiste suisse Jean-Frédéric Schnyder, dont Nick Cave avait emprunté l'un des tableaux pour la couverture de Murder Ballads. 35 chalets constamment menacé par une violence plus ou moins figurée, d'un décor de camp de concentration à la fausse quiétude de la forêt enneigée. Celle qui sous son vernis cache des meurtres jamais banals, dont Nick Cave a su chanter l'absurde atrocité.


























Toujours un plaisir de lire ces souvenirs, ça donne à chaque fois envie de découvrir les artistes cités et de se replonger dans nos propres souvenirs ... cheers !
Rédigé par : Marc | 25/04/2008 à 13:13
Merci pour ces bons mots qui se transforment dans ma tête en musique. Mais on a les mêmes références ? Bizarre, pourtant on n'a pas vécu ensemble. Comme quoi, avec le rock, le monde est petit, petit, petit...
Rédigé par : KRAKOUKAS | 25/04/2008 à 15:50
@ KRAKOUKAS:
C'est un peu ça, oui. En choisissant de raconter ma discothèque de coeur, je me rends compte que les processus qui amènent à se plonger dans la musique diffèrent peu d'une génération à une autre, d'un univers à un autre. Même si j'ai l'impression que ce fonctionnement en étapes est peut-être révolu aujourd'hui avec l'avènement du web et l'accès rapide et quasi-illimité à la musique...
Rédigé par : Christophe | 25/04/2008 à 16:04