Fini le pianissimo! Gonzales fait du bruit, façon 1978. Aïe! Aïe! Aïe! Stayin' Alive!
On l'avait laissé pianiste du troisième type, entre Satie et le cabaret. Mais on savait que ça ne durerait pas. De Gonzales über alles à Gonzales en pantoufles, la palette à explorer restait large. On n'est donc qu'à moitié surpris ce printemps de retrouver le Canadien dans un numéro d'archéologue disco, à moitié-réussi. Sur Soft Power, il y du bon et du moins bon, à boire et à manger. Trop de second degré tuerait-il le premier degré? Pas sûr. Petit coup de fil au principal intéressé:
Allo, Gonzales? C'est L'Hebdo.
Ah, bonjour. Hmm… L'Hebdo… ça me rappelle quelque chose...
Nous nous étions rencontrés durant le Cully Jazz en 2006.
Ah oui! Je me disais bien. C'est fou, j'ai l'impression que c'était hier…
Vous avez pourtant pas mal changé depuis, passant du pianiste décalé au chanteur pop, à la palette musicale élargie. Pourquoi?
Au moment d'enregistrer ce nouvel album, j'ai pris conscience que ce n'était pas forcément facile d'être fan de Gonzales. Certains aiment le pianiste, d'autres le rappeur, d'autres encore le mec qui fait de l'electro. A l'époque d'iTunes et du rapport à une chanson plutôt qu'à un album, il me paraissait important de faire un disque sur lequel chacun pourrait trouver quelques titres qui lui conviennent.
Peut-on dire à ce moment-là Soft Power est une compilation du meilleur de Gonzales, mais avec de nouvelles chansons?
Oh non. Je le vois vraiment comme un nouveau projet. Et puis si j'avais voulu faire une sorte de "Best of", j'y aurais absolument inclus mon versant hip-hop. Ce qui n'est pas le cas ici. Surtout, il y a une vraie nouveauté sur ce disque: je chante vraiment, sans filet ou artifice. Ce qui était un risque à prendre.
Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de prendre ce risque?
C'est sans doute lié au succès de Solo Piano, qui a instauré le changement comme marque de fabrique de Gonzales. C'est comme ça que j'apprends. Et c'est comme ça que je surprends.
Jusqu'à maintenant, j'ai dû recréer ce que j'entendais avec des machines. Alors que je rêvais d'instruments et de musiciens.
L'album débute dans une ambiance de concert (Working Together) et se termine dans la solitude, comme si vous chantiez pour vous seulement (Singing Something). Drôle de paradoxe.
Plutôt qu'un paradoxe, c'est une façon de raconter l'histoire du disque à l'envers. Dans sa conception, on commence par construire un premier noyau, de manière presque artisanale. Puis on structure autour. Et quand tout est fini, on plonge dans quelque chose de plus superficiel pour faire exister l'album, entre la scène et la promotion médiatique.
Sur ce nouveau disque, on retrouve des sonorités plutôt kitsch, de rythmes disco en solos de saxophone. Vouliez-vous jouer avec ces sons?
Pas vraiment. Mais pour la première fois j'ai pu réaliser un album comme je l'entendais dans ma tête. Jusqu'à maintenant, j'ai toujours dû recréer ça avec des machines, alors que je rêvais d'instruments et de musiciens. Ce qui a d'ailleurs pu créer un malentendu. Certains ont pensé que je voulais moderniser un type d'écriture plus ancien, alors que mon ADN musical est lié à l'époque de mes six ans, celle des Bee Gees et de La fièvre du samedi soir.
Vous ne cherchez donc pas à parodier la musique des années 70?
Absolument pas. Je cherche à renouer avec un temps où il y avait beaucoup de maîtrise musicale, comme un rapport scientifique à la composition. L'ère d'avant le punk, d'avant la démocratisation de la musique. Voilà ce que j'incarne. Je suis un bon élève, plutôt conservateur. Ceux qui croyaient que je plaisantais vont réaliser que je suis vraiment un pantouflard! (rires)
Pourtant vous véhiculez une image plus décalée.
Je joue avec le second degré pour tout ce qui entoure l'album. Mais pour la musique, je suis premier degré.
Et vous n'avez pas peur de rester prisonnier de votre image?
Je compte faire de la musique pendant longtemps encore. Donc si je me trompe, je pourrai toujours faire quelque chose ensuite pour réagir. La seule chose qui me ferait peur, c'est de ne plus prendre de risque. Par exemple, si j'avais fait un Solo Piano bis, là on aurait pu dire que j'ai peur.
C'est un peu une manière de fuir le succès, non?
Bien sûr. Mais je crois au succès sur le long terme. Certains vont penser que je me sabote, que je cours dans une direction puis dans une autre. Mais si je refaisais la même chose, ils me diraient: "Et alors? C'était bien une fois, mais pourquoi tu le refais?"
Votre expérience de producteur a-t-elle joué un rôle dans la conception de Soft Power?
Elle m'a permis d'apprendre à laisser les autres entrer dans ma musique. Avant, j'étais seul sur mes disques. Moi contre le monde. En devenant producteur, j'ai découvert que les autres pouvaient se servir de moi. De manière positive, bien sûr. Pour cet album, je me suis à mon tour entouré de gens qui ont pu me faire part de leurs idées. Comme une sorte de conseil d'administration, composé de musiciens avec qui j'aime travailler, tels Mocky, Feist ou Jamie Lidell.
Charles Aznavour c'est un peu le président de la République. On ne rigole pas avec lui.
A côté de ces artistes proches, vous avez également produit un album de Charles Aznavour. Votre collaboration s'est-elle bien passée?
C'était la première fois que je me frottais à une vraie icône. Aznavour c'est un peu le président de la République. On ne rigole pas avec lui. L'atmosphère tenait du rapport de force. Par exemple, le premier jour nous avions rendez-vous à onze heures. Je suis donc arrivé à onze heures moins quart au studio. Et je le trouve tout seul devant la porte, l'air frustré. Il me regarde assis sur mon vélo et croit que je suis l'assistant. Je me présente et il me dit que nous avions rendez-vous à dix heures. Aïe! Le reste de l'équipe arrive à onze heures moins cinq et on commence à travailler. Durant toute la journée, on sent qu'il est énervé. Et le soir, lorsqu'on se quitte, il nous lance d'une voix forte: "Demain, dix heures!". Le lendemain nous sommes tous venus pour dix heures moins quart. Et il nous a fait attendre jusqu'à midi avant d'arriver (rires).
Vous acceptez de produire tous ceux qui vous le demandent?
Ça dépend d'abord de mon emploi du temps. Après, chaque proposition est différente. La collaboration peut être bonne pour mon image ou bien payée. Ou alors je m'entends bien avec l'artiste. Mais j'essaie dans tous les cas de passer quelques heures avec chacun avant de donner une réponse.
Il y a des musiciens avec qui vous avez refusé de travailler?
Il y en a plein, bien sûr…
Des noms...
Hmm… Julien Clerc. Parce qu'il lui fallait une réponse rapide, alors que je préférais d'abord passer un peu de temps avec lui avant de me décider. Et puis parfois, ce qui attire les gens chez moi les repousse également. J'ai envie d'intervenir, pas seulement de réaliser. Cependant, je peux accepter de travailler avec des artistes dont le style ne me plaît pas forcément. Comme je n'ai pas grandi dans la culture française, j'ai moins d'a priori. Même si autour de moi on me dit de ne pas y aller, du genre: "Non, non, non! C'est horrible Christophe Willem!" (rires).
Et si Carla Bruni vous demandait de produire son prochain album?
Je suis prêt à rencontrer la première Dame de France. D'ailleurs j'ai déjà eu un contact avec elle, il y a quelques années. Je devais faire sa première partie. Mais son management voulait que je joue sur un piano électrique. Alors que Solo Piano fonctionne autour des sonorités de l'instrument. Je leur ai même proposé de payer de ma poche pour un vrai piano. Ensuite, j'ai compris que le pianiste de Carla Bruni n'avait pas droit à un vrai piano. Et que si je venais avec le mien, il serait jaloux. Enfin… cette anecdote n'a finalement pas grand-chose à voir avec Madame Sarkozy.
Gonzales
Soft Power
Mercury/Universal


























Grosse déception pour moi, qui avais toujours été très admiratif des disques du monsieur. Je ne vois strictement aucun intérêt à ce recyclage de vieux plans même pas très intéressants ou inspirés.. Tout l'intérêt de Gonzales, il me semble, c'était justement sa manière de bricoler les choses, de croiser les esthétiques dans un brassage bien de son époque. Dans le genre rétro, quitte à se marrer, autant écouter Ween, qui jouent tous les styles des 30 dernières années comme des dieux et qui savent bien que le pastiche n'a de sens que s'il nous fait rire..
Rédigé par : Fauve | 24/04/2008 à 15:14
@ Fauve:
Je te rejoins. D'où mon "Aïe! Aïe! Aïe! Stayin' Alive". Même s'il y a quelques bons titres (perso, j'aime bien "Working Together" et les 2-3 instrumentaux). Et je me dis que je ne vais pas l'enterrer tout de suite cet album. J'y reviendrai plus tard et, qui sait, serai peut-être surpris.
Rédigé par : Christophe | 24/04/2008 à 15:26
Tu as raison, ayons confiance en son "doux pouvoir"... Mais après plusieurs écoutes, je campe sur mes positions, il y a quand même des titres très très dispensables, hélas.... Quitte à rester dans le rétro, son pote Jamie Lidell s'en sort mieux, je trouve, même si là aussi, on ne voit pas bien la pertinence d'un disque copiant les meilleurs plans de Stevie W. ou d'Otis R....
Rédigé par : Fauve | 24/04/2008 à 16:55
@ Fauve:
Pour le Lidell, je reste également partagé. Il manque ce côté electro-folo qui faisait le charme de "Multiply". En plus, il semble que son concert d'hier au RKC laissait franchement à désirer, Monsieur Lidell ayant échangé ses machines contre un groupe de soul-funk...
Rédigé par : Christophe | 24/04/2008 à 16:57
Moi j'aime beaucoup Soft Power, jolie ballade, je me laisse prendre par la main, je me laisse aller... sans me prendre la tête, ça glisse, ça glisse...
Rédigé par : eloise | 31/01/2010 à 09:37